Chaque année, le chiffre d’affaires de la filière française « plants de pomme de terre » se fait en deux temps : à l’automne pour l’export, à la fin de l’hiver pour le marché intérieur et européen. Aussi, la bonne récolte 2025 n’est pas encore toute écoulée. Au printemps dernier, 24 378 ha avaient été implantés (+ 9,70 % sur un an) et le rendement moyen oscillait autour de 31,7 t/ha (-1,3 t/ha par rapport à 2024, qui était une très bonne année), selon la FN3PT, la Fédération nationale des producteurs de plants de pomme de terre.
Pour autant, la récolte de plants de l’été passé ne permettra pas d’implanter, au printemps prochain, autant d’hectares qu’en 2025, car les tubercules stockés sont plutôt dans le haut du calibre. « La filière s’attend à des invendus, qui pourraient être moindres si moins de plants sont importés, notamment des Pays-Bas. Le point d’équilibre se situe autour de 24 000 hectares de cultures de plants de pomme de terre, afin de fournir les différents marchés français, européens et exports », souligne Bernard Quéré, directeur de la FN3PT.
L’organisation professionnelle s’est réjouie d’avoir enrayé la baisse du nombre de structures de production qui s’investissent dans la culture de plants. Cette année, on en dénombre 739, soit 47 de plus qu’en 2024. Mais en 2018-2019, plus de 840 entreprises agricoles produisaient du plant. Chacune de ces structures a cultivé 33 ha en moyenne de pommes de terre, une superficie en hausse de 3,3 ha en deux campagnes.
Recruter de nouveaux producteurs
En fait, l’organisation professionnelle est parvenue à recruter de nouveaux producteurs pour compenser ceux qui se sont retirés de l’activité. Ce sont souvent des céréaliers qui cherchent à diversifier leurs activités pour compenser la faible rentabilité de leurs cultures de blé, d’orge et de maïs. Mais se lancer dans la production de plants est un investissement technique, financier et humain important.
Pour autant, tous les indicateurs de la filière plants de pomme de terre sont au vert. En 2024, les 22 237 ha et le rendement moyen de 33 t/ha avaient permis une production de 565 468 tonnes (+ 22 000 t sur un an).
Les trois principales variétés multipliées sont Fontane (1 788 ha), Spunta (1 697 ha) et Innovator (1 063 ha). Hormis Agata, les superficies des dix principales variétés multipliées ont toutes progressé.
Le nombre croissant de délivrance des certificats phytosanitaires pour l’export de plants révèle l’intérêt de plus en plus important porté par les pays qui s’approvisionnent sur le marché français. Fin 2024, ils avaient quasiment tous passé davantage de commandes. L’Égypte s’est ainsi fait livrer plus de 20 000 tonnes de plants en 2024 (+ 5 000 t en un an), suivie par la Tunisie (14 212 t), le Sénégal (9 538 t) et l’Arabie saoudite (9 000 t).
L’attractivité de la filière repose aussi sur les moyens de protection dont disposent les producteurs de plants. Une réglementation trop stricte sur les produits phytosanitaires est assimilable à une nouvelle agression, face à laquelle les producteurs sont démunis pour y faire face. « Elle a au moins autant d’impacts que le changement climatique, avec des effets collatéraux immédiats, souligne Bernard Quéré, directeur de la FN3PT. Prenons l’exemple du taupin. Actuellement, le niveau d’attaque est équivalent à celui d’après-guerre et les producteurs n’ont plus les moyens d’éradiquer le phénomène ».
Dérogation Movento en 2026
Contre les pucerons et les cicadelles (potentiels vecteurs de virus et de phytoplasmes), les agriculteurs doivent jusqu’à présent se contenter d’une seule application de Teppeki (Flonicamide). « Mais pour 2026, la FN3PT a entamé une démarche afin d’obtenir une dérogation pour l’usage de Movento en seconde application », précise Bernard Quéré.
Le recours aux NBT pourrait être une avancée notable pour accélérer la sélection variétale des plantes cultivées, mais comme le génome des pommes de terre est tétraploïde, l’édition génomique et l’utilisation de la technique du Crispr sont plus complexes.
Par ailleurs, selon les premiers résultats de l’ITA du Plant de pomme de terre (inov3PT), l’induction de la résistance au PVY par Crisper-Cas9 est spécifique aux souches virales. Or, ces dernières évoluent rapidement. Aussi, la résistance des plantes NGT ainsi obtenues ne serait pas durable dans le temps.
« Comme alternative, nous travaillons notamment le renforcement de l’immunité des plants de pomme de terre pour les rendre moins vulnérables à l’égard d’une large gamme de bioagresseurs bactériologiques, viraux et parasitaires », explique Bernard Quéré.
Afin de concrétiser ces différents engagements, le chantier 2026 de la FN3PT « sera l’élaboration d’un plan de filière 2035 structuré, argumenté, chiffré et présenté aux pouvoirs en s’appuyant sur les contributions d’adhérents de la Fédération », déclare Eric Fallou, président de la FN3PT.


