vendredi 6 décembre 2019
Les deux tiers des agriculteurs français risquent de ne pas être remplacés ©FXD

Les deux tiers des agriculteurs français risquent de ne pas être remplacés

L’accès difficile au foncier et le coût de la transmission des exploitations découragent les jeunes. Or un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici à 2026. Un article de notre partenaire européen Euractiv.

Le renouvellement des générations en agriculture aura-t-il lieu en France ? Rien n’est moins sûr. Aujourd’hui, seulement un agriculteur sur cinq a moins de 40 ans en France. Et le nombre d’installations est loin de compenser les départs à la retraite d’un grand nombre d’agriculteurs français. Depuis une dizaine d’années, le nombre d’installations oscille entre les 13 000 et 15 000 par an, tiré en partie par une nouvelle génération non issue du milieu agricole, qui représente une part croissante dans le lancement d’activité agricole. Mais ce petit relais de croissance est bien loin de compenser les départs en retraites d’une vaste partie des agriculteurs français. En effet, d’ici à 2026, près d’un agriculteur sur deux en France aura l’âge de partir à la retraite. « Si nous continuons sur cette dynamique, ce sont près de deux tiers des agriculteurs qui ne seront pas remplacés »,  prévient Loïc Quellec, vice-président des Jeunes Agriculteurs en charge du renouvellement des générations. Résultat, le nombre d’agriculteurs en activité baisse continuellement de 1,5 % à 2 % par an. Ils étaient ainsi 448 500 en 2018, contre 514 000 dix ans auparavant, selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Foncier agricole en péril ?

Le manque d’engouement des jeunes générations pour l’agriculture provient d’un ensemble de facteurs. Le discours ambiant sur le monde agricole n’encourage pas les vocations, que ce soit dans les milieux agricoles ou les autres. Ainsi, alors qu’il y avait une automaticité dans la transmission d’une génération à une autre de l’exploitation agricole, ce n’est aujourd’hui plus le cas.

« On n’est plus dans un automatisme de reprise de l’exploitation par un des enfants », confirme Loïc Quellec. « Heureusement que les installations de personnes non issues du milieu agricole augmentent, car les enfants d’agriculteurs ne peuvent pas à eux seuls assurer le renouvellement des générations » détaille-t-il.

La dureté de la profession alliée aux faibles revenus décourage les jeunes. Selon une étude de la Mutualité sociale agricole, la moyenne des revenus des agriculteurs serait d’environ 1250 euros par mois. Un tiers des agriculteurs gagne moins de 350 euros par mois. « Pour que les jeunes s’orientent vers ce métier, il faut déjà sortir cette vision d’un métier non rentable. C’est vrai qu’il y a des cas compliqués, mais il y a aussi des agriculteurs qui gagnent leur vie » rappelle Loïc Quellec.

Pour faciliter la transmission d’exploitation hors du cadre familial, les Chambres d’agriculture ont par exemple créé des journées de rencontre « cédant-repreneur ». C’est dans ce cadre que Jacky Tillier, éleveur de 80 vaches charolaises sans repreneur familial a pu trouver un jeune agriculteur pour reprendre son exploitation. « Ma crainte était que les terres que je travaillais ne finissent morcelées pour le compte de différents agrandissements et que personne ne soit intéressé par les bâtiments. Ma famille y était par ailleurs installée depuis 1928 et sentimentalement cela m’aurait fait de la peine de la voir disparaître. » explique-t-il.

Une transmission difficile

Pour les transmissions familiales, le parcours peut également être chahuté. «Quand on est enfant d’agriculteur, on pourrait penser que l’installation est plus simple, car il y a l’accès aux terres, mais dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas », explique le représentant des Jeunes agriculteurs. Souvent locataires de leurs terres, les agriculteurs ne peuvent pas assurer la transmission des baux agricoles à leurs enfants. Et la spéculation foncière met parfois un frein à la disponibilité des terres agricoles. « Lorsque je me suis installé, j’ai mis 6 ans à trouver une parcelle pour construire mon étable et stocker le foin, car je suis dans une région très touristique, les Alpes de haute Provence. Résultat, les propriétaires rechignent à autoriser une construction agricole sur une parcelle, car ils espèrent qu’elle deviendra constructible », détaille le jeune agriculteur.

Pour accompagner les jeunes repreneurs, plusieurs leviers existent, tel que l’aide à l’installation et à la transmission, ou encore l’exonération de droit de succession de droit lors des donations d’exploitation agricole à titre gratuit.

Mission pour la PAC?

Pour assurer un soutien aux jeunes agriculteurs et assurer le renouvellement des générations, la future PAC a « un énorme rôle à jouer » explique Loïc Quellec. Aujourd’hui le projet de future PAC prévoit que 2 % du budget nation soit affecté à l’installation des jeunes agriculteurs.

Mais dans le même temps, le plafond d’âge fixé à 65 ans pour toucher l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) a été supprimé par Bruxelles, car il était jugé discriminatoire. Cette aide, destinée aux agriculteurs installés dans des territoires où les conditions de productions sont plus difficiles qu’ailleurs va donc continuer à être versée aux agriculteurs en âge de partir à la retraite… au détriment des plus jeunes. « Certains agriculteurs ne partent pas à la retraite, car les aides directes sont plus avantageuses que la retraite agricole », reconnait Loïc Quellec.

Cécile Barbière (Euractiv.fr)

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