vendredi 19 avril 2019
Mathieu Daschamps, devant ses deux méthaniseurs, en service depuis 2012, et les silos de matières liquides, comme les graisses animales. Mathieu Daschamps, devant ses deux méthaniseurs, en service depuis 2012, et les silos de matières liquides, comme les graisses animales. ©Patrice Lefebvre

Mathieu Deschamps (Seine-Maritime) : du gaz vert bientôt à la pompe !

Mathieu Deschamps exploite un site de méthanisation en Seine-Maritime et il se lance dans un projet de station-service de biogaz naturel (GNV) pour voitures et camions.

On pourra bientôt faire le plein à la SCEA du Mont aux Roux à Cléville, au coeur du pays de Caux qui s’est très tôt intéressée à la méthanisation. Exploitante d’un atelier porcin de 900 truies naisseur-engraisseur, la société a installé deux méthaniseurs en 2011 qui produisent aujourd’hui 900 kW/h directement revendus à EDF. Une fois l’électricité produite, la matière sèche est utilisée comme engrais (digestats). Aujourd’hui, la société agricole compte cinq associés : Mathieu Deschamps, son père Christophe, son oncle Samuel, Jean-Pierre Thomas et Arnaud Lepicard. Outre l’élevage porcin, la SCEA produit sur 350 hectares, des céréales, des plants de pommes de terre, des légumes pour la coopérative Lunor et des betteraves sucrières pour la sucrerie Cristal Union à Fontaine-le-Dun.

Mathieu Deschamps a intégré la SCEA en 2013 avec des idées en tête : notamment, aller plus loin dans la production d’énergie et la distribution. « Nous revendons à EDF l’électricité que nous produisons, soit l’équivalent de la consommation d’une commune comme Fauville-en-Caux qui compte 2500 habitants. Depuis 2012, nous sommes en co-génération pour produire de l’électricité et de la chaleur. Nous souhaitons maintenant basculer vers l’injection, d’où l’idée de distribuer ce gaz naturel pour les véhicules. Ainsi, la boucle de l’énergie verte produite avec des déchets verts sera bouclée », affirme le jeune agriculteur, âgé de 32 ans, ingénieur de formation.

Sur la ferme, deux gros méthaniseurs verts et bleus ont été construits, plus un co-générateur pour produire simultanément de l’électricité et de la chaleur. Ils fonctionnent pour 60 % avec des effluents d’élevage complétés avec des produits issus de l’agriculture, des graisses alimentaires, des résidus de l’industrie agroalimentaire, des sirops, des légumes impropres à la consommation, des poussières de céréales ou des déchets de la restauration collective.

« Rouler plus propre et moins cher »

Mathieu Deschamps défend ce « carburant vert et pas cher » qui offre une autonomie supérieure à l’électricité, entre 450 et 500 km. Il existe des possibilités de moteurs hybrides (gaz-essence) avec une autonomie de 1 000 km. L’agriculteur est convaincu qu’il peut être utilisé aussi à la campagne, citant l’exemple d’Agri BioMéthane, qui regroupe 4 exploitations à Montagne-sur-Sèvre en Vendée où la distribution de biogaz vert est effective depuis plusieurs mois. La station est ouverte à tous, mais la clientèle est principalement constituée de transporteurs routiers qui sont de plus en plus séduits par les véhicules au gaz. Les Italiens et les Allemands ont déjà plusieurs longueurs d’avance, mais des agriculteurs en France, comme Mathieu Deschamps, sont prêts à se lancer dans l’aventure du gaz naturel vert (GNV). L’intérêt de ce projet est de réunir sur un même site la fabrication de biométhane et la distribution via la station-service de biogaz. Les effluents agricoles sont transformés en méthane qui est ensuite injecté directement dans le réseau gaz de GRDF ou compressé puis distribué à la pompe !

C’est aussi simple que cela, même s’il faut y ajouter beaucoup de technicité et de volonté. Selon lui, faire le plein à la station-service ne demande que quelques minutes. C’est le principe de la vente directe à la ferme, en circuit court. « On produit à Cléville et on distribue à quelques kilomètres ». Le jeune agriculteur cherche maintenant à convaincre les élus et les transporteurs routiers de la région. « Il faut au moins une trentaine de véhicules type camions ou bus pour que le projet soit rentable », explique-t-il. Il se donne jusqu’à mi 2019 pour lancer sa station-service verte. L’investissement avoisinerait le million d'euros avec des aides de la Région et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) de Rouen. La transition écologique est en marche. Mathieu Deschamps y croit.

Patrice Lefebvre

Twitter
Partager

Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.