L’objectif de cette étude était d’anticiper les contraintes liées aux nouveaux enjeux environnementaux et aux attentes sociétales. La disponibilité en main-d’œuvre dans les exploitations est également au centre des réflexions. De nouvelles techniques peuvent être mises en avant dans ce contexte.

Du conventionnel au tout mécanique

La recherche d’itinéraires inédits s’est réalisée en plein champ. Les agriculteurs impliqués dans le projet ont apporté leur expertise dans l’identification des leviers en alternative au tout chimique.

Les itinéraires testés sont résumés dans les graphiques ci-dessous. Dans les conditions climatiques de 2019, les fenêtres pour les interventions mécaniques étaient nombreuses et ont permis de comparer différents itinéraires, du conventionnel au tout mécanique. Les différents passages d’outils réalisés entre 2 à 12 feuilles des betteraves n’ont pas entraîné de perte de population. La modalité conventionnelle aurait nécessité un traitement chimique supplémentaire au vu de la pression adventice. Les résultats satisfaisants des nouveaux itinéraires ont été confirmés par l’absence de salissement estival. Ces deux dernières modalités ont toutefois nécessité un complément manuel (estimé à 8 heures/ha) pour parfaire le nettoyage des parcelles.
Cette expérimentation a validé l’intérêt du faux semis grâce à une préparation anticipée de quinze jours, suivie d’un nettoyage à la herse étrille avant la réalisation du semis des betteraves. De même, la technique du passage de herse étrille dit « à l’aveugle » (soit en post-semis-prélevée) a pu être mise en œuvre dans cet essai avec satisfaction tant au niveau de la sélectivité que de l’efficacité procurée. Cette pratique requiert toutefois beaucoup de soins pour être appliquée : nécessité d’une préparation de sol correctement nivelée et rappuyée de manière à réaliser un semis de qualité (profondeur constante). Une surveillance assidue de l’état de germination est obligatoire pour ne pas déranger l’implantation de la culture et pénaliser la population.

Des résultats à confirmer

Cette étude demande à être reconduite dès la campagne 2020 pour valider ces résultats encourageants. Ces nouvelles techniques doivent être validées par les agriculteurs afin d’attester la faisabilité de ces changements dans l’organisation des exploitations. L’accompagnement des agriculteurs dans ces nouvelles techniques est essentiel comme ce fut le cas lors de l’arrivée du désherbage chimique.

Les lapins de la discorde
Figure 1 ©ITB

Les lapins de la discorde
Figure 2 ©ITB

Les lapins de la discorde
Figure 3 ©ITB

Parole d’expert : Pascal Amette, délégué régional Champagne-Yonne

Dans ces nouveaux itinéraires, il semble délicat de s’affranchir d’interventions manuelles afin de peaufiner le nettoyage sur la ligne de semis. Les diverses expériences montrent que réaliser ces interventions précocement est indispensable (moindre pénibilité, destruction plus aisée des jeunes adventices, etc.), qu’une bonne connaissance du stock grainier de la parcelle est capitale et qu’il est très délicat d’obtenir satisfaction en présence de forte population de graminées, dont les repousses de céréales. La gestion des CIPAN est également un facteur clé de réussite des interventions mécaniques précoces, ces dernières pouvant occasionner des bourrages, voire des repiquages avec certaines espèces. Les réflexions sur la succession des cultures et les travaux pendant l’interculture doivent être mises en avant pour faciliter la mise en place de ces nouvelles techniques d’entretien des cultures.

Ce qu’il faut retenir

Le suivi conventionnel aurait nécessité un traitement chimique supplémentaire.

• L’expérience de 2019 montre que le désherbage combiné et le tout mécanique sont satisfaisants.

Les conditions climatiques étaient favorables aux nombreux passages mécaniques.

Les différents passages d’outils ont montré une bonne efficacité de 2 à 12 feuilles des betteraves.

Le désherbage manuel est indispensable.