Au Salon de L’agriculture, lors d’une table ronde organisée par Javelot, une entreprise française spécialisée dans la digitalisation de l’après récolte et du stockage des céréales, le ton est donné. « Nous sommes entrés dans un monde instable », pose Félix Bonduelle, directeur et co-fondateur de Javelot. Climat imprévisible, tensions géopolitiques, marchés chahutés : la volatilité n’est plus l’exception.

« On parle toujours production, mais dans le prix d’un produit agricole, près de la moitié correspond à la logistique », rappelle Julien Denormandie, directeur chez Sweep (et ancien ministre de l’Agriculture). Transport, stockage, manutention, organisation portuaire : tout cela pèse autant que le travail au champ. Et l’inefficacité se paie immédiatement. « À l’échelle d’un silo ou d’un réseau national, l’addition devient rapidement lourde », souligne Félix Bonduelle.

Les besoins en organisation et en suivi sont massifs. Soufflet Agriculture exploite 250 silos. « Entre la moisson et la consommation, le grain peut rester jusqu’à treize mois dans nos installations », explique Guillaume Nanot, directeur transformation & digital de Soufflet Agriculture. Maintenir la qualité, ventiler, surveiller, entretenir : cela représente des millions d’euros chaque année. Pour sécuriser ses décisions, le groupe s’appuie sur des outils de modélisation développés avec Javelot, qui permettent de rendre l’après-récolte plus visible et pilotable.

Anticiper plus tôt pour gagner plus tard

Concrètement, cela signifie mieux organiser la collecte avant même la moisson. « Si nous connaissons plus tôt les variétés implantées, les volumes prévus, les critères de qualité, nous pouvons organiser la logistique plus efficacement », insiste Guillaume Nanot. Moins de camions qui roulent à vide, moins de lots déplacés deux fois, moins de tension sur les capacités de stockage.

Au fil des échanges, un point fait consensus : la donnée existe déjà en grande partie sur le terrain, mais elle reste trop souvent cloisonnée. « Le vrai enjeu n’est pas de créer plus de data, c’est de mieux partager celle que nous avons déjà pour fluidifier chaque maillon », résument Guillaume Nanot et Julien Denormandie. Les entreprises technologiques apportent l’agilité et la capacité d’innovation, les grands groupes leur puissance de déploiement et leur connaissance métier ; c’est cette complémentarité qui permet de transformer des outils numériques en solutions réellement opérationnelles.