La serre du pôle betteravier du Griffon, située dans le département de l’Aisne, est coordonnée par le département Expérimentation et expertise régionale de l’ITB, qui en supervise l’entretien et la planification des essais conduits en conditions contrôlées. Construite en 2019, elle constitue un outil performant pour tester de nouvelles solutions de biocontrôle contre les pucerons et la jaunisse. Elle permet notamment de réaliser des screenings rapides de produits tout au long de l’année et d’identifier les plus prometteurs pour des évaluations au champ lors de la prochaine campagne.

Une expérimentation de précision

Depuis 2021, 14 essais ont été mis en place pour évaluer l’efficacité de produits de biocontrôle contre les pucerons vecteurs des virus de la jaunisse. Ces travaux ont été et sont rendus possibles grâce au soutien du PNRI et du PNRI-C, deux programmes de recherche successifs visant à identifier des solutions alternatives aux néonicotinoïdes en betterave sucrière. Les betteraves et les pucerons sont produits au pôle du Griffon pour les expérimentations. Les betteraves sont semées à la main, sur des plaques alvéolées, puis sont repiquées au stade deux feuilles naissantes dans des pots. Des élevages de pucerons Myzus persicae sont maintenus toute l’année pour approvisionner les expérimentations. Lorsque les betteraves ont atteint le stade souhaité (2 à 4 feuilles), cinq pucerons Myzus persicae sont déposés sur chaque betterave à l’aide d’un pinceau. Elles sont ensuite placées dans des cages insect-proof pour éviter que les pucerons ne se propagent dans toute la serre. Le lendemain, les équipes traitent les betteraves avec les différents produits testés, grâce à un banc de pulvérisation reproduisant les conditions d’application d’un pulvérisateur agricole. Des comptages réguliers de pucerons sont réalisés pour évaluer l’efficacité des produits appliqués.

Des produits prometteurs sous serre

Dans ces expérimentations, les produits de biocontrôle sont toujours comparés à un témoin non traité pour évaluer l’évolution des populations de pucerons en l’absence de traitement, et à la référence chimique (Teppeki, substance active : flonicamide). Plus de 17 produits de biocontrôle ont été évalués sous serre depuis 2021. Les noms commerciaux des produits ne pouvant être communiqués pour des raisons de confidentialité, les résultats sont donnés par type de molécule ou microorganisme, parfois partagés par plusieurs produits. Seuls des produits à mode d’action aphicide sont présentés dans cette synthèse, et leur efficacité est toujours calculée par rapport au témoin non traité.

La référence chimique affiche la meilleure efficacité dans tous nos essais. Sous serre, celle-ci est proche de 100 %, en raison des conditions d’application optimales et de l’absence de recolonisation des betteraves par de nouveaux pucerons, contrairement aux conditions observées au champ. Elle a été testée en combinaison avec l’huile de paraffine. Cependant, l’intérêt de cet ajout est difficile à mettre en évidence compte tenu de l’efficacité déjà élevée du Teppeki. Les mélanges d’huiles essentielles et les différentes espèces de champignons entomopathogènes semblent être particulièrement intéressants dans la lutte contre les pucerons.

Cette année, de nouveaux essais seront reconduits sous serre dans le cadre du projet Biocontrôle-C du PNRI-C, en particulier avec les produits ayant déjà montré une efficacité, pour les évaluer dans les mêmes conditions expérimentales. Enfin, d’autres expérimentations sont programmées, en partenariat avec les équipes de l’université de Picardie Jules Verne, pour évaluer l’impact des flavonoïdes et des produits Stimulateurs de Défense des Plantes (SDP) contre les pucerons vecteurs de la jaunisse de la betterave.

La suite se passe au champ

Certains des produits ayant montré une efficacité sous serre sont ensuite évalués au champ. Des essais en microparcelles sont mis en place dans des parcelles d’agriculteurs chaque année. Les betteraves sont inoculées à la main avec des pucerons virulifères Myzus persicae en début de saison, et les traitements sont réalisés deux jours après. Les betteraves traitées avec des produits efficaces au champ devraient exprimer moins de symptômes de jaunisse que le témoin inoculé. Malheureusement, il n’a pas été possible à ce jour d’acquérir des résultats probants en raison de biais méthodologiques imprévus, liés notamment aux conditions d’infestation des parcelles par des populations naturelles de pucerons. La campagne 2026 devrait apporter des résultats valorisables. En complément, des essais en bandes évaluant l’efficacité de quatre produits de biocontrôle : l’Illion à base d’huile de paraffine, les médiateurs chimiques développées par AgriOdor et M2i et un mélange d’huiles essentielles de la société INCeres, seront conduits dans le réseau des Fermes pilotes d’expérimentation (FPE) du PNRI-C.