Il est encore trop tôt pour dresser un bilan de la vague de froid polaire qui s’est étendue en Amérique du Nord, en Ukraine et en Russie. Selon Arvalis, du blé endurci peut résister à des températures de -15 à -20 °C, s’il est couvert d’une couche de neige. Mais des pointes à -25 °€, voire -30 °C, ont encore été enregistrées le week-end du 31 janvier en Ukraine et dans la partie européenne de la Russie.
A contrario, la baisse du dollar à 1,20 €, le blé très abondant encore disponible à l’export dans l’hémisphère nord et la concurrence exacerbée exercée par l’Argentine et l’Australie pour écouler leurs propres récoltes impactent bien plus l’évolution des cours du blé sur le marché de Rouen.
Récolte record en Argentine
Cet été austral, les agriculteurs argentins vont pleinement profiter du nouveau taux de la taxe appliquée sur le blé (7,5 %) en supplantant leurs concurrents. Selon l’USDA, leur récolte bat des records (27,5 Mt : + 50% sur un an). Aussi, l’Argentine est en mesure d’exporter 19 Mt de blé. Mais les fortes chaleurs actuelles, sans précipitations, nuiraient aux plantations de maïs.
Le Canada a réalisé un bon début de campagne 2025-2026. Selon Agriculture et agroalimentaire du Canada (AAC), le pays compte exporter 23,2 Mt de blé. Au 11 janvier dernier, 12,6 Mt avaient déjà été expédiées (+8 % par rapport à la même période l’an dernier). « Entre août et novembre, le pays en a livré 1,1 Mt à la Chine et 902 800 tonnes au Bangladesh aux dépens de la Russie notamment », rapporte AAC. Mais les exportations européennes de blé s’élèvent à 12,4 Mt, à peine le tiers de ses objectifs de campagne. La Commission européenne a d’ores et déjà réévalué de +1,7 Mt, à 13 Mt, ses stocks de reports.
L’Ukraine est aussi à la peine. Selon Ukragroconsult, ses exportations (8,37 Mt) sont inférieures de 27 % à leurs niveaux de l’an passé (10,61 Mt). Le pays pourrait finir la campagne en n’ayant seulement commercé 14 Mt (versus 15,8 Mt en 2024-2025) en raison des retards d’expédition de l’automne passé. De plus, l’armée russe bombarde régulièrement les infrastructures portuaires d’Odessa et des ports environnants. Pour autant, elle n’est pas parvenue à les dévaster et à les rendre inopérationnelles, jusqu’à paralyser l’activité maritime vitale pour l’économie ukrainienne.
La donne sera différente si la Russie met à exécution ses menaces en frappant et en coulant des cargos chargés de céréales aux abords des ports ukrainiens. Plus aucun navire ne prendra alors le risque de s’y approcher.
L’ex-empire des tsars est lui-même confronté à des problèmes logistiques pour écouler sa récolte dorénavant estimée à 89 Mt. Il doit en exporter au moins 45 Mt pour démarrer la prochaine campagne sans stocks de report excessifs. Or son bilan commercial est jusque-là plutôt médiocre. Les bonnes affaires de ces dernières semaines ne suffisent pas pour l’améliorer. En attendant, le quota d’exportation de 20 Mt appliqué à partir de la mi-février n’est pas contraignant, selon sovecon.ru. Durant le quadrimestre, les ventes n’excèdent pas en 16 Mt en moyenne !
En fait, les opérateurs russes déplorent l’attentisme des pays importateurs de blé, escomptant de nouvelles baisses du prix avant de lancer des appels d’offres.
Mais à 11 500 roubles la tonne de blé payée en Sibérie, les céréaliers ne parviennent pas à couvrir leurs frais. Le trafic routier et ferroviaire trop lent et les coûts d’acheminement excessifs des grains, depuis les exploitations jusqu’aux ports de la mer d’Azof et de la mer Noire, réduisent le prix de vente sortie ferme.
Alors sur la côte sud de la mer Noire, le retour de la Turquie sur les marchés céréaliers passe inaperçu. Or elle importera 7,5 Mt de blé (+ 4.5 Mt) pour compenser la faiblesse de sa production (18 Mt ; – 5 % sur un an) et pour relancer ses exportations de farine (6,5 Mt).


