Après des années de procédures, l’affaire est tranchée. La plus haute juridiction administrative a conclu au rejet des requêtes déposées en septembre 2025 par la LPO et One Voice, qui avaient conduit à la suspension de l’arrêté autorisant la chasse aux pantes de l’alouette, signé par la ministre de l’Écologie de l’époque, Agnès Pannier-Runacher.
Le Conseil d’État reconnaît pour la première fois qu’il est possible de chasser au filet une espèce de gibier en conformité avec le droit européen, dès lors que la pratique est strictement encadrée. Pour la Fédération Nationale des Chasseurs, « cette victoire est celle du bon sens et de la preuve par les faits, techniques et scientifiques : au terme de deux années d’expérimentation sous le contrôle des services de l’État (OFB, DDTM), nous avons apporté la démonstration de la sélectivité de ces techniques de chasse ancestrales ».
Cette décision constitue une étape majeure pour l’avenir des chasses traditionnelles. L’évolution de la jurisprudence confirme que le droit européen ne les condamne pas par principe : elles peuvent être maintenues dès lors qu’elles respectent les conditions strictes fixées par la directive européenne « Oiseaux ».
Rappelons qu’à l’échelle européenne, l’alouette des champs demeure classée en « préoccupation mineure » (Least Concern), le statut le plus favorable.
Quatre départements du Sud-Ouest
Cette chasse traditionnelle peut donc se poursuivre dans quatre départements : Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques.
Pour la campagne 2025-2026, le plafond des prélèvements aux pantes avait été fixé à 98 702 alouettes, soit moins de 1 % de la mortalité annuelle moyenne des 106 millions de spécimens en Europe estimés par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
La chasse à l’alouette (alaude en gascon) est une tradition du Sud-Ouest : le chasseur appelle l’oiseau avec un sifflet et le capture au filet. À noter que seule la prise de l’alouette des champs est autorisée. Les autres espèces (Lulu, calendrelle) sont interdites. La migration commence début octobre et la période de chasse s’étend donc du 1er octobre au 20 novembre. Les chasseurs prennent place dans leur petite cabane devant le « sol » qui est l’espace entre les deux filets couchés par terre. Dans une cage, quelques appelants chantent et attirent les vols. Ils sont appuyés par un chasseur passé maître dans l’art de manier l’appeau ou « chilet ». L’attente est longue. On scrute le ciel en espérant entendre les oiseaux et voir arriver leurs vols ondulants. Encore faut-il savoir les détourner pour les faire se poser sur le « sol ». Des heures de patience. Beaucoup de vols passent et ne s’arrêtent pas. Enfin en voici un qui oblique, descend, tourne un peu autour du champ et finit par se poser où il faut. Un geste sec sur un levier : les filets se rabattent. C’est gagné ! Les oiseaux sont vivants, ce qui permet de relâcher d’éventuelles espèces de passereaux protégés : pinsons notamment ou variétés d’alouettes protégées. Le nombre maximal de prises est de 222. Le nombre de filets est limité à trois paires de pantes par chasse. On tient à jour un carnet officiel de prélèvement pour les contrôles des gardes-chasse. Le nom des quatre chasseurs autorisés et le nombre de prises doivent obligatoirement y figurer.
Un dossier en béton
« Bagage et comptage sont réalisés sur 1 % des prises », précise Philippe Girardot, directeur de la Fédération des chasseurs des Landes.
Cette chasse est soumise à une autorisation qui est maintenant renouvelée d’année en année ; mais l’arrêt sur une saison la fait disparaître définitivement. Le nombre de chasseurs aux pantes est ainsi limité et ces autorisations ne sont transmises qu’au sein d’une famille ou à des proches.
On recense au total dans le Sud-Ouest 1 330 pantes sur 166 communes.
C’est la réglementation, très sévère, ainsi que les comptages et les quotas qui ont permis aux chasseurs de gagner la bataille juridique. Tout se joue aujourd’hui autour des données chiffrées scientifiques et, si on veut gagner, il faut arriver au tribunal avec un dossier en béton.
Aux côtés de l’association One Voice, la LPO avait porté un recours. Celui-ci est donc rejeté et de nouveaux quotas de chasse à l’alouette vont pouvoir être fixés par le gouvernement pour cet automne. Le ministère de la Transition écologique a indiqué son intention de reprendre un arrêté autorisant la chasse en tenant compte des « remarques du Conseil d’État ». « Les quotas seront ceux compatibles avec la définition de la directive oiseaux, soit inférieurs à 1 % de la population d’oiseaux estimée.»
Les opposants ne visent pas que la chasse à l’alouette. La chasse des palombes (pigeon ramier) aux pantières et aux pantes est aussi dans leur viseur. Il s’agit cette fois d’une tradition tellement populaire dans le Sud-Ouest que la supprimer déclencherait une émeute. Comme pour l’alouette, afin de gagner le combat juridique, les fédérations locales et les fédérations nationales se battent avec des chiffres de prélèvements et des comptages. La commission européenne est-elle consciente de l’enjeu ? Il semble que oui, puisqu’elle a suspendu son recours contre la France se donnant un an pour réfléchir.


