Depuis l’annonce par le Grand Est, en octobre 2024, de mettre en place une éco-taxe en juillet 2027 pour les poids lourds, l’ensemble des filières agricoles de la région sont mobilisées contre ce projet. Mais, un an et demi plus tard, le dossier n’a connu aucune évolution. « C’est un échec total, résume Alain Carré, le président de l’AIBS (Interprofession de la betterave et du sucre). Nous maintenons la pression, car cette taxe serait un désastre pour la compétitivité de nos filières. Ce dispositif crée une vraie distorsion de concurrence intra-régionale, qui menace nos usines. » L’impact serait particulièrement conséquent pour les sucreries de Connantre (Tereos) et de Bazancourt (Cristal Union), en raison de leur proximité avec la RN4 et la RN44.

Impasse des discussions

Lors du Salon de l’agriculture, les appels du pieds se sont pourtant multipliés : interpellation du président de la République, du ministère de l’Agriculture, déploiement d’une banderole sur le stand du Grand Est,… mais rien n’y fait. Un mois plus tôt, le 28 janvier, la rencontre entre la FRSEA, les JA du Grand Est et la Coopération agricole avec la Commission européenne avait déjà fait l’effet d’une douche froide. Dans une lettre adressée au président de la Région, Franck Leroy, datée du 19 février, les trois organisations notent « l’impasse » à laquelle les derniers échanges ont abouti. « Les exonérations qui peuvent être accordées par la Région Grand Est sont particulièrement restreintes et ne pourront en aucun cas répondre efficacement aux attentes des secteurs agricoles », souligne les signataires, qui rappellent que cette éco-contribution poids lourds (ECPL) « génèrera une contrainte financière directe pour les acteurs du secteur agricole, dont l’activité repose sur des trajets indispensables, non substituables et non délocalisables ». En effet, la mise en œuvre de cette éco-contribution se faisant dans le cadre d’une directive européenne, la marge de manœuvre, en ce qui concerne les compensations, semble très limitée… contrairement à ce qu’avait initialement laissé entendre Franck Leroy.

Pour éviter d’avoir à payer cette taxe, de 15 cts/km, de nombreux transporteurs pourraient donc faire le choix de se tourner vers des routes secondaires, traversant des villages. « C’est un risque réel, appuie Alain Carré. Nous demandons donc, une nouvelle fois, la suppression de cette disposition. La Région peut encore décider de suspendre ce dossier. »

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