Ce 29 avril, à Valliquerville, en Seine-Maritime, les pucerons verts aptères susceptibles de s’être regroupés sous les jeunes feuilles de betteraves ont été priés de se signaler auprès de deux techniciens de l’ITB. Munis de loupes, les deux experts ont ausculté les plantules levées non loin de piquets fluos. Objectif : évaluer, sur la durée, l’effet perturbateur de deux plantes compagnes : le fenugrec dans une bande, la féverole dans l’autre. C’est Damien Paris qui accueille cette expérimentation. Les comptages hebdomadaires alimentent les analyses du PNRI. Présent lors cette première salve de relevés, Damien scrute sa parcelle : « le sol bien sec et la température douce de ce mois d’avril sont favorables aux pucerons, mais pas aux betteraves », relève-t-il. Au point qu’il a dû passer trois jours plus tôt un insecticide sur ses 9 ha de betteraves, non traitées avec des néonicotinoïdes : « je n’ai pas eu le choix, le stade de nuisibilité a été atteint ». Établi à 10 % de plantes infestées par au moins un puceron, il donne une première indication de la pression sur la parcelle du PNRI.

Mission PNRI, nom de code : patience

En cette fin avril, la betterave peine à dépasser le stade 4 feuilles. La vigueur n’est pas non plus au rendez-vous pour les plantes de service, pourtant semées un mois plus tôt que la betterave : « la faute aux gelées de mars en plus du manque d’eau depuis 15 jours », explique-t-il. Normalement le fenugrec lève avant la féverole. Son odeur d’épices répulse les pucerons. Les plantes compagnes ont aussi un effet de perturbation visuelle limitant l’atterrissage des pucerons sur les parcelles.

Le résultat de ce premier recensement est sans surprise, des pucerons verts aptères sont cochés sur la feuille de présence. « Issus de la parthénogenèse des pucerons ailés, ce sont ces pucerons qui infestent ensuite les betteraves », commente Nicolas Maillard, l’adjoint du délégué régional de l’ITB qui pilote les essais. Néanmoins, il prévient : « ce premier jour de relevé, c’est le point zéro, donc surtout, ne tirons pas de conclusions hâtives sur ces essais ». Le bilan chiffré, ce sera plutôt en septembre. « Attendons d’abord les pluies ! », ajoute-t-il.

Damien teste aussi, hors PNRI, une variété dite « résistante » encore en expérimentation. Les comptages se feront au stade 6 à 8 feuilles. Il estime essentielle une telle ouverture aux itinéraires techniques innovants. « Seule une approche collective entre agriculteurs, en s’entourant d’experts, permet de progresser en réalisant aussi ses propres essais », souligne-t-il. Membre du GIEE « carbone » depuis quatre ans, il cherche avant tout à créer un équilibre agroécologique dans ses parcelles.

Ne jamais dire jamais

Sa participation aux essais du PNRI s’inscrit dans cette veine. Déjà, fin 2020, avec Alexandre Métais, délégué régional de l’ITB, une première discussion s’était centrée sur l’attractivité d’un mélange d’espèces mellifères pour les insectes auxiliaires, prédateurs des pucerons. Installées en bande le long de la parcelle de betteraves, leur floraison devait s’étaler pendant la période de développement des colonies de pucerons. Les semis effectués en septembre 2021 ont bien levé mais ce n’était pas sans compter sur une poussée massive de ray-grass, formant un futur réservoir à graines. Résultat, la bande a été détruite ! Dans une parcelle voisine, Damien a même dû labourer, lui qui n’avait pas sorti sa charrue depuis plus de 12 ans. « Les enseignements de ces essais, et plus globalement de la transition agricole, sont qu’il ne faut surtout pas s’enfermer dans des schémas, ne rien s’interdire », résume-t-il. Et pouvoir prendre de la hauteur. Si d’un côté les plantes de services peuvent abaisser le recours aux insecticides, à l’échelle globale des itinéraires de protection, les effets indirects sont à intégrer. « Diminuer l’IFT herbicide avec une bineuse est impossible car elle arracherait les plantes à conserver, précise Damien Paris. Un matériel avec GPS combinant le désherbage sur le rang et le binage suppose un investissement conséquent ». Autre point soulevé, les potentiels problèmes de phytotoxicité des herbicides sur les plantes de service. « Le fenugrec est dans ce cas de figure, indique l’agriculteur. Quoi qu’il en soit, il faut tout essayer pour avancer ».