« Le président de la République semble hésiter à prendre rendez-vous », a déploré Arnaud Rousseau, lors du 78e congrès de la FNSEA à Dunkerque. Le 29 mars dernier, il a invité Emmanuel Macron à donner sa vision pour l’agriculture : « Il faut qu’il nous dise quelle est la vision portée par la France dans un moment où l’Europe va faire des choix concernant le Green Deal et la souveraineté alimentaire ». Le président de la FNSEA souhaite qu’Emmanuel Macron rompe avec son dernier grand discours de Rungis en 2017, où il avait prôné une montée en gamme de l’agriculture française. Un choix qui serait en partie responsable de la perte de parts de marché au détriment des importations.

Après des semaines de mobilisation, ce congrès a marqué une étape supplémentaire. Les congressistes ont été parfois bruyants lors du discours de Marc Fesneau, brandissant des panneaux où l’on pouvait lire leurs attentes : « autorisation de toutes les matières actives européennes », « droits de douane pour l’Ukraine », « cours d’eau curés », « réserves en eau »…

Le sanglier et la moissonneuse
Pendant le discours de Marc Fesneau, les congressistes ont manifesté bruyamment en brandissant des panneaux reprenant leurs principales revendications. ©FX Duquenne

De son côté, Marc Fesneau a voulu montrer que les mesures annoncées par le gouvernement se mettent progressivement en place.

Après le discours du ministre, Arnaud Rousseau a noté quelques avancées sur la question des retraites, du stockage de l’eau et des plans d’action nitrates. « J’ai entendu le ministre dire qu’il n’y aura qu’un contrôle unique d’ici l’été, alors qu’il y a entre 35 et 40 contrôles administratifs différents dans une ferme ». Il s’est dit aussi satisfait de la validation par les parlementaires de la proposition de loi sur les troubles anormaux du voisinage. Une commission mixte paritaire, le 2 avril, devrait clore 10 ans de travail pour faire en sorte qu’un agriculteur ne puisse pas faire l’objet de recours d’un voisin, considérant que l’exploitation était installée avant lui.

La tension autour des retraites agricoles pourrait également retomber, puisque Marc Fesneau a indiqué que le gouvernement respectera « l’esprit et la lettre » de la loi du 13 février 2023, qui instaure le calcul des retraites agricoles sur les 25 meilleures années de revenus à partir de 2026. Une mise au point bienvenue après les « problèmes techniques » invoqués par le ministère, qui auraient eu pour effet de repousser cette réforme en 2028.

Le président de la FNSEA a enfin appelé le gouvernement à « reprendre la maîtrise de son administration » afin qu’elle mette plus rapidement en œuvre la soixantaine de mesures annoncées en faveur des agriculteurs.

Des européens convaincus

De la cohérence, moins de normes et les mêmes règles pour tous. Les demandes sont les mêmes dans tous les pays. En « Européens convaincus », les représentants syndicaux veulent « plus d’Europe et non pas une Europe faible ».

Le congrès de la FNSEA a été l’occasion de faire un débriefing sur les différents mouvements de revendication à travers l’Europe, avec des présidents des organisations syndicales de plusieurs pays européens.

Le sanglier et la moissonneuse
Franck Sander et des présidents des organisations syndicales de plusieurs pays européens tirent les leçons des manifestations en Europe. ©FX Duquenne

A côté de sujets tangibles, comme la concurrence déloyale, les frontières ouvertes aux quatre vents ou le cadre normatif trop lourd, on pouvait également sentir un profond sentiment de colère de la part des représentants agricoles. « Notre orgueil a été blessé », a même déclaré Massimiliano Giansanti, président de la Conf’Agricultura (Italie).

Franck Sander, vice-président de la FNSEA (et président de la CGB) note en tout cas une certaine frustration du monde agricole : « On nous a fait des promesses qui ne se sont pas traduites en actes dans nos exploitations agricoles ». Une situation qu’il explique notamment par « le contre-pouvoir de l’administration » en parallèle des élus.

Franck Sander estime que les manifestations reflètent « l’échec de la politique européenne qui a réussi à mettre l’ensemble des agriculteurs dans la rue ». En revanche « depuis les mobilisations, on constate que le Parlement a repris la main », estime le président de la CGB, qui appelle à aller voter le 9 juin prochain après avoir regardé « ce qu’ont fait les différents parlementaires ».