Sur le marché de Rouen, le prix de la tonne de blé avoisine le niveau de l’année passée à la même époque. Mais en valant encore 100 € de plus qu’au début de la campagne 2020-2021, son prix n’est plus suffisant pour couvrir les coûts de production engagés par les céréaliers français pour la prochaine récolte.
Toutefois, les cours des céréales n’ont pas de raison de flamber tant que le corridor humanitaire sur la mer Noire sera maintenu. Il rassure les marchés autant qu’il fluidifie les échanges commerciaux dans la région. Selon FranceAgriMer, l’Ukraine est même parvenue à exporter 23 millions de tonnes (Mt) de céréales au cours des six premiers mois de campagne contre 25 Mt en moyenne quinquennale. Et surtout, les trois quarts des grains ont été expédiés par voie maritime. À la fin du mois de juin prochain, l’Ukraine pense avoir exporté ses 15 Mt de blé et ses 26 Mt de maïs disponibles.

La sérénité géopolitique apportée par le corridor profite aussi à la Russie : 24 Mt de grains ont été expédiées depuis ses ports contre 26 Mt en moyenne quinquennale. Une partie du retard pris en début de campagne est rattrapée. Pour autant, la Russie parviendra-t-elle à exporter les 42 Mt de blé annoncées par le Conseil international des céréales (CIC) d’ici la fin du mois de juin ?

En janvier dernier, le pays n’en aurait vendu que 3,7 Mt, soit 600 000 tonnes de moins qu’en décembre dernier, selon le site sovecon.ru. Réévaluées, les taxes à l’exportation pénalisent les transactions commerciales. Par ailleurs, le président russe, Vladimir Poutine, souhaite la constitution de stocks pour garantir l’approvisionnement du marché intérieur. Aussi, la Russie pourrait être amenée à limiter ses exportations de blé.

Depuis le début du conflit ukrainien, la France s’en sort bien à l’export. Notre pays est un partenaire commercial fiable et rassurant. Son blé est le plus compétitif au monde sur les marchés égyptien et algérien, devant l’Allemagne et même la Roumanie. Aidée par un euro plus fort, la France a déjà expédié 1,5 Mt vers l’Algérie. En Égypte, elle s’est même alignée sur la Russie. Aussi, elle est parvenue à lui vendre près d’1 Mt. Hors de l’UE, la France est partie pour exporter 10,6 Mt d’ici la fin de la campagne.
En fait, le principal concurrent français sur ces deux marchés maghrébins est l’Ukraine. Pour écouler ses stocks, elle vend son blé 40 dollars de moins. Mais surtout, le pays paie le risque financier que représente l’achat de ses grains en baissant ses prix.

Les cours du blé pourraient encore se replier dans les prochaines semaines, ou tout au moins se stabiliser à leur niveau actuel. La pénurie de céréales disponibles à l’export ne constitue plus une menace.

Dans son dernier rapport, le CIC a consolidé ses prévisions avancées les mois passés : 763 Mt de blé tendre seront récoltées durant la campagne 2022-2023 – un record – et 186 Mt seront échangées dans le monde (190 Mt en 2021-2022).

Le conflit en Ukraine a compliqué les exportations de blé, mais elle ne les a pas fait effondrer. Par ailleurs, le pays aurait produit autant de blé qu’en 2020 (25 Mt).

Les coûts du fret et de l’énergie rendent plus aisés l’approvisionnement des pays importateurs.

Par ailleurs, la campagne de commercialisation mondiale de blé s’achèverait avec des stocks rassurants (275 Mt), à un niveau inchangé par rapport à 2021. La Russie en détiendrait à elle seule 16 Mt, un record là encore.

Enfin, le Kremlin escompte produire 80 à 85 Mt de blé l’été prochain, compte tenu de la superficie qui sera semée d’ici le printemps prochain. Et au niveau mondial, 220,5 millions d’hectares (Mha) de blé seraient emblavés cette campagne, soit quasiment autant que l’an passé. Aussi, c’est dans l’indifférence des marchés que l’Ukraine a annoncé ne pas pouvoir cultiver plus 5,2 Mha de blé, soit 2,2 Mha en moins qu’en 2020.