samedi 16 novembre 2019
« Casser » son fusil et le décharger dans les passages délicats. « Casser » son fusil et le décharger dans les passages délicats. ©E.JOLY

Davantage d’accidents

Les chiffres de la dernière saison ne sont pas bons globalement. Toutefois les accidents mortels sont encore en diminution.

L’Office national de la chasse et de la faune sauvage a communiqué le bilan des accidents de chasse pour la dernière saison. Ce n’est pas bon. Leur nombre total s’élève à 131, en hausse par rapport à celui de la saison précédente (113).

Cent trente-deux victimes ont été identifiées, dont 22 non-chasseurs. Toutefois, sur ces 131 accidents on compte « seulement » sept accidents, mortels dont un « non-chasseur », contre treize la saison précédente (dont trois victimes non-chasseurs).

Ces accidents sont majoritairement intervenus lors d’une chasse collective au grand gibier (66 %). Cette proportion augmente d’année en année, reflétant l’importance grandissante de la pratique de ce mode de chasse en France. La balle blesse et tue beaucoup plus que le plomb. Passée quarante mètres, la grenaille fouette encore mais ne pénètre pas. La balle – obligatoire pour le tir du grand gibier – reste létale à 800 mètres.

La très grande majorité des accidents mortels reste liée à un manquement aux règles élémentaires et en particulier au non-respect de l’angle de sécurité de 30°, à un tir sans identification ou à une mauvaise manipulation de l’arme. Quand on tire à balle il faut tirer selon un angle fichant et pas à l’horizontale. Il faut aussi se garder des coups aventureux à grande distance, et se méfier enfin des ricochets. Le grand gibier continuant à prospérer, il se rapproche des habitations, ce qui multiplie les risques lors des battues.

Pas de risque zéro
Il ne faut pas rêver : quand on chasse le risque zéro n’existe pas. C’est la même chose quand on fait du VTT, du ski, de la randonnée ou du parapente. Toutes ces activités comportent une part de risque. L’arme en elle-même n’est pas dangereuse. Celui qui est derrière peut l’être. Qui après quarante ou cinquante saisons de chasse peut se vanter de n’avoir jamais eu de sueurs froides ? C’est le paysan courbé dans son champ et que l’on n’avait pas vu, le cycliste sorti de nulle part, l’oubli d’une cartouche dans le canon, le départ inopiné d’un coup parce que la détente est trop sensible, l’éclatement d’un canon bouché par un tampon de boue ou de neige.

Ne jamais tirer sans avoir parfaitement identifié est une règle qui, si elle était constamment appliquée, réduirait le nombre des accidents. On ne tire pas sur « une forme brune » qui pourrait être un chevreuil, ni sur « une silhouette noire » qui devrait être un sanglier. Car l’une comme l’autre peut se révéler appartenir à un chien ou à un humain. La multiplication des carabines a augmenté les risques d’accidents. Quand, poussé par les chiens, un chevreuil ou un sanglier sort en plaine, la tentation peut être grande « d’arroser ». On sait en effet que la portée de ces armes est considérable. En principe les balles sont conçues pour ne pas ricocher, mais il peut suffire d’une pierre et d’un mauvais angle pour que le projectile quitte dangereusement sa trajectoire.

« Peppers »
Les chasseurs de petit gibier sont davantage protégés. Certes on déplore aussi des accidents mortels. C’est, au passage d’un obstacle, le fusil non « cassé » dont la détente heurte une brindille et foudroie le camarade qui est devant. C’est la cartouche oubliée dans un canon, l’arme posée dans la voiture et le coup tiré à bout portant après l’accrochage de la queue de détente. Mais dans l’ensemble le fusil provoque surtout des marques de plomb sur la peau. Les gardes anglais qui avaient l’habitude d’en recevoir lors des battues les appelaient « peppers ». Le plomb sous-cutané ressemble en effet étonnamment à un grain de poivre. Habitués aux facéties des tireurs, les gardes et traqueurs de sa gracieuse majesté restent imperturbables en toutes circonstances. Lors d’une battue en Écosse et alors que mon voisin venait de tirer en direction d’un poteau électrique, le garde chef, entre deux bouffées de pipe, fit ce sobre commentaire : « Nothing, the boy just cut the line » ( « Ce n’est rien, le garçon a juste coupé la ligne ») .

La peur du plomb est bien réelle chez les traqueurs. D’autant que sur les chasses royales ou républicaines l’usage est d’inviter des gens remarquables mais qui n’ont pas forcément une grande expérience cynégétique. On rapporte aussi qu’autrefois certains rabatteurs s’arrangeaient pour recevoir quelques grains pour obtenir une indemnité.

La grenaille est certainement moins dangereuse que la balle. Mais il y a quand même des endroits sensibles, l’oeil par exemple…

La loi récemment votée va rendre obligatoires plusieurs mesures « sécuritaires », dont la signalisation des chasseurs lors des battues au grand gibier, la signalisation des enceintes chassées et… la « remise à niveau » des chasseurs tous les dix ans en matière de sécurité.

ÉRIC JOLY

Twitter
Partager

Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.