vendredi 26 avril 2019
La sucrerie Lesaffre a besoin de conserver des volumes de betteraves suffisants pour faire tourner l'usine. La sucrerie Lesaffre a besoin de conserver des volumes de betteraves suffisants pour faire tourner l'usine. ©FXD

Sucre : Lesaffre maintient le prix de ses betteraves à 27,10 €/t

Continuer de payer les betteraves 27,10 €/t en 2019 alors que les autres fabricants n’osent plus s’avancer : le pari est risqué. D’autant plus que l’entreprise familiale, située à Nangis (Seine-et-Marne), vient de vivre une campagne très difficile.

Comme tous les autres sucriers européens, le fabricant de sucre Lesaffre Frères fait face à une conjoncture très difficile. « Nous allons être dans le rouge cette année, déplore son PDG Cyril Lesaffre. En 2016, nous avions proposé aux planteurs un prix fixé à 27,10 €/t pour 3 ans en vue
de l’après quota. Les prix se sont effondrés depuis, mais nous n’avons qu’une parole ». Le but était de sécuriser l’approvisionnement en betteraves de la sucrerie et de soutenir la rémunération de la betterave pour les planteurs. Malheureusement la conjoncture a été beaucoup plus difficile que prévu. « Au cours actuel du sucre, l’entreprise perd environ 4 € par tonne de betterave achetée », calcule Cyril Lesaffre. La sucrerie de Nangis reste la seule en France à encore proposer un prix de betterave garanti : 27,10 €/t (pulpe comprise). Le seul point positif est que l’usine devrait maintenir les surfaces de betteraves en 2019, contrairement à ce qui risque de se passer pour les autres groupes sucriers. Lesaffre avait préparé la fin des quotas en proposant aux planteurs d’augmenter les surfaces. La production de sucre a bondi à environ 120 000 t en 2017, contre 90 000 t les campagnes précédentes. « Avec un tel diviseur, nous avons pu affronter la baisse des prix européens et mondiaux en 2017 ». Mais les stocks européens ont ensuite pesé très lourd. « J’estime que le marché européen du sucre a perdu 50 € à cause de la guerre des prix que se sont livrée les sucriers. Certains opérateurs n’ont pas joué le jeu de l’exportation », regrette le dirigeant de l’entreprise qui a exporté 30 % de sa production.

Conséquences de la sécheresse

Les prix bas du sucre n’ont pas été le seul problème de la campagne 2018-2019, puisque les volumes de betteraves ont été amputés de 35 % à cause de la sécheresse et les racines ont été difficiles à travailler, car elles contenaient un taux important de sucres non extractibles. Le rendement betteravier est en moyenne de 64 t/ha à 19,5 °S, contre 80 t/ha à 17,1 °S l’année dernière. La campagne de fabrication a débuté le 2 octobre, après avoir été repoussée de 3 semaines pour cause de sécheresse. Elle s’est terminée le 22 décembre pour les betteraves et 27 décembre pour la « campagne sirop ». Au total, la campagne a duré 80 jours, contre 115 jours l’année dernière. « Heureusement notre structure financière est saine, avec un bilan équilibré, des réserves et pas de dettes. Mais on ne pourra pas faire plusieurs campagnes comme celle-ci », prévient Cyril Lesaffre. Après 2019, il n’est pas certain que l’entreprise puisse encore proposer un prix aussi attractif. Ce sera l’objet des discussions en commission de répartition de la valeur (CRV) avec les représentants des planteurs de betteraves au printemps. « Les discussions avec les planteurs se passent toujours en bonne intelligence, estime Cyril Lesaffre. Il faudra imaginer ensemble un système attractif pour les planteurs, sans que la sucrerie soit seule à prendre tous les risques ».

En attendant des jours meilleurs, la société Lesaffre investit dans le renouvellement et la modernisation de ses outils, afin de garder un niveau de performance suffisamment élevé pour compenser les effets d’une capacité de production inférieure à la moyenne des sucreries françaises.

François-Xavier Duquenne

 

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Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.