Le progrès génétique est un levier essentiel pour accroître la compétitivité de la filière betteravière. Bien que les rendements de la betterave tendent à stagner dans de nombreuses régions depuis dix ans, la sélection variétale permet de combler une large partie des pertes liées au changement climatique et à l’augmentation de pression des bioagresseurs. La génétique est l’unique réponse à certaines maladies et parasites : rhizomanie, nématode à kystes, forte pression rhizomanie, rhizoctone brun sont contenus par des solutions génétiques efficaces. La tolérance aux maladies foliaires les plus dommageables comme la cercosporiose s’améliore chaque année. Actuellement, les sélectionneurs travaillent ardemment sur la tolérance des variétés tolérantes à la jaunisse, qui est devenue une priorité de filière. Bien évaluer les variétés, c’est mesurer toutes les caractéristiques importantes : productivité, tolérance aux maladies transmises par le sol, tolérance aux maladies du feuillage, résistance à la sécheresse, résistance à la montée à graines, qualité de levée.

En 2020, 84 variétés ont été testées : 46 variétés tolérantes à la rhizomanie, dont 15 FPR, 29 variétés tolérantes à la rhizomanie et au nématode à kystes, 9 variétés tolérantes à la rhizomanie et au rhizoctone brun. Le réseau a souffert des conditions climatiques de ce printemps entraînant l’abandon de 10 plateformes qui n’ont pas été récoltées en raison des difficultés de levée. Par la suite, la présence de jaunisse, parfois très hétérogène au sein d’un essai, a fortement limité le nombre d’essais exploitables pour réaliser un regroupement pertinent. Ainsi, 9 essais ont été valorisés en 2020 pour évaluer les variétés tolérantes à la rhizomanie, contre 26 en 2019 et 29 en 2018. En présence de nématodes, les essais exploitables sont au nombre de 5 en 2020, contre 11 essais en 2019 et 7 essais en 2018. Les regroupements pluriannuels sont fiables mais les résultats de l’année sur les variétés nouvelles sont à prendre avec précaution car issus d’un regroupement d’essais en faible nombre.

Variétés recommandées en présence de nématodes à kystes

Pour mesurer les sensibilités génétiques en présence de nématodes, les expérimentations sont mises en place dans des parcelles infestées. Le progrès génétique des variétés tolérantes au nématode à kyste est important et leur productivité est comparable à celle des variétés rhizomanie, même en l’absence de nématodes dans le sol. Les conditions sèches de l’année 2020 ont freiné la circulation des nématodes dans le sol.

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Variétés recommandées en situation à risque de cercosporiose

La tolérance aux différentes maladies foliaires est évaluée dans des essais sans traitement fongicide. Des notations de gravité sont réalisées à six dates, de juin à septembre, pour les différentes maladies. Le suivi de leur dynamique de développement permet ensuite de calculer un indice de sensibilité qui reflète à la fois la gravité de l’attaque et sa progression dans le temps. Les variétés qui cumulent tolérance à la cercosporiose et au nématode restent aujourd’hui peu nombreuses, mais des nouvelles variétés sont prometteuses.

Variétés recommandées en présence de forte pression rhizomanie

La rhizomanie est actuellement bien contrôlée par la génétique. Dans la plupart des situations, la présence d’un seul gène de résistance est suffisante. Mais dans les régions du Centre-Val de Loire, au sud de l’Île-de-France et dans quelques secteurs de Champagne, des contournements de résistance sont apparus. Dans ces zones à forte pression rhizomanie, dites FPR, l’utilisation de variétés possédant deux sources de résistance permet de maintenir des rendements élevés.

Variétés recommandées en présence de rhizoctone brun

Le rhizoctone brun est provoqué par le champignon du sol Rhizoctonia solani. Les variétés sont testées dans des essais inoculés afin de garantir l’homogénéité de l’infestation. Des variétés tolérantes sont à utiliser dans les systèmes de cultures comprenant maïs et betteraves, car le maïs est également une culture hôte. Ces variétés apportent une solution partielle, mais conséquente et indispensable dans les situations concernées, principalement en Alsace.

Variétés recommandées en présence de nématode du collet

Ditylenchus Dipsaci est un vers rond microscopique, qui survit dans le sol près de 9 ans. Il pénètre dans la plante soit au printemps, soit pendant l’été. Environ 150 ha sont concernés, le plus souvent accompagnés de nématodes à kystes. Chaque année, une expérimentation est menée dans l’Aisne pour quantifier les symptômes à la récolte. En situation de forte pression Ditylenchus, la variété Acacia est conseillée.

Sensibilité variétale au stress hydrique

Pour la troisième année consécutive, les betteraves ont été touchées par le stress hydrique. Le critère retenu pour l’évaluation des variétés est la baisse de surface foliaire verte due à la sénescence, estimée à partir d’images par drone. La liste suivante présente les variétés qui montrent les meilleurs comportements face au stress hydrique. Elle est issue de l’analyse des résultats pluriannuels de 2018 à 2020.

Variétés recommandées pour les parcelles sans risque sanitaire majeur

Les variétés de cette liste sont les variétés rhizomanie classiques. Depuis 2008, toutes les variétés cultivées en France possèdent au moins un gène de résistance à la rhizomanie, qui est suffisant dans les régions où la résistance procurée par le gène Rz1 n’a pas été contournée. Les essais sont mis en place dans une diversité de situations agro-climatiques sur toutes les zones de production betteravière pour garantir la robustesse des résultats. La performance des variétés de cette liste est analysée principalement sur les critères de productivité et de qualité de levée. En 2020, 31 essais ont été implantés par l’ITB et les services agronomiques de sucreries. Seulement 9 essais ont été conservés dans le regroupement final, après avoir éliminé les essais touchés par la jaunisse et les mauvaises levées. Les essais conservés proviennent des Hauts-de-France et de Normandie. Le regroupement pluri-annuel composé de 9 essais en 2020, 26 essais en 2019 et 29 essais en 2018 minimise donc l’effet de l’année 2020.

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Affinez votre choix

La productivité et la tolérance aux maladies et parasites sont les principaux critères de choix des variétés, qui peuvent être affinés en tenant compte du contexte spécifique de chaque parcelle. Les situations suivantes exigent une attention particulière :

• En situation de récolte tardive ou de rotation courte inférieure à 4 ans, la tolérance aux maladies foliaires doit être prise en compte. Les variétés tolérantes aux maladies sont moins affectées par les développements de champignons à l’automne.

• En terre froide ou sensible à la battance, il est préférable de choisir une variété avec une bonne qualité de levée (vitesse de levée, population).

• En terre argileuse, il convient d’être vigilant sur le critère de tare-terre.

L’utilisation de variétés confirmées est particulièrement recommandée pour les semis 2021. En effet, le caractère très particulier de l’année 2020 fait que les résultats risquent d’être peu prédictibles d’une année « normale ». Une variété confirmée, c’est-à-dire expérimentée depuis au moins deux ans, limite le risque lié aux bonnes performances d’une variété dans un contexte climatique et sanitaire très particulier. Les variétés nouvelles ayant montré des résultats prometteurs en 2020 doivent être testées sur une surface inférieure à 10 % de la sole betteravière. Il est également recommandé de répartir les risques en diversifiant les sélectionneurs, pour varier les origines génétiques, les procédés de production et de préparation des graines.

Poids et richesse sont les deux composantes du rendement. À productivité équivalente, il convient de choisir la variété la plus riche. Cela est d’autant plus important dans un contexte de stress hydrique estival récurrent, qui entraîne un impact négatif sur le rendement en sucre au retour des pluies d’automne, en raison de phénomènes de dilution du sucre.

La sécheresse aggrave-t-elle les dégâts de jaunisse en betterave ?

Dans le contexte de forte pression de jaunisse en 2020, de nombreuses observations sur le terrain ont montré qu’il existe des interactions entre la présence des symptômes de jaunisse et le stress hydrique. Celui-ci masque-t-il les symptômes ?
Quel est le taux de multiplication virale dans des plantes qui manquent d’eau ? En situation de sécheresse, les symptômes sont moins visibles et s’extériorisent davantage après une pluie. Cette observation avait déjà été faite en 2019 lors du retour des pluies fin août, alors que les parcelles semblaient jusque-là peu touchées par la jaunisse. Une forte pluviométrie au printemps pourrait en revanche accélérer la multiplication virale dans la plante. L’apparence des plantes est parfois trompeuse alors que les virus sont bien présents. Dans les années 50, des essais en conditions contrôlées avaient montré que le développement des plants de betterave infectés par la jaunisse était davantage ralenti si la disponibilité en eau était faible. Une période de sécheresse aggraverait donc les dommages liés à la jaunisse. L’ITB manque aujourd’hui de données au champ pour confirmer cet effet de la sécheresse combinée avec la présence de virus. Des expérimentations au champ seront menées en 2021 pour mieux comprendre ce phénomène. Mais compte tenu des rendements désastreux atteints chez des agriculteurs touchés par le stress hydrique et la jaunisse en 2020, il est fort probable que les deux facteurs cumulés entraînent des perturbations métaboliques telles que la plante stoppe sa croissance.

Contexte agronomique des essais de l’année

La date moyenne de semis des essais variétés se situe au 27 mars, comme chez les agriculteurs. Le printemps 2020 a été marqué par de nombreuses difficultés au cours de l’implantation de la culture : hétérogénéité de levées sur près de 25 % de la sole betteravière, forte présence de pucerons et symptômes de jaunisse par la suite. Pendant l’été, le stress hydrique s’est ajouté aux dégâts de jaunisse. Pour la troisième année consécutive, les montées à graines sont peu présentes : même si les conditions ont été vernalisantes, les températures chaudes qui ont suivi ont entraîné la dévernalisation sur la plupart des sites d’expérimentation. Quelques différences variétales sont néanmoins observées. Le climat chaud et sec n’a pas été favorable au développement des maladies foliaires.
Quelques expérimentations ont malgré tout permis de confirmer les résultats variétaux des années précédentes.

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