Les conflits, le talon d’Achille de la mondialisation. Ils mettent en exergue l’interdépendance économique des pays. Celui du Moyen Orient affecte les marchés des produits pétroliers, des engrais, des céréales….et menace la production alimentaire mondiale.

Compte tenu de la volatilité des prix des matières premières, les chiffres publiés sont ceux en vigueur au moment où est écrit cet article.

Les cours des produits pétroliers flambent, surtout ceux du gaz. À Rotterdam, le gaz naturel valait 51,50 € le mégawattheure le 16 mars dernier. Un mois plutôt, il avoisinait 31 €. Mais au printemps 2022, le mégawattheure avait atteint 350 € !

Or le gaz représente 80 % des coûts de production des engrais azotés. Aussi le prix de l’urée s’est renchéri d’une centaine d’euros depuis le début du conflit moyen oriental et le bocage du détroit d’Ormuz, voie de passage essentielle pour environ un tiers du commerce mondial des engrais. Le prix de l’urée est supérieur de 50 % à son niveau de l’an passé.

La flambée des prix des engrais est accentuée par l’absence de solutions alternatives viables. Par exemple, la Russie n’est pas en mesure de prendre la relève sur le marché de l’export, bien que ses industriels ne soient pas soumis aux sanctions occidentales imposées depuis l’entrée en guerre de leur pays pour ne pas menacer la sécurité alimentaire mondiale.

Mais l’Ukraine a bombardé l’usine Dorogobuz le 25 février dernier, souligne ukragroconsult, réduisant de 5 % la capacité de production d’engrais de son ennemi. Aussi, la Russie a imposé des restrictions à l’exportation d’engrais en 2021 afin de garantir un approvisionnement intérieur suffisant.

Les céréaliers doublement pénalisés

Depuis le début du conflit, les marchés des céréales ont réagi différemment. À Bordeaux, le prix du maïs, inféodé aux cours des produits pétroliers, a allègrement franchi le seuil de 200 € jusqu’à atteindre 210 € le 12 mars dernier. Mais à Rouen, le prix de la tonne de blé Rouen a oscillé ces quinze derniers jours autour de la valeur pivot de 185 €.

En Europe, les céréaliers sont doublement pénalisés par le conflit moyen oriental. Peu profiteront de la hausse des prix du maïs puisqu’ils ont déjà vendu une bonne partie de leurs récoltes. Et si le conflit perdure, ils craignent ne pas avoir les moyens financiers de payer le gasoil nécessaire pour cultiver leurs terres et pour acheter les engrais en quantités nécessaires pour les fertiliser l’automne prochain, avec à la clé une baisse des rendements ou des parcelles mises en jachère.

Le conflit moyen oriental vulnérabilise des pays importateurs majeurs de grains et de produits agroalimentaires alors que la guerre russo-ukrainienne avait impacté, dès son commencement en 2022, deux pays exportateurs majeurs de céréales (90 Mt, 1/5e du commerce mondial).

Hormis la Turquie, la Syrie et la Jordanie à l’écart du conflit moyen oriental, le Moyen Orient aura importé près de 20 Mt de blé cette campagne-ci, selon le Conseil international des céréales. Il aura aussi acheté plus de 23 Mt de maïs et 9 Mt d’orges. Seul l’Irak disposerait de stocks stratégiques conséquents.

Et près de 90 % de ces céréales consommées par les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (1) transitent par le détroit d’Ormuz aujourd’hui bloqué.

La prochaine récolte est dans quatre mois. Sur son site, Ukragroconsult rapporte que « le marché des céréales se trouve actuellement à un tournant décisif. L’évolution future des prix dépendra des conditions météorologiques en Amérique du Nord, des tendances de la demande mondiale et des développements géopolitiques».

À ce jour, les pertes potentielles de céréales d’hiver, consécutives à l’épisode de grand froid qui s’est abattu en Ukraine et en Russie, semblent limitées. Mais tant que rien n’est engrangé… Par ailleurs, l’El Niño pourrait se manifester dès le second semestre 2026, avec un pic d’influence attendu durant l’hiver 2026-2027.

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