samedi 20 octobre 2018
media connecte à la terre media connecte à la terre media connecte à la terre
Les effectifs pourraient atteindre 20 millions d’individus. Les effectifs pourraient atteindre 20 millions d’individus. ©E JOLY

Bécasse : tout va bien

Selon une étude scientifique de l’OMPO (Oiseaux Migrateurs du Paléarctique Occidental) la bécasse des bois n’est pas une espèce en danger. Elle pourrait même être en légère expansion.

La bécasse des bois n’est pas une espèce menacée. En Europe, les effectifs totaux sont très probablement supérieurs à 10 millions d’individus après reproduction. Les estimations les plus optimistes avancent même 25 millions d’individus. Telle est la principale conclusion d’une étude scientifique de l’OMPO* qui s’intéresse aussi à la biologie de l’oiseau. Notre cher migrateur a un taux de fécondité plutôt correct. La ponte comprend le plus souvent 4 œufs, comme chez tous les limicoles. La taille moyenne des nichées a été estimée à 3,2 en France, 3,6 en Finlande et 3,1 en Russie. En Grande-Bretagne, la taille moyenne des nichées volantes a été estimée à 2,3 jeunes. Mais si la première couvée est détruite il y en a une seconde. Nichant au sol, la bécasse des bois est très exposée à la prédation : renard, martre, hermine, putois mais aussi sanglier et corvidés. En ce qui concerne la survie, pour les oiseaux soumis à une faible pression de chasse, elle est estimée à 61 % pour les adultes et 47 % pour les jeunes. Pour ceux soumis à une forte pression, ils sont respectivement de 49 % et 33 % L’analyse de reprises de bécasses baguées en Russie européenne a montré que le taux de survie des bécasses originaires de cette région s’élève à 52 %, toutes classes d’âge confondues. La longévité maximale enregistrée pour une bécasse baguée en Russie européenne est de 20 ans. La mortalité naturelle est particulièrement élevée en période de vague de froid. L’espérance de vie d’une bécasse en cas de gel prolongé est, en moyenne, de 6,5 jours. Pour échapper au gel, deux parades : un déplacement de plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre des régions plus clémentes ou bien une économie d’énergie maximale en demeurant sur place dans les endroits les moins gelés, comme le bord des ruisseaux.

600 kilomètres en une nuit

Les bécasses migrent de nuit, généralement par petits groupes de 3-4 à une quinzaine d’individus composés aussi bien d’adultes que d’oiseaux de première année, de mâles que de femelles. La bécasse peut couvrir aisément 400 à 600 kilomètres en une seule nuit. Mais elle effectue de nombreuses haltes migratoires et l’ensemble du parcours dure généralement plusieurs semaines. Globalement, plus l’origine des bécasses est nordique et orientale, plus leur aire d’hivernage s’étend vers le sud. Une partie de la population est sédentaire ; c’est le cas des oiseaux nés en Grande-Bretagne ou en Irlande et de ceux nés en France dans les grands massifs forestiers du Bassin parisien.

Les bécasses les plus éloignées de leurs quartiers d’hivernage partent du nord-est de la Russie et des confins de la Sibérie vers la mi-septembre. En Russie du Nord-Ouest et en Russie centrale, le pic de migration a lieu en général entre le 25 septembre et le 5 octobre. En Fennoscandie (Finlande, Scandinavie, Carélie et péninsule de Kola) la migration s’amorce dans la première quinzaine d’octobre et le pic de migration se situe à la fin de ce mois. En Ecosse, les premières arrivées ont lieu généralement dans la seconde semaine d’octobre et une dizaine de jours plus tard dans le sud de l’Angleterre et en Irlande. En France, les premiers oiseaux sont généralement observés autour du 20 octobre et les forts pas- sages dans la deuxième décade de novembre. En Suisse, les départs ont lieu dans les deux dernières décades d’octobre. Au Maroc, les premiers oiseaux sont observés en général vers le 10 novembre mais l’essentiel des arrivées a lieu la première décade de décembre. En Tunisie, les premières bécasses arrivent fin octobre – début novembre et la migration se termine vers la mi-décembre.

L’Italie en tête des prélèvements

En Europe, la zone d’hivernage se compose de 3 régions principales : les îles Britanniques, les régions littorales atlantiques de la France et de la péninsule Ibérique, les régions littorales du Bassin méditerranéen. Les îles Britanniques accueillent majoritairement des oiseaux issus de Scandinavie, des Pays Baltes et de la moitié nord de la Russie européenne. En France nous avons des oiseaux originaires de Finlande et de Russie. Notre pays est aussi une zone de transit pour les oiseaux qui hivernent en Espagne et au Portugal.

Parlons de la pression de chasse. En Europe, l’Italie et la France viennent en tête avec respectivement : 1 000 0000 et 736 129 oiseaux prélevés. Suivent le Royaume-Uni (150 000), la Suède (110 000) et l’Irlande (23 000). Hors de l’Europe, les prélèvements annuels en Russie européenne sont estimés à 200 000 bécasses : 150 000 au printemps (mâles à la croûle) et 50 000 à l’automne. Quelques pays ont mis en place un Prélèvement Maximum Autorisé (PMA) : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Suisse, la Grèce, la Turquie, la Russie. En France il y a un PMA de 30 bécasses par saison. Il est assorti d’un carnet de prélèvement.

La bécasse des bois n’est pas une espèce en danger. Les indicateurs d’abondance dont on dispose ne sont pas alarmants et mis à part la raréfaction de certains milieux ouverts – prairies  où elle s’alimente la nuit, aucun élément défavorable ne l’affecte. C’est une nouvelle qui ne peut que réjouir les passionnés de la dame brune.

Eric Joly


* L’OMPO est une organisation internationale non gouvernementale à vocation scientifique, dont les objectifs sont d’étu- dier et de contribuer à la connaissance des oiseaux paléarctiques migrateurs sur l’ensemble de leur aire de distribution en Eurasie-Afrique.

 

Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.