Comment agissent les biostimulants et pour quel résultat ? Pour répondre clairement, Romain Richard, responsable marketing biostimulant chez Corteva, estime qu’il faut d’abord reconsidérer le mot « biostimulant », qu’il juge trop vague, voire mal perçu. Il privilégie un raisonnement fondé sur la fonction agronomique liée au mode d’action. Quatre effets principaux émergent : l’efficience azotée, la mise à disposition des éléments nutritifs présents dans le sol ou la rhizosphère, l’atténuation du stress hydrique et l’amélioration des caractéristiques qualitatives. Ces réponses dépendent fortement de la situation agronomique et climatique au moment de l’application, et varient aussi selon les espèces.

Les usages en lin et en pomme de terre sont les plus développés. « Des sujets restent à travailler sur ces cultures, tels que la qualité d’implantation, celle du tubercule par exemple, estime Romain Richard. Néanmoins, sur pomme de terre, peu importe le biostimulant, nous obtenons toujours une réponse, plus ou moins marquée ». Les effets sont moins réguliers et visibles dans les essais sur céréales, en raison du pilotage de la fertilisation azotée.

Pour obtenir un résultat tangible, Pierre-Yves Tourlière, responsable du développement des produits France chez Timac Agro, souligne que tout commence par un diagnostic du sol et du système de culture. « On ne met pas un pansement sur une jambe de bois, avertit-il. Si le phosphore n’est pas là, le biostimulant ne va pas le créer. » L’enjeu consiste à repérer le frein principal, puis à choisir la bonne solution au bon moment : nutrition en début de cycle, gestion du stress au milieu, finition et qualité en fin de cycle, avec un pilotage de l’azote adapté.

Rechercher l’efficience de la nutrition azotée

Chez Timac Agro, le biostimulant reste avant tout un levier d’efficience azotée. Pierre-Yves Tourlière insiste sur un effet mesurable en blé, confirmé par dix années d’essais, soit plus de 100 résultats : « avec un biostimulant racinaire comme Irys, on relève une amélioration du CAU, Coefficient apparent d’utilisation de l’azote, entre 7 et 8 % en moyenne. » Ce gain d’efficience se traduit directement en rendement, avec une hausse moyenne de 5,4 q/ha. Dans certaines situations, l’effet est amplifié, comme à la coopérative de Juniville (08) où l’écart atteint 14 q/ha après un excès d’eau ayant fortement limité l’enracinement. « Le fait d’avoir boosté le système racinaire de la plante lui a permis de capter l’azote au bon moment », explique Pierre-Yves Tourlière. Il rappelle toutefois : « avec le biostimulant, on augmente la probabilité de maintenir ou d’améliorer le rendement, surtout dans les années stressantes. »

La teneur en protéines des blés est déterminante pour répondre aux exigences des marchés les plus rémunérateurs. Pour Yara, associer le biostimulant YaraAmplix Optivi à un pro-gramme de nutrition à base d’ammonitrate est aussi un levier supplémentaire pour améliorer l’efficacité d’utilisation de l’azote. Et le pilotage de la fertilisation avec des outils comme le N-Tester ou l’imagerie satellitaire Atfam permet en plus d’optimiser les apports.

L’amélioration de l’efficience de l’azote constitue aussi le positionnement choisi par deux agriculteurs cofondateurs de la société Power the nature. Leur produit Fertiroc, commercialisé pour la première fois en 2025 et appliqué sur 4 000 ha de céréales, apporte, selon Laurent Grassin, agriculteur dans le Loiret et président de la CUMA 45, « une augmentation de 12 quintaux en blé et de 8 quintaux en orge, et une baisse des apports d’azote de 25 %. »

Bactéries fixatrices d’azote : si manque d’azote

L’approche change légèrement avec les solutions composées de bactéries fixatrices d’azote. BlueN de Corteva, est présenté comme un outil de nutrition à part entière, « à intégrer dans un plan de fumure », précise Romain Richard. Il distingue deux usages : le déplafonnement du rendement ou la substitution partielle de l’azote minéral. La substitution n’est alors cohérente que sur certaines cultures, notamment le maïs. « Sur blé, on ne recommande pas de retirer 30 unités, témoigne-t-il. Nous avons des taux de réussite pour améliorer le rendement dans 60 % des cas et le retour sur investissement se situe entre 25 à 40 €/ha. Par conséquent, nous sommes obligés de cibler encore plus les situations agronomiques pour assurer une fréquence de réussite supérieure. »

En betterave et en pomme de terre, la bactérie fixatrice d’azote ne devient économiquement intéressante pour une stratégie de substitution que si l’unité d’azote dépasse 2 €, contre 1,25 € actuellement. Corteva avance en pomme de terre un taux de réussite avec BlueN compris entre 70 et 90 % pour un retour sur investissement supérieur à 100 €/ha.

Ces solutions sont à utiliser lorsque l’azote manque. Gregory Véricel, ingénieur fertilisation chez Arvalis, précise d’ailleurs que certaines bactéries peuvent devenir contre-productives lorsque la plante est bien alimentée : « celle-ci dépense de l’énergie pour nourrir la bactérie, et ce qu’elle reçoit ne lui sert à rien ».

Atténuer les stress

Les biostimulants pourraient également atténuer certains effets du stress, mais « seulement si le niveau de stress est léger à intermédiaire », précise Gregory Véricel. La contrainte nutritionnelle, hydrique ou racinaire doit rester suffisante pour déclencher les mécanismes de régulation stomatique, d’allongement racinaire ou de gestion de l’osmose, sans dépasser la capacité d’adaptation de la plante. Il souligne que ces stimulations moléculaires restent éphémères (voir p.15).

De son côté, Pierre-Yves Tourlière rappelle qu’un concentré d’acides aminés, présent dans le biostimulant Astelis, agit sur la balance hormonale des graminées, avec un effet tallage souvent spectaculaire lorsqu’il est positionné tôt. Mais si l’azote vient à manquer, cet effet peut se transformer en régression de rendement. Pour Pierre-Yves Tourlière, la bonne nutrition est indissociable de la biostimulation.

Et apporter plus de polyvalence

L’offre en biostimulants, visant à gérer les stress, demeure très large. Selon Romain Richard, la tendance est de progresser vers davantage de polyvalence, comme avec Zeneva, un nouveau produit Corteva, dont l’objectif est d’agir à la racine du stress en régulant les signaux hormonaux afin de déclencher les réactions appropriées.

UPL adopte la même logique avec Althia Dual, une association de filtrat d’Ascophyllum nodosum et de dix-sept acides aminés, testée en grandes parcelles. L’entreprise indique des gains de rendement en blé, en maïs, en colza, en betterave et en pomme de terre. Par ailleurs, le critère de simplicité d’emploi pousse au développement de biostimulants intégrés directement dans les engrais minéraux ou organiques. D’ailleurs, deux entreprises, Olmix et Violleau, proposent pour la campagne 2026 une gamme conjointe, VIO Acti Boost, qui associe l’engrais à des micro-organismes du sol. En pomme de terre, les deux partenaires annoncent une augmentation des gains de productivité jusqu’à +17,7 %.

Betterave : implantation, détoxification et teneur en sucre

Sur betterave, Timac Agro reste un acteur historique. Fertiactyl Starter compte parmi les produits les plus utilisés. Il vise à sécuriser l’implantation, accélérer le développement racinaire et optimiser la mise en réserve du sucre. Toutefois, les rendements 2024 affichent une forte variabilité : « dans une même commune de l’Eure où nous avons deux essais, un planteur obtient 50 tonnes, un autre 100 t, explique Pierre-Yves Tourlière. De son côté, la coopérative NatUp a relevé des parcelles à plus de 142 tonnes. » L’agronomie, la réserve hydrique et la capacité de reprise expliquent ces écarts. Le biostimulant est aussi utilisé après un stress herbicide, un sujet en forte croissance selon Pierre-Yves Tourlière.

Pour la prochaine campagne, Romain Richard de Corteva estime que la priorité sera la maîtrise de la teneur en sucre. La pression qualitative s’accentue également en pomme de terre. Les industriels sont désormais « beaucoup plus regardants sur les calibres, les taches et les pathogènes », ce qui rapproche la filière de la viticulture, passée d’un objectif de rendement à une valorisation accrue de la qualité.

Marché en consolidation

Depuis 2024, le marché des biostimulants en grandes cultures marque un coup d’arrêt après plusieurs années de croissance annuelle supérieure à 10 %. Selon l’enquête Kinetec, la surface totale traitée baisse de 12 %, ce qui correspond à un repli de 11 % en valeur.

Pour Pierre-Yves Tourlière de Timac Agro, la conjoncture pèse en grandes cultures : prix sous pression, colza en difficulté, automne 2023 pluvieux, semis tardifs de blé et potentiels dégradés. Les usages restent cependant contrastés selon les cultures. Le lin demeure la culture la plus biostimulée, avec près de 75 % des surfaces concernées. La pomme de terre suit avec un hectare sur deux, puis la betterave avec deux hectares sur cinq. Le colza atteint un hectare sur trois, tandis que les céréales restent en retrait avec un hectare sur cinq traités. Dans ce contexte, Pierre-Yves Tourlière rappelle que la tendance sur cinq ans reste au doublement du marché, même si 2024 et 2025 sont des années de consolidation.

Les biostimulants comprennent deux catégories

– Les biostimulants microbiens : inoculants rhizobiens ou mycorhiziens.

– Les biostimulants non-microbiens : extraits d’algues, de végétaux ou de minéraux, acides aminés, acides humiques…

Chaque biostimulant doit respecter les normes françaises et/ou européennes (NFU/CE). En France, les biostimulants dépendent du cadre réglementaire des MFSC (Matières fertilisantes et supports de culture). Plusieurs dénominations les caractérisent : préparations microbiennes, substances humiques, stimulateurs de croissance et développement… Ces produits s’emploient seuls ou en association avec d’autres produits (engrais, produits phytopharmaceutiques).