dimanche 18 août 2019
Armes : les joies du petit calibre ©Eric Joly

Armes : les joies du petit calibre

Popularisés par les chasseurs américains, les calibres 28 et 410 ont de plus en plus de succès chez nous. à juste titre.

Chassant l’autre jour sur un territoire privé de la région parisienne, un camarade de jeu m’interpelle : « J’ai trouvé une cartouche exceptionnelle, regarde ! » Et de me sortir une munition de calibre 12 de la variante « destruction massive » et porteuse de 36 g de plombs. Or nous chassions « devant nous » des perdreaux dont nous dirons pudiquement que leur origine noble n’était pas garantie. Donc des oiseaux qui partaient à une vingtaine de mètres. Quel était l’intérêt d’utiliser une munition aussi puissante ? Une majorité de chasseurs considère que plus il y a de poudre et de plombs dans une cartouche, plus grandes sont les chances de mettre une pièce au carnier. Pour eux c’est une question de statistiques : plus il y a de plombs, plus la gerbe est large, plus on ramasse …
L’expérience prouve que c’est faux  Quand on manque, on manque, et vous pourriez tout aussi bien utiliser un canon à plombs que cela n’y changerait rien. Dans le pire des cas, en tirant mal, avec une très grosse cartouche on va « bordurer » la pièce c’est-à-dire qu’elle va prendre deux ou trois plombs dans le croupion ou la partie abdominale, ce qui ne l’empêchera pas de s’éloigner. Peut-être finira-t-elle par mourir deux cents mètres plus loin mais c’est indigent.
Quand on utilise un petit calibre, au contraire, les choses se passent différemment : on tue net ou on loupe. N’est-ce pas plus plaisant ? Je me suis amusé à utiliser tout au long d’une saison un calibre 12, puis un calibre 20 et enfin un calibre 28 sans que les résultats soient très éloignés. Et le confort d’utilisation du « 28 » fait que désormais nous chassons ensemble.

Popularisé par les chasseurs américains

Il faut dire aussi que les chasseurs américains ont beaucoup fait pour le succès de ces petits calibres. Leurs munitions – Winchester, Federal, Remington – sont puissantes et très rapides. Winchester propose même une cartouche chargée de 24 g de plombs (on est loin de l’arme lourde …) qui les propulse à plus de 400 mètres par seconde à la sortie des canons.
Quand on chasse avec un petit calibre, il ne faut pas lésiner sur la qualité et opter pour des munitions performantes. C’est le cas des américaines, c’est le cas aussi de la Mary Arm Puma 26 g et aussi de certaines munitions italiennes.
Les charges de plombs en calibre 28 varient de 21 à 28 g. Ce sont des cartouches à jupes qui transforment la gerbe en rayon laser. On entend souvent que ces petits calibres ne sont utilisables qu’à très courte distance : c’est faux. Ils sont efficaces jusqu’à 35-40 m. L’avantage c’est qu’on ne sera pas tenté – contrairement au 12 – de balancer un coup à soixante mètres en partant du « fameux » principe selon lequel « le gibier risque plus que moi ». Donc pour cette raison aussi on blesse moins.
Chasser plus léger pour chasser mieux : telle est la nouvelle philosophie des armes de chasse à canons lisses. C’est désormais bien vu de chasser avec un 28 ou un 410. Quand on chasse avec le calibre 28, il faut utiliser des cartouches chargées de petits plombs pour avoir une gerbe suffisamment étoffée. Difficile d’utiliser des plombs supérieurs au 7 1/2. Dans un rayon de vingt-cinq mètres, ce plomb est parfaitement efficace sur les perdreaux, faisans, cailles, bécasses, bécassines, pigeons, lièvres et canards. L’autre jour, chassant au marais et utilisant ce plomb et ce petit calibre, j’eus la chance de réussir un doublé … sur des grandes bernaches du Canada passant à une vingtaine de mètres. à basse altitude, l’oiseau quand il vous arrive dessus a des allures de Boeing 747. Pour être franc, j’eus le souffle coupé …

Pas de préjugés

Il ne faut pas oublier que les oiseaux gibiers sont assez fragiles et qu’il suffit de deux plombs dans la tête ou le cou pour les tuer net. En diminuant la taille des plombs, mais en augmentant leur nombre, on multiplie les points d’impact et les chances de causer des lésions mortelles. Evidemment, le monsieur ou la dame qui troque son douze pour un 28 ou un 410 a un moment de flottement. Quand il (ou elle) l’a dans les mains, il (ou elle) se demande si c’est un fusil à flèches pour enfant ou un véritable fusil de chasse. Il faut écarter ce préjugé, avoir confiance dans l’arme et s’en servir avec autorité. Les résultats suivent.
Préférez le 28 au 410. Ce dernier calibre, très léger lui aussi, s’approvisionne avec des cartouches qui ressemblent aux cigarettes « King Size ». Il a l’inconvénient de propulser une gerbe longue et étroite qui garnit moins que celle du 28.
Les fabricants ont compris cet engouement. La plupart proposent aujourd’hui des fusils de ce calibre. Verney-Carron s’y est mis, tout comme Rizzini ou Beretta. On trouve même des fusils semi-automatiques. Il y a une limite à tout. Impossible de descendre en dessous du 28 ou du 410 (12 mm magnum). Certes il y a les petites carabines 14 mm (calibre 32), 12 mm et 9 mm dites autrefois « carabines de jardin ». Mais on ne tire plus les merles et les grives « au jardin ». Et à la chasse, les munitions, cette fois, sont vraiment trop petites. Les fusils en calibre 28 ou 410 sont souvent assez chers car fabriqués en petite série. Les munitions également ne sont pas données. Mais quand on aime on ne compte pas…

Éric Joly

Twitter
Partager

Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.