En cet après-midi de janvier, ni le « blue monday », jour supposément le plus déprimant de l’année, ni la grisaille du ciel alsacien ne parvient à tempérer l’enthousiasme et le dynamisme de Vincent Schmitt. Le chien de la famille vient nous accueillir et nous amène jusqu’à son maître. Lequel s’affaire dans la grange.

Depuis une quinzaine d’années, Vincent représente la quatrième génération Schmitt aux commandes de l’exploitation de Niederroedern, située à 50 kilomètres au nord de Strasbourg. La succession agricole n’était pourtant « pas une évidence » pour lui. Désormais attablé dans la salle de vie familiale, il a ôté son bonnet, ses chaussures et son manteau pour se livrer tel qu’en lui-même, droit, sincère et empathique.

« À l’adolescence, je ne savais pas trop ce que je voulais faire, se remémore Vincent Schmitt. Comme j’avais des facilités en maths et en sciences, je me suis dirigé vers un Bac S en lycée général. Ce n’est qu’après que je me suis réorienté vers le lycée agricole (à Obernai) pour mon BTS. Les études, ce n’était pas ce que je préférais mais, pour diriger une entreprise, il faut quand même les bases. »

Ce cheminement représentait pour lui « la voie la plus directe » pour arriver à ses fins. « Le domaine agricole m’a toujours attiré, d’autant plus que l’on retrouve toutes les matières que j’aimais à l’école dans la pratique de l’agriculture au quotidien. La seule chose qui pouvait me freiner, ce sont les difficultés du métier », relève le co-gérant de l’ETA, avec son père Frédéric.

« La chance d’avoir une équipe impliquée »

Après son installation en 2011, son credo était de diversifier l’activité de la société. « Pour avoir un personnel performant, il faut pouvoir le garder toute l’année, donc proposer des activités en basse saison agricole (de Noël à mars pour la betterave). » L’entreprise Schmitt s’est ainsi déployée sur les travaux publics (débroussaillage, terrassement…) qui représentent 15 % de son chiffre d’affaires.

Le tandem père-fils est, à présent, accompagné par cinq salariés sur le site. « Ce sont d’anciens apprentis qu’on a pu former comme on aime travailler », retient celui qui va briguer, en mars 2026, un troisième mandat successif de conseiller municipal à Niederroedern (1 000 habitants). « Nous avons la chance d’avoir une équipe impliquée en laquelle on a une totale confiance. »

En parallèle, le père de famille, qui cherche également à garder du temps pour « une vie privée épanouie », a été élu membre du conseil d’administration de la coopérative sucrière d’Erstein, à 20 kilomètres au sud de Strasbourg. Une manière pour lui de s’impliquer et donner de son énergie au service du secteur agricole.

« Comme mon père y était depuis 1991, ce n’est pas quelque chose que je découvre, reconnaît-il. Je le vois plutôt comme une suite logique. J’avais toujours dit que cela m’intéresserait, le jour où il y aurait la possibilité. Dans notre métier, on a besoin de cette représentation, explique Vincent Schmitt qui représente les agriculteurs du Nord-Alsace, je fais remonter leurs demandes et leurs besoins. »

« L’union fait la force »

« Plus que jamais, l’union fait la force, plaide le professionnel de 37 ans. Quand la règlementation marche sur la tête, c’est la solidarité entre nous qui fait que l’on tient debout », martèle le Bas-Rhinois qui charge des betteraves en famille depuis presque deux décennies.

Baisser les bras, jamais de la vie ! « Si on est défaitiste, on arrête tout et on part bosser à l’usine, assène le vice-président des Entrepreneurs du Territoire Alsacien. Si l’on veut défendre correctement notre revenu, il faut s’impliquer et ne surtout pas rester dans notre coin. Cette filière, elle me tient à coeur, je l’ai dans les tripes. »

Par amour de ce métier, qui ne le tient « pas enfermé entre quatre murs », le trentenaire dessine l’horizon « d‘une entreprise qui continue à avancer ». L’avenir se lit aussi dans les yeux de son petit Gabriel. À trois ans tout juste, c’est un peu tôt pour l’envisager en successeur potentiel… « Quoi qu’il arrive, il faudra que ça vienne de lui. Si vous forcez votre fils à prendre la suite, c’est forcément un échec. »