Au terme du premier trimestre de la campagne de commercialisation 2026-2027, les exportations européennes de céréales sont alignées sur celles de l’an passé. Environ 8,4 millions de tonnes (Mt) de blé ont été vendues. L’Arabie saoudite (12 %), le Nigeria 0,87 Mt et l’Algérie sont les trois premières destinations du blé expédié. Cumulées, les ventes d’orges et de malt s’élèvent à près de 3 Mt équivalent grains. La Roumanie compense quelque peu la baisse « contrainte » des exportations de céréales ukrainiennes et russes. Depuis ses ports de la mer Noire, elle a expédié près de la moitié des grains acheminés depuis l’Union européenne !
En 3 mois, la Russie a livré 8 Mt de blé, moitié moins qu’en 2025-2026. Selon le site Sovecon.ru, l’ex-empire des tsars n’aurait pas les moyens d’en commercer plus de 36 Mt d’ici la fin de la campagne, versus 48 Mt en 2025-2026.
Le pays est bien plus enclavé que l’Ukraine. Non seulement les capacités portuaires en mer Baltique sont limitées, mais aussi difficiles d’accès. Le transport des produits sidérurgiques monopolise une grande partie du réseau ferroviaire par lequel doivent aussi être acheminés les grains vers les ports baltiques. Sur la mer Caspienne, l’Iran a exhorté la Russie à renforcer ses infrastructures portuaires, actuellement saturées. L’Ukraine est dans le même cas de figure. Seules 3,6 Mt de blé ont été exportées à comparer aux 5,3 Mt de l’an passé à pareille époque. Mais le pays a accès au marché européen. En trois mois et demi, il a déjà expédié 1,7 Mt de maïs (versus 0,9 Mt en 2025-2026). Dans l’Union européenne, la faiblesse de sa production (48 Mt) est une opportunité saisie par les pays exportateurs pour lui en vendre 25 Mt (+3-4 Mt sur un an).
Sur les 6,6 Mt importées en 3 mois et demi, l’Espagne s’en est fait livrer près de la moitié (3 Mt), suivie par le Portugal et l’Italie (environ 0,8 Mt chacun), selon la Commission européenne. Pour exporter du maïs, l’Ukraine puise dans ses stocks de la campagne passée. Elle commercialisera l’essentiel de sa nouvelle récolte au début de l’année prochaine. La plupart des agriculteurs font le choix de la moissonner une fois l’hiver passé. Ils misent sur les températures glaciales pour réduire le taux d’humidité de leurs grains et avoir ainsi moins de frais de séchage à payer. La contrainte du stockage sera aussi allégée.
Prix des intrants très élevés
Sommes-nous à la veille d’une grande tempête sur les marchés céréaliers ?
« Le marché considère de plus en plus les perturbations des expéditions en provenance de la mer Noire comme une nouvelle norme », explique Ukragroconsult. Il n’en demeure pas moins que le retour des pays importateurs sur le marché est semé d’obstacles. L’Égypte, l’Indonésie et une partie du Maghreb friands de blés slaves s’inquiètent. Des millions de tonnes de grains exportables pourraient venir à manquer dans les prochains mois.
La production mondiale de céréales et sa chaîne de valeur sont entravées par des prix des intrants très élevés (énergie, engrais), par des frais logistiques démentiels dans les pays slaves et par la faible rentabilité de l’activité dans de nombreux bassins de production.
Une partie de l’Hémisphère sud est sous l’emprise de l’El Niño susceptible d’altérer le potentiel de production de céréales en Australie, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud au cours de la seconde moitié de la campagne de commercialisation.
Les capacités de production mondiale de céréales de la prochaine campagne 2027-2028 sont mises à mal par l’incapacité de très nombreux céréaliers à financer l’emblavement de leurs parcelles.
Les producteurs russes sont tentés par la culture du colza et les Ukrainiens par le soja plus rentable. En Ukraine, un tiers des terres pourraient ne pas être cultivées cette campagne-ci. La mise en jachère s’étendrait aussi au sein de l’Union européenne, car les céréaliers sont exsangues financièrement.


