Après son diplôme d’ingénieur décroché à l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais en 2008, France Daguisy se destinait à une carrière dans l’agro-alimentaire. « J’ai commencé chez Bongrain à Nancy, notamment pour Caprice des Dieux. Mais, en 2011, n’obtenant pas le poste que je souhaitais et sentant que ma mère avait besoin d’aide, j’ai rejoint l’exploitation familiale », précise cette fille d’agriculteurs. Depuis le décès de son père en 1995, puis de son oncle en 1998, sa mère s’occupait seule de cette exploitation de 146 hectares, basée à Fresnes-lès-Montauban (Pas-de-Calais), et spécialisée dans les cultures de céréales et de betteraves. « Il était indispensable pour la poursuite de l’activité que je revienne et, après 18 mois de démarches et de préparation, je me suis installée en m’associant avec ma mère en 2013 », précise France Daguisy, aujourd’hui âgée de 42 ans et elle-même mère de deux enfants âgés de 8 et de 4 ans.
« Avant de m’installer, je me suis formée au maraîchage chez plusieurs maraîchers locaux », explique-t-elle. D’après ses recherches, elle a retrouvé trace de la ferme familiale jusqu’au milieu du XIXe siècle en sachant qu’elle devait exister avant. « Mon père a repris l’exploitation de son grand-père qui a toujours été historiquement consacrée aux grandes exploitations céréalières et de betteraves. La culture de betteraves est très ancienne, compte tenu de la proximité de l’exploitation avec le site de Béghin-Say à Corbehem », poursuit-elle.
Un maraîchage diversifié et porteur
Dès son installation, France Daguisy a donc diversifié l’exploitation en créant du maraîchage. « J’ai démarré avec 1,5 ha de fraises et 50 ares de légumes, une répartition qui s’est inversée aujourd’hui en sachant que je consacre 3 ha à cette activité. J’ai énormément diversifié les cultures de légumes et je travaille les tomates, concombres, courgettes, poivrons, carottes, patates douces, melons et pastèques, courges, radis…», explique-t-elle. Elle lance la vente directe et accueille des clients qui viennent cueillir les fraises et des légumes de mai à octobre. En 2015, elle a aussi installé un petit chalet en dur et un distributeur automatique d’une cinquantaine de casiers, qui fonctionnent à plein durant la saison. Elle complète son offre avec la vente de pêches et d’abricots provenant d’exploitants qu’elle connaît dans la Drôme et de pommes fournies par une exploitante voisine. Aujourd’hui âgée de 74 ans, sa mère ne va plus aux champs et s’occupe de l’administratif et de l’accueil des clients pendant la saison des fraises, ce qui représente une grosse activité. « J’ai un salarié (28 heures par semaine), un prestataire externe (auto-entrepreneur) qui intervient selon mes besoins et je peux compter aussi sur l’aide d’autres exploitants (ETA) que je connais », explique France.
Le maraîchage s’est bien développé, pour peser désormais 16 % du chiffre d’affaires de la SCEA de l’Enclos, soit cinq points de plus qu’en 2022. France a multiplié les débouchés commerciaux en demi-gros, notamment auprès de cantines scolaires, mais aussi de la grande distribution. « Je travaille en direct avec l’hypermarché Auchan de Sin-le-Noble pour des salades et le Leclerc de Bapaume pour des salades et des légumes. Enfin, je fournis le magasin de producteurs Les Fermiers de l’Artois à Gavrelle, ainsi que des collègues exploitants qui ne font pas de légumes », complète France qui, en pleine saison, travaille au moins 100 heures par semaine et tous les week-ends. « Heureusement, mon mari travaille chez Norauto à temps partiel et s’occupe de nos enfants et de toutes les tâches du quotidien », reconnaît-elle.
Rallonger les rotations sur les betteraves
Le dynamisme du maraîchage vient en partie compenser la baisse des cours dans l’activité céréalière et betteravière. « L’an dernier, on nous achetait la betterave 45 € la tonne mais, cette année, Tereos nous a versé 14 € d’acompte en novembre et on s’attend à seulement 30 € ! », s’inquiète-t-elle. Les parcelles de betteraves sont anciennes et France a procédé à une baisse de 30 % de l’assolement depuis trois ans, essentiellement pour des raisons agronomiques. « Dans les années 1970, on a eu des semences qui nous ont posé problème par la suite avec beaucoup de betteraves montées. Cela nous a condamnés à exclure certaines parcelles de l’assolement betteravier. Nos rotations sont donc devenues trop courtes au fil des ans sur les autres parcelles, épargnées par ce fléau. En 2023, nous avons eu l’opportunité de tester les betteraves Smart, ce qui concourt à rallonger nos rotations, en retournant sur les parcelles auparavant écartées. Certes, c’est plus cher à l’unité et les rendements sont moindres, mais nous n’avons plus de betteraves montées. La seule contrainte technique supplémentaire concerne le désherbage du blé l’année suivante », conclut-elle.


