La campagne betteravière 2025 s’est bien passée dans l’Eure : le rendement moyen atteint 97 t/ha à 16° à forfait collet, avec une richesse de 18,7°S. Qu’en sera-t-il cette année ? « On commence à voir des premiers symptômes de jaunisse et de mildiou », a déclaré le directeur régional de la CGB Normandie, Benoît Carton, en introduisant la conférence annuelle de la CGB Eure, qui s’est tenue le 5 juin au Neubourg. Le directeur a regretté que les moyens de production soient toujours contraints en termes de lutte contre les pucerons. « Les planteurs belges sont tranquilles pendant 40 jours avec les semences traitées à la flupyradifurone ; à quand de l’équité et de la cohérence entre planteurs européens ? ». Il a aussi pointé les incertitudes sur les prix de betteraves pour les planteurs Saint Louis Sucre.

Sur ce sujet, le président de la CGB Eure, Paul Lannoy, a fait des propositions pour améliorer le contrat pour les planteurs livrant leurs betteraves à Étrépagny. Selon lui, il faut aller plus loin dans la grille de prix du sucre européen converti en prix de betteraves. « La grille de prix actuelle s’arrête à 600 €. C’est insuffisant face à l’explosion des coûts de production, qui atteignent en moyenne près de 3 000 €/ha avec les programmes insecticides en hausse et le prix des engrais. » Paul Lannoy plaide donc pour une extension de la grille de prix pour offrir plus de résilience et de visibilité aux planteurs. Il demande également « du pragmatisme sur le prix des betteraves excédentaires avec a minima une corrélation avec le débouché de ces betteraves et non un arbitrage de 50 % du prix des betteraves contractualisées. C’est inacceptable et sans cohérence ! »

Alors, qu’en est-il des prix de betteraves 2025 ? La réunion n’a pas fourni de réponse, puisque la Commission de Répartition de la Valeur (CRV) devait se tenir le 8 juin. Paul Lannoy a cependant indiqué une estimation du prix base au regard de l’observatoire européen des prix, selon les termes du contrat SLS, qui donnerait un prix de betterave entre 30 et 31 €/t (pour un forfait collet 7 %), avant tout supplément de prix discuté en CRV.

Il a aussi abordé la décision de Südzucker (maison mère de Saint Louis Sucre) de réduire les surfaces de 25 % en 2026 (après une baisse de 11 % l’année dernière), expliquant que la stratégie consiste à ne plus placer de sucre sur le marché mondial, quitte à faire fonctionner les usines sur des périodes plus courtes. « J’ai toujours entendu qu’en dessous de 95 jours, une usine, ce n’était pas viable. Des planteurs m’ont posé plusieurs fois la question, va-t-on fermer la sucrerie ? Je réponds non, on ne va pas la fermer, on va se relever et tout faire pour rester compétitif et retrouver des volumes dès les semis 2027. »

Prochaine PAC, un « RSA agricole » ?

Tous les grands sujets économiques ont aussi été passés en revue lors de cette réunion.

Céline Meyer, chargée de mission à la FNSEA, a présenté l’architecture de la prochaine PAC proposée par la Commission européenne, avec pour objectif une mise en œuvre en janvier 2028, jugé peu réaliste. Là encore, nous risquons de vivre un grand bouleversement. L’aide de base au revenu (DPB) serait fusionnée avec le paiement redistributif et l’aide au JA pour former le DABIS, « Aide au revenu dégressive, fondée sur la surface », qui sera dégressive et plafonnée à 100 000 €. Les producteurs de grandes cultures seraient malheureusement perdants. La grande nouveauté concerne le cofinancement national minimal de 30 %, alors que l’Ecorégime actuel est 100 % financé par l’Europe. Une renationalisation des budgets, en quelque sorte. Alors, la France sera-t-elle au rendez-vous, vue l’état de ses finances ?

Pour faire prendre conscience du véritable bouleversement que pourrait constituer la nouvelle PAC, le secrétaire général de la CGB, Fabien Hamot, a d’emblée déclaré : « Pour la PAC, il faut presque faire table rase de ce que l’on connaît aujourd’hui et repartir d’une page blanche. Il faut un plan de lutte contre le risque prix ». Selon lui, on se dirige vers une aide versée à la personne et non plus à l’exploitation. Fabien Hamot a le sentiment que l’on va vers une « PAC de type RSA agricole », menaçant la viabilité économique des exploitations.

Avec les autres associations de grandes cultures, la CGB plaide au contraire pour un soutien ciblé aux agriculteurs qui produisent. Pour la betterave, elle martèle une stratégie axée sur la gestion de marché et la protection contre les importations déloyales. Les revendications centrales incluent la revalorisation du prix de référence du sucre à 585 €/t (contre 404 €/t actuellement) afin de couvrir les coûts de production, l’automatisation des mesures de crise et une régulation stricte des importations, notamment en provenance d’Ukraine et de tous nos accords de libre-échange (Mercosur, Australie…)

Revenir à une Europe qui protège

En résumé, l’action syndicale tend à construire une « Europe qui protège et qui régule » pour rendre les situations de crise supportables pour les agriculteurs.

Nicolas Rialland, directeur général de la CGB, a développé les trois éléments de l’équation qui constituent la boussole de la CGB : Revenu = (Rendement x Prix) – Charges.

L’expertise syndicale se concentre sur chaque élément de cette équation : la protection des rendements (phytosanitaires), la défense des prix (lutte contre les importations déloyales) et la maîtrise des charges (taxe sur les engrais importés).

Nicolas Rialland a souligné « la victoire syndicale sur le Régime de Perfectionnement Actif (RPA) » qui déprimait le prix du sucre européen en permettant l’importation de 740 000 t de sucre en 2024-2025 sans taxes douanières. « Avec toute la filière européenne, nous avons obtenu sa suspension pour une durée d’un an renouvelable ». Concrètement, cela va améliorer le prix européen du sucre et donc des betteraves.

En revanche, la suppression du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais n’est pas encore obtenue. Or, cette taxe menace la rentabilité des exploitations, alors que l’Europe importe 43 % de ses besoins en engrais.

Enfin, la CGB attend l’introduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone dans le projet de loi d’urgence agricole, afin de mettre fin à la distorsion de concurrence franco-française. L’idée du sénateur Laurent Duplomb est d’injecter trois articles de sa PPL dans le projet de loi d’urgence, qui ne traite pour le moment pas des produits phytosanitaires. « On compte sur le Sénat pour faire le travail », a déclaré le directeur général de la CGB.

Le sucre star des rayons

La réunion s’est aussi penchée sur l’image du sucre. Philippe Reiser, directeur de l’association interprofessionnelle Cultures sucre, a expliqué comment communiquer auprès des consommateurs et répondre aux attaques. « Nous disons : ayons une consommation raisonnée ». Avec trois axes de communication : nature, plaisir et équilibre. Même si le sucre a « pris la place du premier coupable à la place du gras », il y a quelques motifs de satisfaction. La pâtisserie a repris des lettres de noblesse, et puis les produits les plus vendus en grande distribution sont des produits sucrés : le Coca-Cola et le Nutella se placent respectivement à la 3e et la 7e place… Sans compter le Ricard (2e place) qui est composé d’alcool de betterave !