Au printemps, le stade d’intervention et le choix des produits diffèrent suivant chaque type de ravageur… Il faut donc redoubler d’attention dans la surveillance des populations.

Charançon de la tige

Comment reconnaître cet insecte ? Il faut regarder de près et s’assurer qu’il est gris cendré à pattes noires, contrairement au charançon du chou qui revêt une couleur marron et qui est peu agressif pour la culture. Le charançon de la tige peut provoquer une déformation des tiges. Il est donc considéré comme nuisible depuis plusieurs campagnes. Son impact reste difficile à évaluer au champ. « Dans la plupart des cas, sa nuisibilité est faible », estime Quentin Legros de Terres Inovia. Dans quels cas est-il nécessaire de traiter ? L’institut technique conseille d’intervenir en cas de capture significative ou si le bulletin de santé du végétal de la région (BSV) signale un pic de vol régional. L’intervention est à positionner dans les 8 jours qui suivent les premières captures dans les cuvettes de piégeage. Les traitements à base de Karate Zeon et Decis Protech restent les références, de même que Trebon 30 EC. Sherpa et Cythrine max ont des résultats assez proches.

Méligèthes

Traiter ou pas les méligèthes ? Tout dépend de l’état de la parcelle. « Un colza vigoureux peut supporter de grosses attaques de méligèthes, car il a de fortes capacités de compensation », rappelle Céline Robert de Terres Inovia. Certaines variétés ont des capacités de compensation plus fortes que d’autres. Si le colza est vigoureux, le seuil de traitement se situe lorsqu’on dénombre 6 à 9 insectes par plante. Si le colza est peu vigoureux, le seuil de traitement est abaissé à 2-3 insectes par plante ou plus de 65% des plantes infestées. Mais il faut éviter les comptages en bordure de champ ou sur les plantes les plus hautes pour ne pas surestimer le risque. Le stade conseillé pour traiter est lorsque les boutons des fleurs se séparent. Si les premières fleurs sont déjà visibles, le traitement est inutile. Quel insecticide choisir, sachant que les méligèthes sont résistants aux pyréthrinoïdes ? Les produits à base de tau-fluvalinate (Mavrik Smart) ne montrent pas de perte d’efficacité. L’etofenprox (Trebon 30 EC) est aussi utilisable. En présence simultanée de méligèthes et de charançon de la tige, Mavrik Smart et Trebon sont les produits conseillés. Un autre moyen de limiter l’impact des méligèthes est d’utiliser des variétés-pièges dans un mélange variétal. « Cette stratégie permet d’éviter un traitement ou de le retarder en cas d’infestation faible à moyenne de méligèthes », commente Laurent Ruck, référent ravageurs Terres Inovia.

Ragondin, quand tu nous tiens …
Pour diminuer les populations de ravageurs, favoriser le maintien des insectes parasites de ravageurs reste un bon moyen de régulation. ©M. Loison

Charançon des siliques et cecidomyies

Ces deux ravageurs se trouvent souvent associés. Le charançon ne fait pas de dégâts à lui seul. Mais il perce de petits trous sur les siliques, dans lesquels les cecidomyies présentes sont susceptibles de pondre. Et là, les dommages peuvent devenir plus lourds. Les charançons des siliques sont de couleur grise à pattes noires de 3 millimètres. Ils apparaissent fréquemment au début de la formation des siliques, quand la température dépasse 15°C. « Nous conseillons d’intervenir dès que l’on compte un charançon pour deux plantes. Il faut observer tout le champ, car souvent le ravageur n’est présent que sur un côté. Traiter la bordure peut suffire à le stopper », détaille Céline Robert. Les produits à base de pyréthrinoïdes peuvent contrôler le charançon des siliques, en veillant à les appliquer dans les bons créneaux horaires pour protéger les insectes butineurs.

Ragondin, quand tu nous tiens …
Ragondin, quand tu nous tiens …

Puceron cendré

Ce ravageur peut être présent de la reprise de végétation jusqu’à un mois avant la récolte. Il ne provoque des dommages que jusqu’à la fin de floraison. Le seuil de traitement est d’une colonie de pucerons cendrés tous les 10 mètres linéaires avant le début de floraison. Ensuite, le seuil de traitement passe à deux colonies par mètre carré. Si l’infestation est forte, il est possible que les pyréthrinoïdes autorisés ne soient pas assez efficaces. « Il faut alors choisir une association comme Mavrik Jet, utilisable en floraison et production d’exsudats » signale Laurent Ruck. S’il y a déjà eu un traitement ciblant les charançons ou les méligèthes, celui-ci peut avoir un effet de frein sur les colonies de pucerons. Contre ces ravageurs de printemps, Terres Inovia a aussi testé plusieurs solutions de biocontrôle : « purin d’ortie, extrait d’ail, kaolinite », énumère Laurent Ruck, « mais nous n’avons pas obtenu dans nos essais d’efficacité suffisante ».

Une nouvelle matière active contre le sclerotinia

Pour lutter contre la principale maladie du colza, le sclerotinia, une nouvelle autorisation a été donnée à Intuity à base de mandestrobine, une nouvelle substance active. Il est recommandé d’associer ce produit avec un fongicide à mode d’action différent : triazole (DMI) ou SDHI (boscalid, bixafen, isofétamide, fluopyram). Les produits à base de SDHI restent des références en termes d’efficacité sur sclerotinia. Cette maladie tend à diminuer : les attaques sont observées une ou deux années sur dix. La nuisibilité du sclerotinia est significative à partir de 10 % de tiges principales atteintes.