En maïs, la stratégie de désherbage repose d’abord sur une évaluation fine de la pression graminées. Pour Anne-Sophie Colart, ingénieure Arvalis, le raisonnement est comparable à celui conduit en blé ou en betterave. « Quand on a de fortes infestations en graminées, on est obligés de passer à du désherbage chimique de prélevée », explique-t-elle. De plus, si le binage peut compléter les traitements herbicides et les leviers agronomiques, il s’avère être insuffisant dans un cas de forte pression. Le seuil alors retenu par Arvalis se situe autour de 20 graminées/m², d’où l’importance de bien connaître l’historique des parcelles.

La prélevée pour limiter les ray-grass

Avec une forte pression de ray-grass, la base du désherbage reste l’intervention en prélevée en s’appuyant sur les herbicides racinaires. Le programme se construit alors autour des chloroacétamides. Anne-Sophie Colart cite le diméthanamide-P (DMTAP) comme molécule pivot. Elle rappelle aussi l’existence de solutions associant le DMTA-P à la pendiméthaline avec, par exemple, une spécialité commerciale comme Dakota. « En raison de la présence de la pendiméthaline, cette spécialité a aussi une efficacité intéressante sur vulpin que l’on peut également rencontrer dans les maïs du secteur betteravier », complète Anne-Sophie Colart. La péthoxamide fait aussi partie des molécules utilisables au printemps 2026 avec une efficacité anti-graminées.

Quand l’objectif est de couvrir aussi les dicotylédones dominantes, le programme associe des herbicides de prélevée ou de post-levée très précoce, par exemple Isard (DMTA-P) 0,8 l/ha + Adengo Xtra (cyprosulfamide, thiencarbazone-méthyl, isoxaflutole) à 0,33 l/ha afin d’obtenir « un spectre un peu plus large », indique l’ingénieure. Elle mentionne aussi Isard (1 l/ha) + Lagon (0,6 l/ha). Composé d’isoxaflutole et d’aclonifène, Lagon vient d’être relancé par Bayer. « Dans nos propositions de programmes pour une efficacité meilleure sur ray-grass, on peut monter à 1,2 l pour Isard et 0,8 l pour Lagon, précise Anne-Sophie Colart. Toutefois, ce dosage n’est pas recommandé en sols filtrants en raison d’un risque de manque de sélectivité.

Post-levée précoce avant 2 feuilles

Tous les maïsiculteurs ne désherbent pas systématiquement en prélevée. Anne-Sophie Colart distingue les stratégies : « les éleveurs cherchent souvent à ne passer qu’une fois, en post-levée très précoce, mais l’efficacité graminées se joue alors sur le positionnement, avant deux feuilles du ray-grass. Au-delà, en cas de vraie problématique graminées, la déception est fréquente ». À l’inverse, en l’absence de forte pression, le message est « surtout, de ne pas utiliser de chlore ».

Dans ces situations, Arvalis préconise aussi des solutions à base de mésotrione et cite Iseran (mésotrione + clomazone), Merlin Flexx (isoxaflutole) ou Calliprime Xtra (mésotrione) et à nouveau Adengo Xtra.

Enfin, Arvalis rattache ce raisonnement à une gestion responsable des molécules et de la ressource en eau, en rappelant les recommandations de réduction d’usage du DMTA-P émises par BASF : limiter l’utilisation d’Isard à 0,8 l/ha maximum par an, ou à 1,2 l/ha un an sur deux dans les aires d’alimentation de captage. « Ce n’est pas une restriction réglementaire mais de la prévention », souligne Anne-Sophie Colart.

Faux semis, efficacité à prouver en maïs

Souvent présenté comme un levier de réduction de la pression adventice, le faux semis repose sur un travail du sol superficiel avant implantation afin de provoquer puis de détruire les levées. Dans le cadre du projet Combherpic (2023-2026), mené par Arvalis avec l’Acta, Agroscope, Inrae, l’ITB et Terres Inovia, l’analyse de 16 essais conduits entre 2008 et 2022 en cultures de printemps montre une tendance à la baisse du salissement, mais sans effet statistiquement significatif. En revanche, la perturbation du sol au moment du semis favorise les levées d’adventices, en particulier après une destruction mécanique.