« Les États-Unis, la Chine, la Russie réarment leur agriculture pendant qu’ici, l’Union européenne nous propose un budget de la PAC en baisse et sans aucune vision. » À l’occasion d’une conférence organisée le 23 février au Salon de l’agriculture, Franck Sander, le président de la CGB et vice-président de la FNSEA, a rappelé ses attentes et sa position concernant la proposition de la Commission européenne pour la PAC post-2027. Suite aux importantes manifestations d’agriculteurs en fin d’année à Bruxelles, l’instance a légèrement revu sa copie (voir encadré) mais, pour le syndicat, le compte n’y est toujours pas. « En France, nous n’avons pas le droit d’être naïfs, car l’enveloppe supplémentaire allouée n’est pas clairement prévue pour l’agriculture, et nous restons avec un budget en baisse de 13 %, poursuit Franck Sander. Les autres pays, les autres blocs politiques n’ont pas besoin de manifester pour faire comprendre que l’agriculture est aujourd’hui une arme stratégique. »
Un point de vue partagé et appuyé par Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca : « nous sommes dans un moment très critique avec trois défis majeurs : la compétitivité, la sécurité et l’autonomie stratégique. L’agriculture contribue à ces trois enjeux. Nous n’envisageons pas la sécurité européenne sans l’agriculture, qui est un atout économique pour l’UE. » La représentante du réseau des coopératives et syndicats européens rappelle, par ailleurs, que la Cour des comptes européenne a, elle aussi, émis des réserves sur la proposition de la Commission européenne, et notamment sur la « renationalisation » de la PAC, dans un rapport diffusé le 9 février dernier. Pour l’instance, cette « flexibilité » accordée aux États membres ne doit pas « mettre en péril les objectifs communs de la PAC (revenu équitable pour les agriculteurs, protection de l’environnement et action pour le climat ou encore sécurité alimentaire) » ou « le bon fonctionnement du marché intérieur ».
Maintenir les règles du jeu
Dans ce contexte, la FNSEA a défini et travaillé plusieurs axes qu’elle souhaite voir pris en compte dans la feuille de route de la prochaine PAC : le maintien du budget, un renforcement de son orientation économique autour de l’aide directe et un soutien plus marqué à l’actif agricole, une simplification des dispositions environnementales, l’aide à l’investissement. « Nous devons retrouver une PAC plus lisible, défend Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA. Sur les éco-régimes, nous avons embarqué près de 95 % des agriculteurs, il est donc essentiel de ne pas changer les règles du jeu et de maintenir ce schéma. » De son côté, Franck Sander insiste également sur l’urgence de remettre sur la table la problématique de la gestion des marchés. « Nous devons arrêter de nouer des accords de libre-échange et encadrer les importations quand le marché est saturé. Dans le cadre de la révision de l’OCM, nous portons plusieurs propositions, notamment sur les prix d’intervention. » Alors que les agriculteurs sont vivement appelés à faire évoluer leurs pratiques, nécessitant des investissements conséquents, les représentants de la FNSEA rappellent que la PAC demeure « un filet de sécurité permettant de se projeter vers l’avenir », mais aussi de soutenir et accompagner la transition, dans les fermes, notamment sur le numérique (agriculture de précision, IA, etc).
Bruxelles veut clore le dossier rapidement
Les craintes portent également sur un affaiblissement de la position française dans les négociations. En cause : les élections présidentielles de l’année prochaine, et l’inconnue actuel sur les positions du futur président. À Bruxelles, la Commission européenne semble cependant vouloir avancer vite et faire aboutir ce dossier d’ici à la fin de l’année. « Le président de la République doit peser fort. Beaucoup de pays comptent sur le poids de la France, dans les discussions, pour aller chercher un vrai budget, assure Franck Sander. Ce qui est sûr, c’est que nous ne nous projetons pas sur la possibilité d’avoir moins que lors de la programmation actuelle. » Interpellé à ce sujet lors de l’inauguration du Salon de l’agriculture, le 21 février, Emmanuel Macron a assuré de sa mobilisation sur ce dossier : « ce qui est très important, c’est qu’on se batte pour à la fois garantir [ce budget], mais aussi pour obtenir les montants qui vont permettre de moderniser nos exploitations agricoles et notre industrie agroalimentaire ».
Le 7 juillet 2025, la Commission européenne a dévoilé son projet de cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034. Le budget alloué à l’agriculture est alors de 300 Mrds€ (dont 6 M€ pour la gestion des risques), soit une baisse de 20 %. La proposition contient surtout une rupture de taille : la Pac est intégrée dans un fonds unique, pour laisser davantage de flexibilité aux États membres, qui viendraient y puiser pour abonder différentes enveloppes. « C’est un vrai détricotage de la nature commune de la Pac. Le risque est d’avoir 27 politiques agricoles dans l’UE. Quid du marché unique ? », interroge Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca. Suite aux manifestations du 18 décembre 2025, réunissant 10 000 agriculteurs à Bruxelles, la Commission européenne annonce avoir revu sa copie et indique avoir rehaussé le budget prévu à 390 Mrds€. Les enveloppes supplémentaires ajoutées ne sont cependant pas garanties d’être fléchées vers l’agriculture, les choix stratégiques relevant du libre arbitre de chaque État.


