lundi 22 juillet 2019
Bertrand Chauffert, à la tête de 135 hectares à Saint-Memmie (Marne), visualise sur son PC toutes les données transmises par les objets connectés de son exploitation Bertrand Chauffert, à la tête de 135 hectares à Saint-Memmie (Marne), visualise sur son PC toutes les données transmises par les objets connectés de son exploitation ©A.C.

Bertrand Chauffert (Marne) : testeur d'objets connectés

Installé à Saint-Memmie (Marne), Bertrand Chauffert expérimente depuis deux ans des objets connectés sur son exploitation, afin de lui faciliter son travail. Au menu : le traçage des produits phytosanitaires, une balise GPS, des pièges à insectes, une station météo.

Bertrand Chauffert est tombé dans la marmite des objets connectés un peu par hasard. Avant d’y prendre goût et d’en devenir aujourd’hui un porte-drapeau. En novembre 2015, l’agriculteur basé à Saint-Memmie (Marne) est contacté par Gabriel Guinoiseau, président de la startup Nexxtep Technologies, basée à Châlons-en-Champagne, qui commercialise et développe des systèmes électroniques. Il cherche alors un agriculteur pouvant expérimenter des objets connectés pour l’agriculture, servir de vitrine et participer à leur amélioration. Bertrand, dont l’exploitation de 135 hectares est située à quelques kilomètres de là, accepte de relever le défi. « Aujourd’hui, nous sommes obligés d’avoir une traçabilité précise dans nos exploitations à cause des contraintes environnementales. Ces outils vont nous apporter un réel confort pour nous simplifier la vie », explique celui qui cultive des betteraves, du blé et du colza notamment.

Proposer des améliorations

Depuis janvier 2016, il teste donc les produits que lui confie Nexxtep Technologies, moyennant une rémunération qu’il tient à garder secrète. Près d’une dizaine de dispositifs sont déployés sur sa ferme. Un lecteur de puces RFID, une balise GPS, une sonde de température, une station météo, des capteurs pour l’ouverture des bâtiments, des drones, etc. « Ces objets sont conçus par des ingénieurs et des informaticiens, qui ne sont pas forcément issus du secteur agricole. On se complète. Mon rôle est de tester ces nouvelles technologies sur le terrain et de proposer des améliorations si besoin. Les techniciens viennent sur place pour effectuer leurs réglages. J’accueille aussi régulièrement le public ou des écoles pour expliquer cette démarche et proposer des démonstrations », explique l’exploitant également assistant technique pour le semencier SES Vanderhave. Parmi les solutions à l’essai chez l’agriculteur, le système Keyfield permet de tracer les produits phytosanitaires utilisés.

Un boîtier aimanté sur le pulvérisateur lit les puces RFID ou les flash codes présents sur les bidons. Un peson connecté contrôle ensuite la quantité de produit qui a été utilisée. Une fois le bidon vide, Bertrand le place dans le local des Emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP) où un second boîtier Keyfield l’identifie. « Avant ce système, je devais taper toutes les données dans l’ordinateur. Une vraie perte de temps. Aujourd’hui, le logiciel gère tout. C’est une révolution », se réjouit l’exploitant.

Traiter au bon moment

Le dispositif Trackfield mis au point par Axe Environnement permet, lui, de calculer le temps précis d’utilisation d’un outil. Il est doté d’un système GPS installé sur un tracteur, qui enregistre les distances travaillées ou non dans les champs par un outil. « Les données sont automatiquement collectées et enregistrées dès que l’outil est utilisé au champ. C’est très pratique si l’on veut facturer le temps d’utilisation pour les ETA ou les Cuma », estime Bertrand Chauffert. Toutes les données recueillies sont ensuite transmises par un réseau bas débit Sigfox, au logiciel de gestion de parcelles Geofolia, qui permet de visualiser et modéliser sur écran toutes les informations. Une station météo Weenat est également testée sur l’exploitation. Commercialisée par Nexxtep, elle fournit des prévisions et enregistre la température, le vent et son orientation, la pluviométrie, etc. « Cela nous conseille sur les dates de traitement en fonction de la température et du vent. Par exemple, on ne peut pas traiter les cultures au-delà de 18 km/h », souligne Bertrand Chauffert. Plus original, un piège à insectes connectés. Longtemps, l’exploitant a eu recours à des phéromones pour attirer les nuisibles, comme les papillons noctuelles sur ses betteraves. « Je les comptais moi-même, mais cela était fastidieux », se rappelle-t-il. Aujourd’hui, ses pièges sont dotés d’une cellule photoélectrique capable d’identifier les insectes grâce à un détecteur de son qui enregistre leurs battements d’ailes. « Cela nous permet d’intervenir en cas de seuil atteint et de faire un traitement au juste moment », détaille l’agriculteur.

Une ferme vitrine

Parmi les autres innovations déployées sur son exploitation, citons la sonde de température installée dans le silo de céréales qui pourrait être utilisée bientôt pour d’autres productions comme la betterave, des capteurs IDOsens permettant de contrôler l’ouverture et la fermeture d’un hangar, grâce à la luminosité ou encore des drones. Ces derniers, fabriqués par Parrot, sont utilisés pour la première fois cette année pour gérer les apports en azote sur colza. Avec cette dizaine d’objets connectés testés sur son exploitation, la ferme de Bertrand Chauffert fait figure de vitrine de l’agriculture moderne. Pas étonnant qu’il ait été choisi pour faire partie de l’aventure de Planet A, prévu en juin 2018 à Châlons-en-Champagne. Souhaité par le maire de la ville, Benoist Apparu, ce rendez-vous mondial (lire Le Betteravier français n°1064 du 7 novembre 2018) ambitionne de dessiner le nouveau visage de l’agriculture des prochaines années. Un événement attendu avec impatience par Bertrand Chauffert.

Adrien Cahuzac

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Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.