On le sait : il n’existe plus d’animaux nuisibles, seulement des Espéces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD). Tous les trois ans, des discussions animées se poursuivent avec les représentants des pouvoirs publics pour savoir qui entrera sur la liste et qui en sera exclu. Et la date butoir, c’est le 30 juin prochain. Autant dire que depuis le mois de septembre dernier, on met les bouchées doubles. Les débats ont lieu d’abord au Conseil Départemental de la Faune Sauvage dans une sous-commission « spéciale ESOD ». On y trouve un représentant des piégeurs, un représentant des chasseurs, un représentant des agriculteurs, un représentant d’une association agréée au titre de l’environnement (comprendre anti-chasse). On y joint deux autres personnes dites « qualifiées », scientifiques ou techniciens. A priori, on pourrait considérer que les intérêts des piégeurs, des chasseurs et des agriculteurs étant convergents, ils devraient l’emporter. « Ce n’est pas le cas », nous dit Didier Lefèvre, président des piégeurs, dans une interview à notre confrère « Connaissance de la chasse ». En effet, les deux « qualifiés » ne sont pas toujours neutres et les représentants des louvetiers ou de l’Office français de la biodiversité (OFB), entendus à titre consultatif, peuvent avoir un poids décisif en cas d’égalité des votes. Et ils ne sont pas toujours du côté des piégeurs.

Des chiffres

Comment ça marche ? Hé bien, il faut démontrer que tel ou tel animal cause des dégâts aux agriculteurs, aux éleveurs, à la forêt, aux semis, à la végétation, etc. Et le dossier doit être chiffré. On peut s’appuyer sur l’évolution des derniers prélèvements. Malheureusement les résultats des tirs, notamment sur les renards, ne remontent pas toujours à l’administration. Même chose du côté des agriculteurs qui ne font pas assez de rapports sur les dégâts des corneilles noires ou ceux des corbeaux freux sur les semis de printemps. Faute de faire remonter les données à une administration sans cesse activée par les protecteurs, les animaux concernés peuvent sortir de la liste. Parfois, il n’y a pas débat. C’est le cas des élevages avicoles en plein air qui doivent absolument se protéger des intrusions de la fouine ou du renard. Le classement des étourneaux sansonnets est, lui, facilité par les dégâts sur les vignes en AOC. Évidemment, comme on ne peut pas poster un observateur derrière chaque fouine, chaque renard, chaque corneille ou chaque raton laveur, les arguments « chiffrés » peuvent être maigres. Et comme l’administration est constamment houspillée par les animalistes, le débat est tendu. Il ne faut pas toujours se fier à une baisse des prélèvements. Dans le même entretien à « Connaissance de la Chasse » Didier Lefèvre rapporte une anecdote amusante. En Moselle, on était passé de 13 000 prélèvements de renards à 6 000, ce qui risquait fort de le mettre à l’abri. Mais notre président des piégeurs a fait valoir que si ce chiffre avait diminué, c’est que l’animal était massivement atteint par la gale, que cette maladie était transmissible à l’homme et que, si on en tuait moins, le renard rodant en ville, on risquait des incidents graves. Et il a sorti des photos éloquentes de renards galeux. Bigre ! Que dirait la presse si elle s’emparait d’un enfant ayant contracté la gale après avoir été infecté par l’animal ? Dès lors, on l’a gardé sur la liste. En revanche, il bénéficie de la protection en Auvergne, dans le Jura et le Doubs, car les champs sont infestés de rongeurs. « Le renard sauve l’agriculteur, entend-t-on parfois, car il détruit le campagnol. » Des études allemandes ont prouvé que le renard, opportuniste, ne se gave pas de petits rongeurs mais l’argument fait mouche. Notons d’ailleurs que le goupil sort de plus en plus du classement. Dans treize départements, il ne fait plus l’objet que d’un classement partiel.

Casser les arrêtés préfectoraux

Les associations de protection de la nature, appuyées par le Conseil d’État, cassent les arrêtés préfectoraux, le tir de nuit du renard notamment. À noter que sept départements ont complètement déclassé l’espèce. Tout récemment, l’Aveyron. Si la fouine reste ESOD dans 75 départements, ce n’est pas le cas de la belette qui passe entre les gouttes. Et les corvidés ? La pie, pourtant surabondante, n’est classée que dans un tiers des départements, la corneille noire et le freux sont, eux, régulièrement reconduits. La corneille noire fait des ravages sur les poussins et les canetons et le freux nuit aux semis. Rappelons que ce n’est pas parce qu’un animal figure sur la liste des ESOD qu’il sera forcément inscrit sur la liste départementale des espèces pouvant être détruites. Chaque département fait son choix et peut même appliquer des restrictions communales ou cantonales. « Si le dossier est trop léger, mieux vaut demander un classement partiel à l’échelon communal que de tout perdre », dit encore le président des piégeurs.

Le problème c’est que lorsqu’une espèce sort de la liste, il y a moins de comptages, moins de chiffres, et partant, moins d’arguments à produire lors de la révision des textes. Le combat continue …