On sait depuis longtemps que l’ours peut être dangereux. Aux États-Unis, que ce soit en Alaska ou en Colombie britannique, on déplore chaque année quelques attaques parfois mortelles. Mais généralement, le plantigrade ne s’en prend qu’aux animaux et fuit l’homme. Alors que se passe-t-il au Japon ? Rappelons d’abord que ce pays héberge deux espèces : l’ours noir sur l’île principale du Honshu et celle du Shikoku et l’ours brun (un cousin du grizzly) à Hokkaïdo, au nord du pays. Les attaques de grizzly sur le continent américain sont fréquentes au Canada comme aux États-Unis. C’est un animal impressionnant – son poids peut dépasser 250 kilos – et les confrontations sont toujours dangereuses. L’ours noir est plus petit – poids moyen 200 kilos – mais des accidents peuvent aussi se produire notamment au Québec. Il faut toujours prendre un ours au sérieux. On se souvient que Timothy Treadwell, le protecteur auto-proclamé des grizzlys du parc de Katmaï (Alaska), les considérait comme de gentilles peluches. Une nuit, comme il avait installé sa tente sur la piste d’un grand mâle, l’animal, après avoir tué sa copine, se jeta sur lui et le dévora.
L’armée à la rescousse
Mais, au Japon, cette épidémie d’attaques interpelle. Pourquoi ? On compte là-bas environ 50 000 animaux. C’est une espèce en expansion. Pendant des années, la cohabitation avec l’homme s’est plutôt bien passée. Qu’une femelle suitée attaque, c’est compréhensible, mais qu’un ours agresse délibérément et sans aucune provocation un humain, c’est beaucoup plus étonnant. C’est pourtant ce qui se produit là-bas. Le randonneur, le paysan, le ramasseur de champignons, et même le citadin, ne sont pas à l’abri d’une confrontation potentiellement tragique. En 2025, treize personnes ont été tuées. Cela dépasse le précédent record de six lors de la période avril 2023-mars 2024. Résultat : un gouverneur du nord du pays a appelé, fin octobre, l’armée à la rescousse. Les soldats n’ont pas de permis de tuer. Ils laissent la régulation – musclée – aux chasseurs, mais ils sécurisent les zones les plus impactées en installant des cages piège et des dispositifs d’effarouchement. « Nous sommes désormais dans une situation où la vie de nos citoyens ne peut être protégée sans l’aide des forces d’autodéfense », a martelé le gouverneur du département d’Akita, Kenta Suzuki, lors d’une réunion avec le ministre de la Défense à Tokyo.
« Les attaques ciblant le cou et le visage sont extrêmement courantes, entraînant (des blessures) véritablement graves », a-t-il poursuivi, inquiet de constater que les ours n’apparaissent dorénavant plus seulement dans les montagnes, mais aussi dans les zones urbaines. Ce n’est « pas normal » que la vie quotidienne des habitants soit perturbée, a conclu le gouverneur.
Le nouveau ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a affirmé que son ministère mettrait « pleinement à profit ses capacités et pouvoirs » pour rétablir la sécurité et la tranquillité, tandis que son homologue à l’Environnement, Hirotaka Ishihara, a parlé de « problème sérieux ».
Une octogénaire attaquée en centre-ville
Sur Youtube, une vidéo montre une octogénaire attaquée en pleine ville. Elle réussit à éloigner l’ours en hurlant. Début octobre 2025, un touriste espagnol de 40 ans a été attaqué à Shirakawa, alors qu’il prenait des photos près des fameuses maisons Gassho, classées patrimoine mondial de l’UNESCO. Blessé, il a survécu. Parmi les cas mortels, citons une ramasseuse de champignons dans la région de Yusawa, une femme, âgée elle aussi, qui travaillait dans une ferme dans la région d’Akita, ou un pêcheur dont on ne retrouva que la tête. En ville, la population s’organise. Avec, notamment, des poubelles renforcées pour ne pas attirer les animaux. On fortifie les barrières à l’entrée des jardins, on achète des chiens de défense et des répulsifs. Une entreprise a aussi inventé un épouvantail électronique ressemblant à un loup. Il a des yeux lumineux rouges. Branché sur l’énergie solaire, il hurle, tournoie, s’agite dans tous les sens. Pourquoi les ours sont-ils devenus aussi agressifs au Japon ? La question demeure, lancinante, et nous n’avons pas de réponse. Certes, entrés dans les villes, ils sont au contact des humains et n’en ont plus peur. Mais de là à se jeter sur une vieille dame, attaquer un postier ou un employé du gaz, il y a une marge.
Voilà un beau sujet pour une série Netflix avec, à la clé, un ressort malin comme des animaux génétiquement modifiés par l’homme ou une aberration comportementale due au réchauffement climatique.
En tout cas, l’affaire fait grand bruit. Elle est remontée jusqu’au bureau de Sanae Takaichi, la Première ministre qui a promis de mettre les bouchées doubles.
On attend la saison 2 …


