mercredi 14 novembre 2018
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Recherche : fusion en vue pour l'Inra et l'Irstea

Les instituts de recherche Inra et Irstea ont annoncé le 17 octobre, leur projet de fusion d'ici à 2020, pour créer un leader mondial de la recherche agronomique. Une enveloppe de 4 millions d'euros est débloquée par le gouvernement pour aider à ce rapprochement.

Réorganisation et mutualisation en perspective pour la recherche agronomique française. L’Institut national de recherche agronomique (Inra) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) devraient fusionner début 2020.
C’est l’une des préconisations d’un rapport remis le 17 octobre par Philippe Mauguin, président-directeur général de l’Inra et Marc Michel, président de l’Irstea, à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche et Didier Guillaume, le nouveau ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. La fusion permettrait de « hisser » ce nouvel établissement public « parmi les leaders mondiaux de la recherche sur les problématiques agricoles, agronomiques, et environnementales », estiment les deux ministères dans un communiqué commun.

Le rapport souligne notamment les complémentarités entre les deux instituts. Sur la valorisation de la biomasse par exemple, l’Inra travaille plutôt sur les phénomènes de fractionnement des molécules végétales destinées à produire de l’énergie (méthanisation), tandis que l’Irstea étudie l’organisation des filières de valorisation des déchets de l’agriculture sur le territoire. Dans le domaine de l’eau, l’Inra étudie ce qu’elle apporte aux végétaux pour se développer. L’Irstea, pour sa part, travaille davantage sur la façon dont l’eau se diffuse sur un territoire ou un bassin versant, et sur les études toxicologiques et l’impact des polluants sur les nappes phréatiques. « Plus que jamais, la France a besoin d’un organisme de recherche qui rassemble les forces scientifiques qui inventeront les solutions de demain en matière d’alimentation, de pratiques agricoles, de diminution des intrants et des pesticides ou bien encore de gestion de l’eau et des paysages… », ont souligné les deux ministères. Afin d’accompagner la fusion, le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a dégagé une enveloppe de 4 millions d’euros supplémentaires. L’Inra emploie environ 8 400 personnes et l’Irstea près de 1 500.

A.C.


19 octobre 2018

Christian Huyghe (Inra) : "L'agriculture doit proposer un futur désirable"

Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, l’agriculture est de plus en plus soumise à la pression de la société. Régulièrement, des débats enflammés se focalisent sur les nouvelles techniques de sélection ou les produits phytosanitaires. La dernière traduction de ces tensions entre la société et l’agriculture est le bannissement des néonicotinoïdes. Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et chef du projet Aker sur la betterave, donne quelques pistes pour réconcilier le progrès et la société. Interview.

Comment analysez-vous le fossé qui s’est peu à peu creusé entre la société et le monde agricole?

Le monde agricole est resté engagé sur un contrat social établi au sortir de la seconde guerre mondiale. À cette époque, tout le monde partageait la même vision du futur : augmenter la production pour répondre aux besoins alimentaires dans un pays largement dépendant d’importations. Aujourd’hui, la société remet en question le fait de produire plus. Par ailleurs, elle n’a plus de vision claire de son futur. Or le contrat social ne se décrète pas. Les grands brainstormings, comme les États généraux de l’alimentation, sont donc très importants pour mettre tout le monde autour de la table. Dire par exemple que la qualité de l’alimentation est une des bases premières de la qualité de vie, c’est fondamental pour construire un nouveau contrat social. Regardez aussi le Grenelle de l’environnement : il a structuré le paysage depuis 10 ans. Ces grands moments, où les gens partagent des valeurs, sont très structurants.

Que s’est-il passé pour que la société en vienne à rejeter les innovations en agriculture ?

Plutôt que de parler d’innovation, j’emploierais plutôt le mot progrès. Comme le dit le philosophe et physicien Étienne Klein, « le progrès a perdu son P majuscule, c’est un symptôme de son déclin ». Selon lui, c’est une conséquence de diverses crises (comme l'amiante ou la maladie de la vache folle) qui posent des questions sur le progrès tel qu’il est proposé. On peut cependant se poser la question si ce n’est pas le symptôme d’un changement plus profond. En effet, le mot “progrès” a progressivement disparu et il est de plus en plus remplacé par un mot plus neutre : “innovation”. L’innovation, c’est l’adoption d’une nouveauté, mais cela ne dit rien de l’objectif global et le sens de cette innovation. Pourtant cette question du sens est essentielle. Il est donc fondamental de définir le futur désirable vers lequel nous voulons aller.

Que faire pour retrouver ce futur désirable que vous évoquez ?

Le futur désirable est une question que le monde agricole doit creuser. Regardez le futur que l’agriculture propose et la façon dont le monde agricole s’exprime. Je trouve qu’il ne donne pas assez envie. Il donne à voir, soit des images passéistes - les photos de Depardon - soit que tout va mal. Ce n’est pas comme cela que l’on obtient l’adhésion de la société. En revanche, le contrat de solutions mis en place par la profession agricole propose une forme de contrat social pour l’avenir, qui peut susciter l’adhésion.

Quel futur désirable propose-t-on à l’Inra ?

Nous venons de faire, par exemple, des propositions à la Commission européenne pour le futur programme-cadre européen de financement de la recherche. L’Inra porte trois grands projets : la sortie des pesticides, la neutralité carbone du système alimentaire et enfin des systèmes alimentaires durables et meilleurs pour la santé pour tous. Je pense que ces trois programmes proposent des visions d’un futur désirable, qui vont ou peuvent structurer la recherche pour plusieurs années. Les volumes budgétaires alloués à la recherche européenne pour 2021-2027 ont été publiés le 2 mai dernier. Sur un budget total de 100 milliards, d’euros, 10 milliards sont prévus pour l’agriculture et l’alimentation ; cela représente une augmentation significative par rapport au dernier programme Horizon 2020.

Nous sommes également confrontés à l’émergence du populisme scientifique. Comment peut-on le contrer ?

Selon moi, le populisme scientifique est un drame. Il utilise des arguments instantanés de « bon sens » pour contester les résultats de la science. C’est par exemple déclarer : l’hiver est très froid cette année, il n’y a donc pas de réchauffement climatique. On l’a aussi vu dans le débat sur le glyphosate, où l’on opposait des arguments soi-disant de « bon sens » à des résultats scientifiques. La seule façon de le contrer est d’éduquer les populations, aujourd’hui majoritairement urbaines, pour qu’elles puissent avoir une pensée “complexe”- sur l’agriculture et l’alimentation. Une
pensée “complexe”, c’est par exemple envisager l’agriculture comme fournisseuse de services environnementaux et pas seulement lui demander de limiter les impacts négatifs. Si la société accepte de rémunérer les services environnementaux, c’est qu’elle aura une vision positive de l’agriculture.

Les nouvelles techniques, comme l’écologie microbienne, les produits de biocontrôle ou l’agriculture de précision, peuvent-elles redonner confiance en la science ?

On peut s’appuyer sur des nouveaux concepts qui consistent à regarder le monde autrement. Pour transformer les systèmes de production, on peut s’appuyer sur le biocontrôle, qui regroupe un ensemble de leviers variés, comme des insectes auxiliaires, des micro-organismes protecteurs, des substances naturelles ou des phéromones. Ces domaines de recherche connaissent des avancées considérables. C’est le cas du microbiote présent dans le sol et autour des plantes. Jusqu’ici le système agricole et alimentaire pouvait se résumer à une équation à 4 termes : génotype, environnement, conduite et process. Or nous venons de découvrir un 5e terme: le microbiote. Dans le futur, on peut imaginer qu’un agriculteur sèmera sa variété avec des micro-organismes qui auront été choisis pour protéger la plante des bioagresseurs et contribuer à son alimentation minérale. C’est un nouvel univers passionnant qui s’ouvre à nous… et qui peut redonner du sens au mot progrès.

Propos recueillis par François-Xavier Duquenne


9 octobre 2018

Recherche : un spectromètre de poche pour mesurer la richesse des betteraves

Depuis 2016, l’ITB teste un spectromètre de quelques centimètres pour prédire la richesse des betteraves pendant la culture. Les premiers résultats laissent présager de futures applications intéressantes.

Les mesures par spectrométrie permettent d’estimer la composition biochimique de la matière. C’est le moyen notamment de suivre de manière non destructive le taux de sucre des mêmes betteraves au cours du temps. Par exemple, cela permet de mesurer l’évolution de la richesse selon différents modes d’irrigation, selon différentes variétés... et d’acquérir ainsi toujours plus de connaissances sur le fonctionnement de la culture.

Du spectre à la mesure de richesse
L’ITB a établi des mesures spectrales avec le spectromètre SCiO à différentes dates et sur plusieurs variétés soumises à des régimes azotés contrastés. On dispose ainsi de 240 spectres sur une plage de longueurs d’ondes allant de 740 nm à 1070 nm. La calibration met en correspondance deux valeurs dans une base de données : d’une part l’énergie absorbée aux différentes longueurs d’onde par des échantillons connus, et d’autre part, la teneur en sucre mesurée dans ces mêmes échantillons avec la méthode d’analyse traditionnelle de laboratoire. Ici, le spectre mesuré par contact au niveau de la partie émergente des betteraves est relié à la richesse de la betterave entière obtenue sur râpure. Pour commencer, des pré-traitements mathématiques sont appliqués aux spectres bruts pour réduire les effets optiques perturbateurs. Puis, une méthode statistique de régression linéaire, la PLS (Partial Least Squares) est utilisée pour établir un modèle prédictif de la richesse à partir des spectres.

Précision des mesures
Le modèle a été appliqué sur un jeu de données indépendant de celui ayant servi à sa construction. L’exactitude du modèle est évaluée en calculant l’erreur quadratique moyenne de prédiction (RMSEP), exprimée dans la même unité que la variable à estimer (soit du pourcentage de sucre) et le coefficient de détermination (R²). Les résultats montrent une erreur de 0,91 % de richesse pour une mesure faite à l’échelle d’une seule betterave. Néanmoins, la précision s’améliore si on augmente le nombre de betteraves mesurées. Ainsi, pour 21 betteraves, l’erreur sur la richesse à l’échelle de l’échantillon passe à 0,2 % et pour 81 betteraves à 0,1 %.

Spectromètre en application mobile
Il permet de mesurer la réflectance sur une gamme de longueurs d’ondes plus ou moins large grâce à des fibres optiques. En fonction de la réponse spectrale d’une matière, il est possible d’accéder à sa composition biochimique. Dans notre cas d’étude, il est utilisé pour mesurer le taux de sucre des betteraves. Le spectromètre SCiO (Consumer Physics) a été utilisé par l’ITB afin de permettre une mesure non destructive de la richesse d’une racine en l’apposant à son contact au niveau de la partie émergente. De par sa petite taille, elle permet une utilisation facile au champ (cf. photo). Les spectres sont enregistrés directement sur un smartphone puis transférés ensuite dans un modèle qui les convertit en richesse.

Institut technique de la betterave (ITB)


24 septembre 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.