L’équilibre des marchés céréaliers ne tient qu’à un fil. L’offre mondiale de grains en 2024-2025 serait à peine suffisante pour répondre à la demande. Et d’ici l’été, aucun pays de l’hémisphère nord n’est à l’abri d’un nouveau dérèglement du climat.

Or ces derniers mois, les potentiels de production de la moitié des pays exportateurs majeurs de la planète ont tour à tour été fortement altérés. Et en Ukraine, la destruction répétée des infrastructures portuaires ralentit les expéditions de grains.

Sur les marchés, le climat enflamme les cours des céréales depuis quelques semaines. En France, les tonnes de grains cotent 20 € de plus qu’il y a un mois. Le blé valait plus 210 €/t début mai. En Russie, de nombreux agriculteurs attisent les tensions sur les prix en retardant la vente de leur récolte, souligne le site Sovecon.ru.

Selon l’USDA (institut américain), 798 millions de tonnes (Mt) de blé et 149 Mt d’orges seraient récoltées dans le monde en 2024-2025 (respectivement + 11 Mt et + 7 Mt sur un an) mais moins de maïs serait engrangé (1220 Mt ; – 8 Mt). Or la consommation mondiale de céréales croîtrait de plus de 20 Mt. La raison : l’essor continu des filières animales. Et même si la consommation de blé augmente peu (802 Mt ; +2 Mt), elle dépasserait pour la première fois le seuil de 800 Mt.

Mais la prochaine récolte de blé serait mieux répartie entre les pays producteurs, exportateurs nets ou pas. Les États-Unis et le Canada sont partis pour récolter 85 Mt et la Chine franchira le seuil de 140 Mt. L’Inde s’attend aussi à une moisson record (114 Mt ; +3,5 Mt).

Baisse de la production en Russie et Ukraine

A contrario, l’USDA estime à 88 Mt la récolte russe de blé (- 3,5 Mt sur un an) et l’ukrainienne à 21 Mt (- 12 Mt par rapport à 2021). Le blé russe manque d’eau dans le sud et fait face à des températures très basses dans le Nord. En Ukraine, les céréaliers sont tentés par d’autres cultures que le blé quand ils peuvent avoir accès à leurs champs pour les cultiver. Par ailleurs, le pays est actuellement amputé de 17 % de sa superficie et les récents bombardements dans la région de Kharkiv rendent les champs cultivés situés à proximité du front inaccessibles.

En Union européenne, l’institut américain anticipe une production européenne de blés tendre et dur de 132 Mt, alors que la Commission européenne table sur 127 Mt. En Europe du nord, les conditions de cultures sont bien médiocres comparées à celles en vigueur l’an passé.

Moins de blé sera échangé dans le monde en 2024-2025 que l’an passé (215 Mt ; – 4 Mt) car les pays importateurs pourvoiraient davantage à leurs besoins, puisque leur production de blé sera souvent meilleure que l’an passé. Seule l’Afrique du Nord serait davantage déficitaire en grains. Sa production n’excédant pas 16 Mt, jusqu’à 31,5 Mt de blé seraient importées, soit 1,4 Mt de plus qu’au cours de la campagne qui s’achève.

En 2024-2025, les échanges commerciaux de maïs (195 Mt ; -2,5 Mt) fléchiront aussi et ceux d’orges se stabiliseront à leur niveau de la campagne passée (29 Mt).

À moins de deux mois de la clôture de la campagne 2023-2024, l’Union européenne a exporté 23,4 Mt de blé. La Roumanie et la France ont réalisé à eux deux la moitié des ventes. Les pays baltes ne sont pas en reste. La Lettonie et la Lituanie ont commercialisé près de 4 Mt, soit 1 Mt de plus que leur voisin polonais.

Les trois quarts des exportations européennes d’orges (4,2 Mt) sont aussi françaises et roumaines.

Concernant le maïs, la campagne 2023-2024 en Amérique du sud se poursuit sous les inondations et la maladie du rabougrissement du maïs propagée par les insectes coupeurs de feuilles. L’USDA a baissé de 2 Mt la récolte brésilienne (51 Mt) et argentine (36 Mt) où une partie du pays est en grève, ce qui ralentit les affaires.

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