À une époque pas si lointaine, les ventes publiques spécialisées en trophées de chasse attiraient de nombreux amateurs. On se pressait sous le marteau pour découvrir les plus belles pièces et un vent d’exotisme soufflait sur la salle. Mais le vent tourne. Tout d’abord, il faut rappeler que la réglementation se durcit année après année. La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) interdit notamment le commerce des espèces protégées. Certes, le chasseur les respecte. Mais attention : s’il détient, par exemple, un léopard naturalisé prélevé à une époque où sa chasse était autorisée et que l’animal est aujourd’hui protégé dans le pays d’origine, son trophée devient interdit de vente.
Pour les trophées de chasse, le site internet de la douane française est très clair : « l’exportation / importation de ce type de biens est rendue possible après l’obtention de certificats (ex : certificats CITES) facturés dans la plupart des cas par les autorités nationales compétentes.»
Ainsi, à condition de posséder un certificat CITES ou une autorisation similaire (documents généralement payants), l’export et l’import de trophées de chasse sont légaux. Après déclaration en douane.
Le chasseur doit nécessairement avoir un permis de chasse en règle dans le pays visité. Il doit également s’acquitter de la taxe d’abattage, même s’il ne ramène pas de trophée.
La France interdit, depuis 2015, l’importation de trophée de lion. C’est précisé sur le site de l’Assemblée nationale, « la France a interdit, de facto, l’importation de trophées de lions en 2015 par décision de la ministre de l’Environnement.» Il s’agissait de Ségolène Royal. Cette interdiction a suivi la polémique née après le prélèvement du lion Cecil, au Zimbabwe, par un chasseur américain.
L’UICN en pointe pour l’interdiction
Les trophées de chasse sont sur la sellette. Il faut savoir qu’une proposition de loi dite « transpartisane », déposée par la députée écologiste Sandra Regol en avril 2025, vise à durcir encore les règles d’exportation.
Le Comité Français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) s’en félicite. Il rappelle que l’Union européenne est le 2ème importateur de trophées de chasse dans le monde, derrière les États-Unis, avec près de 15 000 trophées importés entre 2014 et 2018, issus de 73 espèces de mammifères inscrites à la CITES. La France est le 6ème importateur de trophées de chasse en Europe avec 752 trophées en transit durant cette même période. Le Comité rappelle aussi qu’en 2016, les Pays-Bas ont interdit l’importation de trophées de plus de 200 espèces, tout comme la Belgique le 25 janvier dernier. En Afrique, plusieurs pays ont revu ou fermé la chasse aux trophées, comme la Namibie, le Botswana et la Zambie pour le léopard ; ou encore le Cameroun pour l’éléphant de forêt.
L’UICN est hostile à la grande chasse. Son Comité français estime qu’elle « n’est pas compatible avec ses valeurs éthiques ». L’organisation est fortement influencée par des courants politiques de gauche, voire d’extrême-gauche, comme le montre cette étrange prise de position : « les aspects culturels et sociaux posent aussi question puisque ce type de chasse est issu de la colonisation, et parce qu’il véhicule un modèle d’inégalité sociale entre des chasseurs fortunés payant pour tuer des animaux et des populations locales pauvres dont les droits ou usages de la nature peuvent être limités ». L’UICN ignore les retombées financières de la grande chasse pour les populations locales, elle ignore aussi sa nécessité pour contenir des espèces envahissantes et protéger les paysans ce qui est, par exemple, le cas de l’éléphant au Botswana. Bien évidemment, cette organisation soutiendra tous les textes législatifs visant à durcir la réglementation.
La concurrence d’Internet
Tout cela n’augure rien de bon. Ni pour la grande chasse. Ni pour les ventes publiques spécialisées. Celles-ci se raréfient. Il faut noter aussi que les frais de vente (souvent 30%) deviennent dissuasifs. Et que la concurrence sur Internet est rude. « Le déclin en salle est total, dit ainsi Paul-Antoine Richet Coulon, expert et propriétaire d’une galerie animalière spécialisée (la Ménagerie) dans le nord du pays. Les amateurs préfèrent fréquenter les sites spécialisés comme leboncoin, eBay, Natura Buy et vont de moins en moins en salle. Certains beaux trophées peuvent encore bien se vendre, surtout si on connaît les origines, le chasseur et le taxidermiste. La composition joue aussi. Deux oryx en cape qui se regardent, c’est très décoratif, et cela peut faire un prix, mais, dans l’ensemble, les ventes aux enchères diminuent. »
L’étude Millon a réalisé à l’automne dernier, à l’hôtel Drouot, à Paris, une superbe vente sur le thème « Histoire Naturelle ». On y trouvait pas mal de trophées de chasse remarquablement naturalisés. Quels ont été les résultats ? En voici quelques-uns (prix d’adjudication, hors frais de 30%). Zèbre en cape : 900 € ; 8 grès et défenses de phacochère : 200 € ; oréotrague sauteur entier : 200 € ; éland de Derby en cape : 450 € ; Grand koudou en cape : 400 € ; nyala en cape (magnifique) 250 € seulement … Beau cerf élaphe, tête en cape : 750 €. Le clou de la vente fut un ours blanc entier, debout, sur un socle rond laqué noir. Hauteur totale : 2,48 mètres. Adjugé 24.000 €.
À noter aussi une exceptionnelle dent de Narval de 2,77 m adjugée 42.000 €.
De quoi redonner un peu d’espoir aux commissaires-priseurs.