Les groupes sucriers français ont fait de la réduction de leur empreinte carbone un axe stratégique fort, avec l’ambition de réduire en moyenne leurs émissions de 30 % d’ici à 2030. « Ils sont tous engagés dans des démarches SBTi (1) et ont beaucoup progressé depuis une quinzaine d’années sur les Scope 1 et 2, c’est-à-dire les émissions directes et la consommation d’énergie », rappelle Marisol Campoverde, responsable carbone au sein de l’association de recherche technique betteravière (ARTB). Une stratégie qui, au cours des dernières années, intègre également les exploitations betteravières.
L’ARTB a en effet recensé neuf initiatives d’agriculture bas carbone ou régénératrice en France dans le cadre d’un état des lieux des projets de ce type, portés par les groupes sucriers dans l’Union européenne. Un chiffre plus élevé par rapport à ce qui se fait chez nos voisins européens producteurs de betteraves. « Bien que chaque groupe avance à un rythme distinct, le secteur sucrier français fait office de leader, avec un modèle de financement plus structuré que dans les autres États membres », indique Alexis Patry, le directeur de l’ARTB.
Collecte d’informations
En Allemagne, où une poignée de projets est également déployée, et où les trois grands groupes ont des objectifs de réduction d’émission analogues à ceux des sucriers français, la philosophie est un peu différente. « Les groupes allemands sont davantage dans une logique de collecte d’informations et de données pour renforcer leurs connaissances techniques, il n’y a pas véritablement de valorisation financière comme en France », explique Alexis Patry. Ainsi, par exemple, dans le cas du programme The collected initiative porté par Sudzücker, les agriculteurs impliqués dans des programmes d’essais sont indemnisés en cas de baisse de rendements, mais ces derniers n’accèdent pas à une rémunération financière en tant que telle. « En Allemagne, la question du bas carbone est davantage traitée sous l’angle des émissions de CO2 par tonne de sucre, en se focalisant sur les pratiques réduisant les émissions et non pas sur le stockage de carbone dans les sols », poursuit le directeur de l’ARTB. Les engrais décarbonés font aussi l’objet de programmes de recherche pour mesurer les baisses d’émissions possibles.
Faciliter les reportings
Du côté de la Belgique, où le Plan Betterave déployé s’attache plutôt à la diffusion de connaissances et la collecte de nouvelles références, l’initiative proposée par la Raffinerie Tirlemontoise propose une valorisation financière explicite lorsque l’agriculteur adopte certains leviers bas carbone. Ailleurs, où les initiatives sont moins nombreuses, d’autres chemins sont explorés. Au Royaume-Uni, un programme pilote porté par la NFU (équivalent de la FNSEA) se focalise sur la réduction des apports azotés minéraux. Un autre programme initié par British Sugar est consacré à mesurer l’impact sur la biodiversité de la production de sucre, grâce à l’installation de boîtes enregistrant les bruits de la faune près des champs : une initiative originale, bien qu’elle ne soit pas véritablement orientée sur le carbone. À noter que ces projets regroupent de petits nombres d’agriculteurs, contrairement aux projets français, qui cherchent à embarquer l’ensemble des planteurs. Enfin, au Pays-Bas, un outil de centralisation des données pour la betterave, la pomme de terre et la chicorée a été mis en place par Groeikracht Cosun, afin de faciliter les reportings du groupe et de ses clients. Pour sa part, Cosun Beet souhaite convertir 1 000 fermes à l’agriculture régénératrice et former 10 000 agriculteurs d’ici à 2030, dans le cadre du programme Re-Ge-NL, qui dispose de moyens financiers importants (dont 129 M€ de financement public,). « Dans de nombreux pays, le focus est davantage mis sur l’acquisition de références techniques…et de données provenant des exploitations, souligne Alexis Patry. Des données qui ont une valeur collective certaine et constituent un impératif pour le reporting extra-financier des acteurs de l’aval de la chaîne de valeur betteravière. »
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(1) Science-based target initiative


