Le grand tetras, c’est fini

Depuis le 1er avril 2026, le grand tétras et le lagopède alpin sont des espèces protégées. Malgré les efforts consentis par les chasseurs pour restaurer l’habitat et dynamiser l’espèce. Et sans espoir de retour.

Monique Barbut (ministre de la Transition écologique et ancienne du WWF France) n’a pas hésité. Le 1er avril, elle a annoncé que le grand tétras et le lagopède alpin rejoignaient la liste des espèces protégées.

À la grande surprise des chasseurs qui n’ont pas été consultés, comme il est d’usage. Ce classement, s’il était variable, c’est-à-dire dépendant de la bonne santé des effectifs, serait louable. Mais nous savons pertinemment que lorsqu’une espèce rejoint la protection, elle n’en sort plus. C’est la gestion « à l’européenne », tout à fait différente de la gestion « à l’américaine ». Cette dernière, raisonnable, s’appuie sur des données scientifiques. La protection n’est pas sacralisée. Une espèce fléchit, on la protège. Elle se refait une santé, elle change de statut.

En France, au contraire, c’est « l’effet cliquet ». Protégée un jour, protégée toujours. On en a un exemple avec la bernache cravant. Menacée à une époque, l’espèce est aujourd’hui en excellente santé et pourrait être raisonnablement chassée. Mais c’est sans espoir. `

Donc le grand coq est passé à la trappe cynégétique.

Quelle était sa situation ? Très médiocre assurément, personne ne peut le nier. L’espèce est présente dans les Pyrénées, le Jura et les Vosges. Les multiples tentatives de réintroduction n’ont pas donné de résultats.

Globalement, les effectifs nationaux estimés sont de 4 500 individus dont 90 % sur la chaîne pyrénéenne. Partout en France, le grand tétras est en régression.

Le réchauffement ? Vraiment ?

Pourquoi ? La chasse est hors de cause, l’espèce faisant depuis des années l’objet d’un « moratoire ». Les scientifiques mettent en avant la modification de l’habitat, le dépérissement de certaines forêts, la disparition des plantes dont il se nourrit et bien sûr, le réchauffement climatique toujours brandi dès qu’un problème environnemental surgit. Curieusement, le réchauffement sévit aussi en Suède et en Norvège. Or, dans ces pays, les populations de grand tétras – chassées – pètent la forme ! J’ai chassé le grand tétras en Laponie suédoise où les densités sont importantes. Parfaitement gérée, l’espèce profite au tourisme cynégétique. Tirer un grand tétras là-bas est aussi facile qu’en Russie, un pays lui aussi abondamment pourvu.

Alors pourquoi les choses vont-elles si mal en France ?

Le Parc des Vosges assure que la mort de sept oiseaux réintroduits n’a rien à voir avec le climat : une « très probable » prédation pour six d’entre eux et un possible choc avec un câble électrique pour un autre. Mais les effectifs se tassent aussi dans les Pyrénées.

Bien que l’oiseau ne soit plus chassé, la Fédération des Chasseurs des Pyrénées-Atlantiques s’est donné beaucoup de mal pour restaurer les milieux naturels. Elle a notamment débroussaillé les pelouses alpines pour éviter leur envahissement par les genévriers et les rhododendrons. Elle s’est aussi investie dans des opérations de suivi : comptage des mâles chanteurs notamment. Et le balisage des pistes pour que les touristes ne s’égarent pas et laissent le tétras tranquille. Sans succès.

La nature est mystérieuse et ses ressorts intimes nous sont souvent cachés.

Située de l’autre côté de la vallée du Rhin, dans le land du Bade-Wurtemberg (Allemagne), la Forêt-Noire est le pendant géologique des Vosges, et l’on dit souvent que ce sont des « massifs frères » tant ils se ressemblent. La Forêt-Noire possède également une population de grands tétras, mais eux se portent bien ! On a recensé au printemps 2025 plus de cent mâles !

Pourquoi une telle différence de tonus entre les populations françaises et allemandes ? Nous l’ignorons.

En Espagne, on piège 500 martres par an

Une chose est certaine : ce n’est pas parce qu’elle est désormais protégée que l’espèce va se requinquer. Protégée de qui ? L’homme ne le chassait plus depuis l’instauration d’un moratoire. Et cette protection légale ne changera rien au comportement de prédateurs de plus en plus actifs. Car la prédation est une cause de disparition majeure.

On a vu que six sujets réintroduits dans les Vosges avaient été « très probablement » prédatés. Nos voisins espagnols, conscients du problème, réagissent. Dans les régions de Cantabrie et d’Asturie qui sont favorables à l’espèce, on tend 150 pièges 350 jours par an ! Les 500 (oui) martres capturées chaque année sont euthanasiées et les autours relâchés ailleurs. Résultat : dans ces zones, l’indice de reproduction du grand coq est de 2 à 4 fois plus élevé qu’en France !

Mais Monique Babut garde sa sensibilité WWF … Pas question d’encourager le piégeage. Mieux vaut, pour l’opinion publique, mettre l’espèce sous une « protection » illusoire.

Ce que craignent maintenant les chasseurs de montagne, c’est « l’effet domino ». Après le grand tétras et le lagopède (car lui aussi est maintenant protégé) la bartavelle, la gélinotte, la perdrix grise des Pyrénées, le tétras-lyre, le lièvre variable ? Va savoir…

Le Betteravier français

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