Sucre, maïs, alimentation animale, distillation… derrière ces filières, Somdia déploie en Afrique un modèle agro-industriel intégré, qui va de la production agricole à la transformation industrielle. Avec plus de 300 000 tonnes de sucre et plus de 344 000 tonnes de farine produites, réparties dans six pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, le groupe se structure au plus près des marchés locaux.
« Produire en Afrique, pour l’Afrique »
Chez Somdia, rien ne s’est fait d’un coup. L’origine de Somdia remonte à 1947, lorsque la famille Vilgrain acquiert une concession agricole de 12 000 hectares au Congo, dans la vallée du Niari. C’est là que démarrent les premières activités industrielles du groupe, avec une huilerie d’arachide, puis une raffinerie de sucre, une minoterie et une sucrerie. Le groupe Somdia est officiellement créé en 1970, avec pour ambition de « Produire en Afrique, pour l’Afrique »
Au fil du temps, l’implantation s’élargit à plusieurs pays africains, notamment en Afrique centrale et de l’Ouest. Le développement repose sur une construction progressive : création de sociétés, partenariats avec les États, privatisations et intégrations d’actifs existants. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté d’ancrage durable des activités de production et de transformation.
Le vrai changement arrive son entrée dans le groupe Castel en 2011, puis sa prise de contrôle totale en 2022, qui redessinent le périmètre. Dans ce cadre, Somdia engage une réorganisation de ses activités, notamment par la cession progressive de ses activités de minoterie au Cameroun, au Congo, au Togo, au Gabon et à La Réunion. L’objectif est de concentrer davantage le groupe sur ses métiers agricoles et de première transformation.
Du champ à l’usine
Le cœur de Somdia, c’est la filière sucrière. Le sucre n’est pas simplement acheté, raffiné et revendu. Il est aussi produit. Dans ses différentes implantations, le groupe maîtrise l’ensemble de la chaîne de production, depuis la culture de la canne jusqu’à la transformation industrielle et la commercialisation.
« Notre modèle repose sur l’intégration », explique Olivier Parent, PDG et DG du Groupe Somdia. « Nous maîtrisons l’ensemble du processus. » Cette organisation permet au groupe « d’agir sur la qualité, la traçabilité, la disponibilité et l’adaptation de l’offre », résume-t-il. Dans certains pays, cette maîtrise de la chaîne est particulièrement marquée. « Au Tchad, au Cameroun et au Congo, Somdia est le seul acteur à produire du sucre à partir de ses propres cultures ».
Le modèle ne s’arrête pas au sucre. Les coproduits issus de la transformation sont, eux aussi, valorisés dans différentes activités industrielles. La mélasse sert notamment pour alimenter la distillerie du Congo, tandis que d’autres sous-produits peuvent être réutilisés dans les champs ou dans les chaudières. « C’est un modèle circulaire, plus efficient, et plus cohérent avec notre ambition de production durable », souligne le dirigeant.
Diversification et structuration de filières locales
Au-delà du sucre, Somdia a commencé à élargir le périmètre, sans pour autant changer de logique. Olivier Parent explique qu’« aujourd’hui, le groupe intervient aussi dans la maïserie, l’alimentation animale, l’élevage et, désormais, la distillation ». Cette diversification s’inscrit dans une logique de filières intégrées, en lien direct avec les ressources agricoles locales.
Cette évolution s’appuie dans une optique d’optimisation des coproduits et de structuration des chaînes de valeur. Les activités ne sont pas pensées de manière isolée mais comme un ensemble cohérent, où chaque production peut alimenter une autre.
Dans les pays d’implantation, la demande est là, portée par la démographie. « La consommation de sucre progresse de l’ordre de 3 à 4 % par an », indique Olivier Parent. Mais cela ne veut pas dire que tout est linéaire. « Les marchés restent souvent très sensibles aux politiques publiques, aux importations pas toujours régulières, au pouvoir d’achat et aux arbitrages sur les prix ».
La concurrence extérieure existe aussi. « Dans certains pays, le sucre importé demeure un facteur de tension concurrentielle ». En effet, la concurrence du sucre importé et insuffisamment contrôlé peut fragiliser les équilibres économiques des filières locales. Pour s’en protéger, le groupe s’appuie sur son ancrage local. « Nous opérons majoritairement sur des marchés locaux africains, dans une logique de production et de commercialisation de proximité », précise le dirigeant. Sans être isolé du marché mondial, cela permet d’amortir une partie des chocs.
Une stratégie qui s’élargit
Sur le terrain, les contraintes sont multiples. « Il faut sécuriser les rendements, préserver les sols, mieux gérer l’eau, sélectionner les bonnes variétés et adapter en permanence les pratiques aux conditions locales ».
Le second enjeu est industriel, avec la nécessité de maintenir les outils de production, de moderniser les installations et d’améliorer l’efficacité énergétique.
Somdia souhaite voir plus loin. « Le sucre ne doit plus être pensé seulement comme une commodité, mais comme le cœur d’un écosystème industriel capable de produire aussi de l’énergie, des alcools, des fertilisants organiques ou d’autres valorisations à partir des coproduits ».
Les premiers projets sont déjà engagés. « La mise en route de la distillerie du Congo fin 2024 » en est une illustration concrète, suivie « d’un projet en Côte d’Ivoire début 2026 ». En parallèle, le groupe élargit son regard vers d’autres cultures. « Développer des filières locales de culture et de transformation de céréales comme le maïs, le riz, le sorgho, le soja ou encore l’orge brassicole ».




