L’implantation des betteraves : une étape cruciale

Tout se joue au moment du semis. De sa qualité dépendront la réussite de la levée des betteraves, mais également l’efficacité du désherbage.

Voici quelques conseils pour réussir le semis :

• Attendre un sol suffisamment ressuyé afin de limiter les risques de tassement. Éviter le lissage du sol, qui pourrait perturber l’enracinement des betteraves.

• Niveler le sol en limitant la profondeur de travail (5 cm maximum) pour ne pas déstructurer le sol. D’où l’importance de réaliser les labours dans de bonnes conditions, sans les laisser trop dressés.

• Restreindre le nombre de passages pour éviter un sol trop fin et réduire les risques de battance en cas de fortes pluies (interrompre les semis si des pluies sont annoncées dans les 24 heures).

• Obtenir un sol fin et plat, facilitant le désherbage : l’absence de mottes évite de masquer les adventices et de compliquer l’efficacité du premier traitement.

• Veiller à un rappuyage homogène, en croisant les passages de roues et en adaptant la pression des pneumatiques. La levée des betteraves est plus difficile dans les zones insuffisamment rappuyées. Un bon rappuyage limite également les dégâts des ravageurs souterrains et assure un bon contact graine-sol, optimisant ainsi la vitesse de levée.

• Prévoir une densité de semis de 110 000 à 115 000 graines/ha, avec une profondeur de semis comprise entre 2 et 2,5 cm, dans un lit de semence frais et humide.

L’azote

Pour assurer une fertilisation azotée optimale sur les parcelles de betteraves, il est nécessaire de réaliser un reliquat sortie hiver (RSH). Celui-ci doit être effectué sur une zone homogène et représentative de la parcelle, sur les horizons 0-30, 30-60 et 60-90 cm. Ces échantillons sont à envoyer à un laboratoire, qui calculera le reliquat de la parcelle et la dose conseillée (DC)
à apporter. Les RSH constituent un levier essentiel de la fertilisation de la betterave. Les caractéristiques différentes de chaque sol entraînent une DC spécifique à la parcelle. Un non-respect de la dose conseillée aura une influence négative sur le rendement et la richesse et, par conséquent, sur la marge brute à l’hectare. Enfin positionner l’azote 8 jours avant le semis permet d’éviter les risques de brûlures pour les apports < 100 u/ha. Les apports d’azote > 100 u/ha peuvent entraîner un risque de brûlures si des conditions pluvieuses surviennent entre l’apport et le semis. Les apports enfouis localisés sont une alternative efficace pour optimiser l’apport d’azote, en limitant la volatilisation et en permettant également une réduction de dose jusqu’à 20u/ha et un gain de rendement allant jusqu’à 3 %.

Le désherbage des dicotylédones

Le désherbage des Ammi majus ne tolère pas d’approximation. En effet, peu de matières actives sont efficaces sur les plantes déjà présentes, il faut donc anticiper la présence de cette adventice. La connaissance des parcelles est un gage de réussite.

En présence avérée d’Ammi majus, le recours à une pré-émergence à base de produits contenant du quinmérac (Kezuro ou Goltix Silver) est indispensable. Afin de sécuriser son efficacité, une application au plus proche du semis (le soir même) est nécessaire. Le fractionnement d’une demi-dose en pré-émergence, complétée sur les 2 premiers traitements de post-émergence procure la meilleure efficacité quelles que soient les conditions météorologiques.

La lutte contre l’Aethusa est moins complexe. En plus du quinmérac, le lénacile (Venzar) et la clomazone (Centium36CS) sont des matières actives efficaces sur cette plante. Leur association dans les traitements de post-émergence permet de contrôler cette adventice.

Le chénopode fait également partie des adventices difficiles à maîtriser. Les efficacités du phenmédiphame (Betanal) et de la métamitrone (Goltix) sont parfois mises à rude épreuve. Dans ces situations, il est nécessaire d’introduire rapidement (dès le T2, sauf sol de craie) de la clomazone, en modulant la dose de Centium36CS à 0,035 l/ha.

Enfin, la réussite du désherbage s’accompagne aussi d’une bonne qualité de répartition des produits par le pulvérisateur. La combinaison « volume de bouillie/buse/pression » doit être optimale.

Désherbage des graminées : une approche intégrée

La lutte contre les graminées résistantes repose sur une approche combinant le désherbage chimique et les leviers agronomiques. Cette complémentarité permet d’augmenter l’efficacité tout en limitant la progression des résistances.

Désherbage chimique

En situation de résistance, l’ITB recommande d’augmenter la dose des produits à base de cléthodime (ex : Centurion 1,25 l/ha). Si nécessaire, l’association de la cléthodime et de la cycloxydime à pleine dose (ex. : Centurion 1,25 l/ha + Stratos 2 l/ha) permet d’améliorer l’efficacité du traitement. En complément, l’ajout d’Isard à raison de 0,4 à 0,6 l/ha renforce la maîtrise des ray-grass tout en diversifiant les modes d’action.

Leviers agronomiques

L’ITB est partenaire du projet Gramicombi, lancé en 2025, dont l’objectif est d’évaluer l’efficacité de différentes combinaisons de leviers contre les graminées. En Normandie, pour cette première année, la réalisation d’un faux semis début mars a permis de réduire de 60 % la population de ray-grass. Dans cet essai, la combinaison du faux semis + désherbage chimique + désherbage mécanique a permis d’atteindre une note d’efficacité visuelle de 8/10, contre 3,5/10 avec l’utilisation exclusive des herbicides.

Le choix variétal

Le choix de la variété doit être adapté à la parcelle en fonction du risque sanitaire identifié, notamment vis-à-vis de la rhizomanie, des nématodes et des maladies foliaires comme la cercosporiose. Les données publiées dans le Cahier Technique n°1209 du Betteravier Français permettent de le faire. Les différents critères ou valeurs de performances mesurées sont repris sous forme de modules facilitant la lecture.

Ces références, fondées sur des regroupements nationaux et pluriannuels menés par l’ITB et les Services agronomiques de sucreries (SAS), permettent une sélection des variétés les plus résilientes, favorisant ainsi une l’expression du potentiel de chaque parcelle.

Jaunisse : dispositifs expérimentaux et résultats

Depuis 2021, l’ITB élève des pucerons virulifères au pôle betteravier du Griffon (Aisne) afin d’inoculer plus de 30 000 betteraves sur les plateformes d’essais.

Ce dispositif permet d’homogénéiser la pression de jaunisse, de cartographier la maladie et d’évaluer l’impact sur le rendement des variétés via des essais miroirs.

Les variétés les plus productives le restent sous forte pression virale, avec une perte de rendement globalement uniforme. Les nouvelles variétés présentent des pertes moindres, sans toutefois être réellement tolérantes.

Jaunisses virales : un facteur limitant en 2025

L’année 2025 a été marquée par une pression significative de jaunisses virales, touchant près de 15 % de la surface régionale champenoise.

Les vols et colonisations de pucerons verts ont débuté fin avril, avant de s’intensifier jusqu’à la mi-juin, avec un pic notable à partir de la fin mai.

Par ailleurs, la présence simultanée et abondante de pucerons noirs a probablement favorisé la propagation du virus de la jaunisse grave (BYV), majoritairement identifié dans les analyses réalisées.

Les premiers symptômes de jaunisse sont apparus à partir de fin juin, suggérant des contaminations plutôt tardives. Les parcelles présentant des levées hétérogènes ou soumises à des conditions de croissance défavorables ont été globalement plus affectées.

En 2025, la filière betteravière a renforcé son dispositif de surveillance, afin de mieux appréhender la dynamique des populations de pucerons et d’alerter les agriculteurs de manière plus ciblée.

En complément des mesures prophylactiques, une observation rigoureuse à la parcelle demeure indispensable pour positionner avec précision les interventions aphicides.

Les travaux de sélection variétale, ainsi que ceux menés dans le cadre du Plan National de Recherche et Innovation (PNRI-C), se poursuivront dès 2026 afin d’approfondir les connaissances et d’évaluer l’intérêt des solutions existantes.

Maladie foliaire : la cercosporiose

La campagne 2025 se caractérise par une pression de cercosporiose faible, ce qui n’était plus le cas ces dernières années. Les températures élevées en juin, combinées à l’absence de pluie, retardent l’apparition des symptômes. Les températures relativement basses de septembre limitent ensuite son développement tardif.

Cette météo plus favorable ne doit toutefois pas amener à sous-estimer l’impact de cette maladie pour 2026. La lutte repose sur trois principes essentiels :

• L’adaptation du choix variétal, avec l’utilisation de variétés très résistantes pour les arrachages tardifs de novembre ;

• L’utilisation de l’Airone SC (cuivre), en complément des meilleures triazoles, indispensable pour assurer une bonne efficacité et une persistance satisfaisante des programmes ;

• Une intervention au bon moment, basée sur les informations fournies régulièrement par le dispositif « Alertes Maladies » tout au long de la période estivale.

Cela permet d’adapter la stratégie fongicide aux conditions pédoclimatiques de l’année, tout en restant économiquement rentable en termes d’investissement dans les programmes fongicides.

Voir ou revoir les comités techniques de l’ITB

A l’issue de chacun de ses comités techniques 2025-2026, l’ITB met à disposition les replays (pour les webconférences) ou présentations (pour les évènements en présentiel) pour ceux qui n’auraient pas pu assister aux réunions en direct ou pour ceux qui veulent revoir certains éléments. Ces contenus, en accès libre, font le point sur les enseignements de la campagne écoulée et permettent d’anticiper les défis de la prochaine.