Que fait le Crédit Agricole du Nord-Estpour la méthanisation ?
Christophe Boudes : La caisse régionale du Crédit Agricole du Nord-Est accompagne la filière des énergies renouvelables et la méthanisation depuis 2015. Aujourd’hui, nous accompagnons 94 méthaniseurs, répartis pour environ 60 % en cogénération et 40 % en injection.
Ces 94 méthaniseurs représentent un portefeuille d’un peu plus de 300 millions d’euros d’encours de financement. Je précise que c’est le capital restant dû par les porteurs de projet, et non pas le total des Capex, les dépenses d’investissement financées par le Crédit Agricole du Nord-Est pour la méthanisation.
Au total, les projets d’ENR (solaire + méthanisation) accompagnés par la caisse régionale du Nord-Est représentent environ 1,5 terawatt, soit la consommation des quatre villes les plus importantes de notre secteur, à savoir Reims, Châlons-en-Champagne, Charleville-Mézières et Laon, ainsi que 80 % de la consommation de Saint-Quentin.
Comment voyez-vous évoluer le nombre de projets dans le Nord-Est?
Christophe Boudes : Nous venons de sortir d’une pause des investissements, entre 2020 et 2023, qui s’explique par un manque de visibilité sur la transition entre la fin de la cogénération et la mise en place des projets d’injection. Heureusement, ceux-ci ont repris cette année avec de nouveaux projets. Cela veut dire que les investisseurs et les porteurs de projet retrouvent de l’intérêt pour la méthanisation.
Comment accompagnez-vous les agriculteurs ?
Christophe Boudes : Nous accompagnons les porteurs de projet le plus en amont possible, jusqu’au financement et au suivi annuel pour affiner les réglages. Nous ne sommes pas uniquement un financeur ponctuel. Nous travaillons aussi sur le besoin en fonds de roulement pour financer les intrants tout au long de l’année. L’optimisation de la trésorerie, c’est le nerf de la guerre.
Comment un agriculteur doit-il aborder l’aspect financier de son projet ?
Christophe Boudes : Nous attendons de la part du porteur de projet un apport minimum de 10 % de l’investissement, y compris avec les subventions ou le financement participatif. C’est assez peu par rapport à d’autres investissements. Ce qui importe, c’est que la charge de remboursement ne consomme pas l’intégralité de l’excédent brut d’exploitation (EBE) et que l’on garde une marge de sécurité de l’ordre de 20 %. Car, demain, les prix des intrants peuvent augmenter, tout comme les charges de maintenance. Un arrêt de la méthanisation pendant un mois pour des problèmes techniques, c’est zéro chiffre d’affaires qui rentre !
Arnaud Thieblemont, que représente la filière méthanisation dans la région Brie Picardie ?
Arnaud Thieblemont : sur le territoire du crédit agricole brie Picardie (Oise, Seine et Marne et Somme), la méthanisation agricole représente près d’une centaine de sites. Nous sommes fiers d’avoir contribué fortement à son développement en accompagnant près de 9 projets sur 10. Ces projets représentent près de 11 % du biométhane produit en France à mars 2025 et ils permettent de produire près de 10 % du gaz consommé sur notre territoire. Ils embarquent près de 360 exploitations agricoles.
Quel type de méthaniseurs avez-vous sur votre territoire ?
Hélène Leroy : nous avons principalement accompagné des unités en injection avec près de 75 sites dont 39 en Seine-et-Marne. La participation financière de l’Ademe et de la région Île-de-France et la présence d’un réseau gaz dense et proche de bassin de consommation et a fortement contribué au développement de cette filière.
Cette activité est-elle rentable ?
Arnaud Thieblemont : dans la plupart des cas, ce sont de belles opérations financières qui génèrent de la valeur ajoutée au sein des exploitations agricoles associées. De plus, l’utilisation du digestat limite le recours aux engrais de synthèse et permet des économies substantielles pour les exploitations agricoles. Les méthaniseurs apportent deux sources de revenu : la valorisation des produits agricoles et le revenu généré par la vente de gaz.
Quelle est la dynamique des nouveaux projets ?
Hélène Leroy : l’inflation des dernières années a changé la donne. La flambée des budgets de construction, en hausse de 20 à 30 % depuis 2020 a mis clairement un coup d’arrêt à la filière. Depuis la révision du tarif réglementé d’achat de biométhane en 2023 nous percevons un regain d’intérêt pour de nouvelles unités. La présence d’une prime « effluents d’élevage » dans le tarif d’achat de biométhane en vigueur fait émerger des projets de moins de 25GWh/an portés par des éleveurs.
Et quelles sont les opportunités pour les méthaniseurs existants ?
Hélène Leroy : pour les unités de méthanisation en injection situées à proximité d’industries consommatrices de CO2, il est possible d’accroître la rentabilité en investissant dans un outil de liquéfaction de CO2. La publication de l’arrêté du 8 septembre 2025 offre la possibilité aux unités de méthanisation en cogénération de basculer vers l’injection sous certaines modalités.
Que faire quand on arrive en fin de contrat ?
Arnaud Thieblemont : la rentabilité actuelle des unités de méthanisation repose sur un tarif réglementé supérieur au cours actuel du prix du gaz. À l’issue des contrats, les unités devront négocier un nouveau contrat de gré à gré pour leur permettre de poursuivre leur activité. Nous voulons rester optimistes sur le résultat de ces négociations qui doit permettre la poursuite de la production d’un gaz vert sur nos territoires à proximité des lieux de consommation.





