Logiciels plus intelligents, prise en compte des conditions météo, ajustement automatique des doses ou analyse fine des granulés : l’objectif n’est pas d’en faire plus, mais de faire plus juste. Tour d’horizon de quelques nouveautés, qui montrent jusqu’où l’épandage est en train d’évoluer.

L’épandage d’engrais, tout le monde en fait. Mais ces dernières années, le chantier est devenu nettement plus sensible. Engrais chers, produits de plus en plus variables, bordures à respecter au mètre près, parcelles compliquées… les réglages approximatifs se paient vite, au portefeuille comme sur le terrain. Résultat : les constructeurs ont remis l’épandage au centre de leurs développements.

ZA-TS 01 d’Amazone : le logiciel au service de la précision

Chez Amazone, la principale évolution du ZA-TS 01 ne se remarque pas immédiatement à l’extérieur de la machine. Le constructeur parle lui-même d’« une nouvelle génération de logiciel », conçue pour prendre en charge des situations devenues difficiles à gérer uniquement avec des réglages manuels. Médaillé à Agritechnica, le logiciel de commande a été entièrement repensé pour prendre en charge les situations les plus complexes, à commencer par l’épandage en bordure.

Dans la pratique, l’agriculteur n’a plus besoin de jongler avec plusieurs paramètres issus des tableaux d’épandage. « Il suffit de saisir la distance à la limite souhaitée et de démarrer », indique Amazone, en mettant en avant une automatisation complète des réglages liés à l’épandage en bordure. Le logiciel calcule automatiquement les réglages adaptés et ajuste les paramètres entre eux afin d’obtenir la répartition recherchée. Un affichage graphique permet de visualiser le résultat directement sur le terminal.

Cette logique s’applique aux différents cas de figure rencontrés sur le terrain, qu’il s’agisse d’une bordure classique, d’une limite de parcelle ou d’un fossé. Les contraintes réglementaires sont intégrées dans le raisonnement de la machine, ce qui limite fortement le risque d’erreur. Autre point clé : la largeur de travail réellement utilisée est enregistrée automatiquement, ce qui garantit une documentation cohérente et exploitable.

L’intégration complète des systèmes AutoTS et BorderTS va dans le même sens. Le déflecteur de bordure est piloté électriquement depuis le terminal, sans réglage manuel. Selon Amazone, cette intégration permet d’améliorer encore les courbes d’épandage en limite tout en simplifiant l’utilisation au quotidien.

Le ZA-TS 01 bénéficie également de CurveControl, un système destiné à corriger la répartition en courbe. Un capteur analyse en temps réel le mouvement de l’épandeur et adapte le point d’alimentation ainsi que le débit de chaque côté. « Les sous-fertilisations et les surfertilisations sont ainsi minimisées », souligne le constructeur, notamment dans les zones de virage où les écarts sont habituellement les plus marqués.

MH45 de Bogballe, la météo en cabine et la précision au champ

Avec le MH45, Bogballe adopte une approche différente, centrée sur l’environnement immédiat de l’épandage. « Nous avons simplement mis à jour tout notre univers Isobus », résume le constructeur danois, qui revendique une montée en précision plutôt qu’une rupture mécanique isolée. La nouveauté repose notamment sur l’intégration d’une station météo embarquée, baptisée Weatherman, installée directement sur la cabine du tracteur.

Cette station mesure plusieurs paramètres, dont l’humidité de l’air, et transmet les données au système de commande Isobus. Selon Bogballe, ces informations permettent de « corriger automatiquement le schéma d’épandage en fonction des conditions réelles rencontrées au champ ». Une manière de répondre à l’évolution du comportement des granulés au cours de la journée.

Le MH45 inaugure également une transmission hydraulique des disques d’épandage. Cette solution ouvre de nouvelles possibilités en fourrière, avec des vitesses de rotation différenciées entre les disques. Le disque côté limite peut ainsi tourner plus lentement afin de réduire les projections hors parcelle, tout en conservant un recouvrement suffisant côté intérieur. Selon Bogballe, cette technologie permet d’atteindre un niveau de précision supérieur aux exigences de la norme européenne sur l’épandage de bordure.

La nouvelle solution Isobus développée par le constructeur danois met aussi l’accent sur la traçabilité. Les données « as applied » enregistrent précisément où et comment l’engrais a été épandu. « Chaque kilo de nutriment est appliqué exactement là où il est le plus bénéfique », résume Bogballe, avec l’objectif de sécuriser à la fois le rendement et la conformité réglementaire.

Dose variable instantanée : l’Alentix de Kverneland va droit au but

Avec l’Alentix, Kverneland renouvelle son offre haut de gamme en misant sur la capacité et la réactivité. La marque présente ce modèle comme « un nouvel étalon pour l’épandage de précision », en particulier pour les exploitations cherchant à combiner largeurs importantes et modulation de dose. La trémie peut atteindre 4 700 litres, afin de limiter les temps de remplissage, tandis que la largeur d’épandage peut aller jusqu’à 54 mètres selon les engrais utilisés.

L’innovation centrale réside dans le nouveau doseur RapidRate. Kverneland met en avant « une variation instantanée du débit, sans filtrage logiciel ni temps de latence », afin de suivre au plus près les cartes de modulation et les variations de vitesse. Ce système ajuste la dose d’engrais en temps réel, en fonction de la vitesse d’avancement ou des cartes de modulation. « Le débit peut varier instantanément de 0 à 100 %, jusqu’à 550 kg par minute », indique le constructeur. Cette réactivité vise à sécuriser les applications en dose variable, sans à-coups ni décalage.

L’Alentix s’appuie sur une pesée embarquée continue, assurée par quatre capteurs complétés par un double capteur de référence. Cette configuration permet de maintenir la précision quelles que soient les conditions de terrain. Associée au système GeoSpread, elle autorise une coupure de tronçons par pas d’un mètre, un atout dans les parcelles étroites ou de forme irrégulière.

Côté utilisation, Kverneland met en avant la compatibilité Isobus en standard et l’appui des applications mobiles pour le réglage. L’objectif est de rendre accessibles des fonctions avancées sans rendre plus complexe le travail en cabine.

FertiEye de Sky Agriculture, quand le laboratoire vient sur le tracteur

Dernière approche, celle de Sky Agriculture avec FertiEye. Le constructeur revendique une innovation « qui fait passer l’expertise des laboratoires directement sur le terrain », en s’appuyant sur l’analyse d’images. Récompensée par une médaille d’argent à Agritechnica, cette solution ne cherche pas seulement à adapter la machine, mais à caractériser précisément l’engrais utilisé.

FertiEye repose sur un système d’analyse d’images réalisé à partir d’un smartphone. Un dispositif mécanique prélève un échantillon représentatif, sépare les granulés et prépare une prise de vue calibrée. L’algorithme analyse ensuite la taille, la forme et la distribution des grains afin de déterminer leurs caractéristiques balistiques.

« Il ne s’agit pas d’une simple comparaison avec une base de données, mais d’une véritable analyse individualisée », insiste Sky Agriculture. En quelques secondes, les réglages adaptés sont calculés et envoyés automatiquement à l’épandeur, sans passer par des analyses en laboratoire souvent longues et peu compatibles avec la réalité du terrain.

Au-delà du réglage, FertiEye permet aussi d’évaluer un engrais avant son utilisation, voire avant son achat. L’agriculteur peut ainsi « anticiper la largeur d’épandage réellement atteignable et éviter les mauvaises surprises au champ ».