Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les marchés des céréales sont bien calmes au regard du degré d’excitation des marchés pétroliers et gaziers. En France, les cours des grains restent décidément bien en dessous de leurs coûts de production, toujours plombés par des récoltes mondiales 2025-2026 record.

En fait, produire des céréales n’est plus rentable depuis trois ans. Aussi, la hausse continue du prix du gasoil depuis un mois et l’entrée en application du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui coûtera entre 10 € et 23 € par tonne de grains produite, accroissent les déficits des exploitations scopeuses et grandes cultures.

Mais les marchés des grains sont avant tout sous l’influence des fondamentaux. Or, selon le Conseil international des céréales (CIC), la campagne de commercialisation 2025-2026 s’achèvera à la fin du mois de juin avec des stocks records de blé, d’orges et de maïs estimés à 632 millions de tonnes (Mt), supérieurs de 47 Mt à leurs niveaux du mois de juin 2025. Mais la Chine n’est plus le premier pays importateur au monde de céréales (jusqu’à 50 Mt par an). Elle est de plus en plus autosuffisante et poursuit sa lente opération de déstockage entamée depuis le début de la décennie (318 Mt ; -6 Mt) sans pour autant renoncer à sa stratégie régalienne. En cas de crise d’approvisionnement, le pays aura les moyens d’éviter une pénurie alimentaire. Or, si le conflit moyen-oriental s’enlise, il pourrait ni plus ni moins menacer la sécurité alimentaire de la planète.

Certains pays du golfe Persique redoutent déjà cette pénurie. Sans stocks de réserve, ils ont été pris au dépourvu lorsque l’Iran a décidé de bloquer le détroit d’Ormuz. Pourtant, leur sécurité alimentaire repose parfois à plus de 85 %, sur des importations massives de denrées.

Prochaine campagne céréalière déficitaire de 23 Mt

Pour 2026-2027, le CIC entrevoit une prochaine campagne céréalière déficitaire de 23 Mt. Aussi, les stocks de report 2027 seraient inférieurs de 15 Mt à leurs niveaux attendus fin juin 2026.

En s’appuyant sur l’état actuel des cultures, sur les surfaces déclarées et sur des rendements moyens, 2 417 Mt de céréales (hors riz) seraient engrangées dans le monde à partir de l’été prochain, soit 44 Mt de moins qu’en 2025-2026. Mais sur deux ans, la production mondiale aura finalement crû d’une centaine de millions de tonnes de grains.

Toujours selon le CIC, la production mondiale de blé tendre et dur (822 Mt) serait inférieure de près de 23 Mt à celle de l’an passé. Mais cette baisse serait avant tout celles des pays exportateurs majeurs de la planète (403 Mt). Pour autant, le marché du blé resterait équilibré. En 2026-2027, moins de maïs, d’orges et de sorgho seraient aussi produits dans le monde alors que les besoins (1 611 Mt) progresseraient de 13 Mt. Et une grande partie de la prochaine récolte mondiale de maïs dépendra, durant l’été austral 2023 de l’intensité de l’El Niño dont le retour est annoncé. Mais si le conflit au Moyen- Orient s’enlise et si une pénurie d’engrais survenait, ces prévisions deviendraient très vite obsolètes.

Potentiel de production sacrifié

En attendant, la Russie a d’ores et déjà limité ses exportations d’engrais azotés afin de garantir à ses agriculteurs des approvisionnements suffisants pour les semis de printemps, selon Ukragroconsult. Le pays n’a pas les capacités d’augmenter ses capacités industrielles pour compenser la destruction des usines d’engrais moyen-orientales. En France, les céréaliers ont déjà commandé la quasi-totalité des fertilisants nécessaires dans les prochaines semaines pour leurs cultures de printemps. Ailleurs, la cherté ou la rareté pourraient conduire des agriculteurs à sacrifier le potentiel de production de leurs cultures. Dans l’hémisphère nord, la culture du maïs, semé dans les prochaines semaines, serait la plus touchée en raison de sa forte consommation d’azote et d’énergie. Aux États-Unis, les farmers privilégieraient la culture du soja, sobre en intrants à celle du maïs, énergivore.

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