Depuis plusieurs années, les instituts techniques multiplient les essais pour mesurer l’efficacité des biostimulants. Mais les résultats restent, pour l’heure, irréguliers, que ce soit en colza ou en céréales.
Terres Inovia : quatre ans d’essais sur colza, peu de réponses nettes
Entre 2019 et 2023, Terres Inovia a conduit 32 essais sur 16 biostimulants, couvrant une grande diversité de situations et de positionnements techniques. Objectif : évaluer l’efficacité d’utilisation des nutriments par le colza, la tolérance au stress abiotique et les critères qualitatifs des graines.
« Sur les 32 essais, un seul a montré un effet positif significatif, constate Cécile Le Gall, chargée d’études chez Terres Inovia. Il s’agit d’un biostimulant à base d’extraits d’algues et d’oligo-éléments. »
En moyenne, pour les 32 essais, l’écart de rendement tourne autour de 0,3 q/ha, sans effet significatif. Aucune modalité n’a dépassé +10 %. Même tendance pour la biomasse et la vigueur. « Dans les situations de stress hydrique ou thermique marquées, nous n’avons pas observé d’effet bénéfique plus important qu’en situation non stressée », note la chargée d’études. Enfin, sur la qualité, seules quatre modalités montrent une amélioration modeste de la teneur en huile (0,1 à 0,2 point), insuffisante pour être valorisée industriellement.
Ces résultats questionnent la sensibilité du colza à la biostimulation. Si la culture réagit parfois plus faiblement que les cultures de printemps, c’est aussi lié à sa capacité de compensation et à la difficulté d’adapter le positionnement au cours d’un cycle long. « Nous avons encore trop peu de connaissances sur les facteurs qui influencent la réponse de cette plante », conclut Cécile Le Gall.
Arvalis : essais en pause
Du côté des céréales, Arvalis a mené une dizaine d’années d’expérimentation. Mais, depuis 2023, l’institut n’engage plus de nouveaux essais. « Les résultats restent trop irréguliers malgré des dispositifs particulièrement lourds », résume Grégory Véricel, ingénieur en recherche et développement fertilisation chez Arvalis. Des résultats sont encore à compiler en pomme de terre. Ils seront divulgués en 2026.
En blé, des gains ponctuels apparaissent. « Un gain de 2 q/ha une année peut devenir négatif l’année suivante. En moyenne, les produits apportent autour de 0,5 à 1 q/ha, sans valeur statistique », précise-t-il. Le caractère subtil et multifactoriel des mécanismes complique l’évaluation. La comparaison est également rendue difficile en raison de l’évolution rapide des préconisations, car les entreprises mènent également des expérimentations à grande échelle pour affiner les conseils d’utilisation. « Souvent, le protocole conseillé en année 3 ne correspond plus forcément à celui de l’année 1, ce qui fragilise les analyses », souligne-t-il. Conclusion : Arvalis estime ne pas pouvoir indiquer dans quelles conditions un produit fonctionnera.
ITB : stress hydrique et effet biocide à l’étude
L’Institut technique de la betterave (ITB) concentre ses travaux sur deux enjeux majeurs, que ses équipes maîtrisent en expérimentation : le stress hydrique et les insectes piqueurs-suceurs.
« Dans le cadre du Parsada, via le projet multifilières Ipseelon, nous évaluerons la capacité des biostimulants à renforcer les défenses naturelles de la plante lors d’attaques de cicadelles », complète Fabienne Maupas, directrice du département technique et scientifique de l’ITB. Ce programme d’expérimentation, qui démarre en 2026, est conduit en Alsace, en partenariat avec Cristal Union.
Cet effet biocide a déjà été testé en 2024 contre le puceron. « Sous serre, nous obtenons une efficacité intermédiaire entre un témoin et un Teppeki, avec un biostimulant de la société Inceres, explique la scientifique. Il n’a pas à rougir face aux produits de biocontrôle à effet aphicide. Cristal Union et Tereos observent les mêmes tendances au champ, avec un bon retour sur investissement. » Aussi, l’institut technique va développer davantage d’essais sur ce produit en 2026. Il pourrait relever d’un classement en biocontrôle.
Un essai portera aussi sur des biostimulants à base de proline. « Cet acide aminé renforce le comportement des plantes face au manque d’eau. Nous mettons en place un protocole expérimental sous serre », explique-t-elle.
Toutefois, l’ITB n’étudie pas les mécanismes physico-chimiques des plantes biostimulées, « Arvalis est mieux outillé, prévient Fabienne Maupas. La vitesse d’implantation reste un enjeu pour maximiser le rendement de la betterave. On a vu également, en 2025, que la qualité d’implantation influence le comportement des pucerons vecteurs de jaunisse. Mais nous n’avons pas encore identifié de biostimulant capable de favoriser cette étape clé. »





