Les attaques de limaces restent très dépendantes des conditions climatiques. Les automnes ou printemps doux et humides favorisent leur activité et leur déplacement.
Le niveau de risque varie aussi selon la parcelle. Les sols motteux, soufflés ou argileux sont les plus exposés, indique Arvalis. À l’interculture, des résidus végétaux abondants, des repousses ou des couverts appétants (par exemple le seigle et le pois fourrager) constituent également des abris, apportent de la nourriture et maintiennent l’humidité en surface, favorisant ainsi la prolifération des limaces. Le précédent cultural peut également augmenter le risque d’attaques pour la culture suivante, notamment dans le cas d’un précédent colza ou tournesol, particulièrement appétant pour les limaces.
Face à ce risque, la gestion des limaces repose d’abord sur un raisonnement agronomique mené dès l’interculture. L’objectif consiste à limiter les conditions favorables à leur installation, avant même le semis de la culture suivante.
Agir dès l’interculture pour réduire le risque
À l’interculture, l’objectif est de perturber leur habitat pour limiter la reproduction et la survie de ces mollusques avant l’implantation de la culture suivante. « Le déchaumage précoce après récolte du blé constitue le premier levier : il expose œufs et jeunes limaces aux conditions sèches et aux prédateurs, indique Juliette Maron, ingénieure chez Arvalis. Répétés en cas de forte pression, ces passages réduisent aussi les repousses et adventices qui leur servent de nourriture. » Une préparation fine du lit de semences limite également les refuges formés par les mottes et cavités. Le roulage du sol peut compléter la stratégie en tassant la surface et en réduisant temporairement leurs déplacements. « La profondeur de semis entre également en ligne de compte. Placée trop superficiellement, la semence s’expose aux attaques des limaces », ajoute-t-elle. Enfin, le labour peut retarder les attaques en enfouissant les résidus végétaux et en diminuant la nourriture disponible en surface.
L’allongement des rotations, l’implantation de couverts peu appétants pour le ravageur (moutarde, radis, vesce velue…) complètent ces interventions mécaniques.
La protection antilimace avant l’implantation
En complément, des observations régulières au champ permettent de caractériser le niveau de risque pendant la période sensible de la culture (avant semis jusqu’au stade 3-4 feuilles par exemple en céréales à paille) et ainsi de positionner les antilimaces au bon moment. « Comme les limaces sont essentiellement nocturnes, le piégeage est une bonne manière d’évaluer précisément le niveau de la population à la parcelle », rappelle l’ingénieure. Il s’effectue avec des pièges tapis standardisés, disposés en bordure et à l’intérieur de la parcelle, que l’on relève tôt le matin. Dans les situations où le risque est jugé fort (population importante et conditions climatiques favorables), une protection antilimace peut être déclenchée, parfois même avant l’implantation de la culture afin de réduire les populations. Quelle que soit la substance active utilisée, la maîtrise de l’épandage est importante. En effet, il s’agit d’apporter la bonne dose au bon endroit, de manière homogène et d’éviter de projeter des granulés au-delà de la parcelle, comme l’exige la réglementation.
Selon Juliette Maron, huit jours après application, certains antilimaces à base de phosphate ferrique montrent une efficacité comparable à des références à base de métaldéhyde en termes de réduction des populations de limaces. Le métaldéhyde conserve toutefois un intérêt pour intervenir rapidement dans des situations d’urgence.
La relation entre le nombre de limaces et les dégâts observés n’est pas linéaire. Par exemple, il est possible de compter jusqu’à 50 limaces/m² sans dégâts significatifs, notamment en conditions très sèches ou lorsque la culture est peu appétente. L’évaluation repose donc plutôt sur un niveau de risque global et, si possible, sur les dégâts réellement observés dans la culture. Arvalis met à disposition un schéma décisionnel sur site (https://www.arvalis.fr/infos-techniques/douceur-et-humidite-le-cocktail-prefere-des-limaces).
En colza, la logique est un peu différente. La culture est très sensible aux stades précoces, ce qui ne permet pas toujours d’attendre l’apparition des dégâts pour intervenir. Un seuil indicatif d’environ 1 limace/m² sous piège est généralement utilisé pour décider d’une protection au semis ou juste après la levée.


