Ce mois-ci, le Conseil International des Céréales (CIC) mentionne une nouvelle récolte mondiale de blé en 2025-2026 de 811 millions de tonnes (Mt), de nouveau inférieure aux besoins de la planète (816 Mt). Pour l’orge, la nouvelle campagne (146 Mt) serait à l’équilibre. Mais aux États-Unis, la production de maïs battrait tous les records. Dans son dernier rapport, l’USDA l’évalue à 425 Mt, supérieure de près de 45 Mt à la campagne passée. La planète est partie pour produire 1 300 Mt de maïs en 2025-2026, alors que l’Argentine (52 Mt) et surtout le Brésil (137 Mt) n’ont pas fini d’écouler leur récolte de l’été austral dernier. Aussi, la baisse des cours observée sur le marché français depuis le début de la campagne, accentuée par la réévaluation de la monnaie unique face au dollar, s’est accélérée. Les prix des trois céréales avoisinaient 190 € la tonne le week-end du 25 août. La tonne de blé a perdu 10 € en un mois.

Les Européens doublement pénalisés

Cette conjoncture pénalise doublement les planteurs européens de maïs : leur récolte n’excéderait pas 57,5 Mt et elle s’écoulerait à vil prix. Aussi, l’UE en importerait 21 Mt pour couvrir ses besoins. Mais le Mexique restera le 1er importateur au monde (25 Mt).

Autre enseignement : les échanges commerciaux de céréales (436 Mt) ne se redresseraient que d’une dizaine de millions de tonnes. À l’import, l’UE et la Chine font quasiment jeu égal (30 Mt). L’empire du milieu produit toujours plus de céréales (449 Mt ; +15 Mt en deux ans) tout en consommant moins (485 Mt ; – 6 Mt en deux campagnes). Par ailleurs, il poursuit sa stratégie de déstockage (315 Mt ; -23 Mt en trois ans).

Selon l’USDA, les États-Unis parviendraient difficilement à exporter autant de maïs que la campagne passée (72 Mt) et ils n’en consommeraient que 332 Mt (+ 14 Mt).

La politique douanière du président américain Donald Trump pourrait dissuader les pays importateurs, souvent assommés de taxes à l’export vers les États-Unis, de privilégier l’origine américaine.

Aussi, l’excédent sera stocké. Mais si les 20 Mt des stocks américains supplémentaires compensaient en fin de campagne le déstockage opéré par la Chine (- 18 Mt), la céréale américaine est vouée à l’export dans un futur proche !

Dans l’UE, les productions de blé tendre et dur (139 Mt) sont supérieures de 20 Mt à l’été 2024. L’Ukraine amputée de 20 % de son territoire à l’est, récolterait 25 Mt de blé (- 1 Mt sur un an). La Russie compte sur la céréale de printemps cultivée dans la partie centrale du pays, pour engranger près de 83,7 Mt de grains (+2,4 Mt sur un an). Cette récolte permettrait d’exporter 43,6 Mt (-13 Mt en deux ans), mais les prix de vente sortie ferme ne couvriraient pas les coûts de production des agriculteurs russes.

Aux États-Unis et au Canada, les récoltes de blé sont quelque peu similaires à l’an passé. Près de 87 Mt de blé seraient engrangées à la fin de l’été. En Afrique du Nord, la moisson est meilleure que l’an passé (27 Mt ; +1,5 Mt) et notamment au Maroc (3,4 Mt) et en Algérie. Quoi qu’il en soit, le Maghreb importera 32,5 Mt de blé cette campagne-ci. Chaque année, il en achète un million de tonnes supplémentaire. Au Moyen-Orient, la production de blé (40,7 Mt) a chuté de près de 7 Mt par rapport la campagne passée, qui était cependant exceptionnelle. Dans tous les pays de la région, les conditions de cultures très sèches ont pénalisé le développement de la céréale. Mais la Turquie (19,6 Mt) devrait revenir sur les marchés en important 9 Mt grains (3,2 Mt la campagne passée) qu’elle réexportera partiellement sous forme de farine (6 Mt).

Pour l’orge, l’augmentation de 3 Mt de la production mondiale est d’abord européenne (53,6 Mt ; +4,5 Mt) et russe (18,5 Mt, +1,8 Mt). En Amérique du Nord, le seul pays qui compte réellement sur les marchés est le Canada, qui plafonne à 8 Mt comme l’an passé.