Les chasseurs connaissent bien leur silhouette : tenue vert bronze avec quatre poches à soufflet ornées de boutons portant une tête de loup, insigne épinglé sur la poitrine, cravate de couleur « bleu louvetier » ornée de têtes de loup et képi réglementaire.

L’institution se perd dans la nuit des temps. C’est Charlemagne qui, en 813, a créé le corps des louvetiers.

Chargés de veiller à la régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts et au maintien de l’équilibre de la faune sauvage, ils sont nommés pour cinq ans par le préfet. Ce sont des collaborateurs bénévoles de l’administration qui exercent leurs fonctions à leurs frais. Ils sont assermentés et agissent sur ordre du préfet. Contactés par les particuliers qui se plaignent de dégâts, d’un animal errant, d’une bête blessée, ils se rendent sur place et règlent le problème. Ils peuvent aussi organiser des battues administratives. Ils doivent entretenir au moins quatre chiens courants. Beaucoup de travail, aucune rémunération, des conflits potentiels, il faut vraiment être passionné de chasse, de faune sauvage et de chiens pour postuler ! Dans le Nord, par exemple, on compte 500 missions annuelles pour 17 louvetiers. Et ces derniers, rappelons-le, ne sont pas défrayés.

Le lieutenant de louveterie jouit d’une bonne réputation. Bien vu par les chasseurs et les agriculteurs, c’est l’homme qui apporte son concours quand les sangliers prolifèrent et menacent les cultures. C’est aussi celui qui va réguler le loup quand les bergers se plaignent.

Modifications statutaires

Fallait-il revoir leur statut ? Sophie Pantel, députée de la Lozère (groupe Socialistes et apparentés) l’a pensé. Ancienne présidente du Conseil départemental de la Lozère, avertie des réalités des territoires ruraux et des équilibres fragiles liés à la grande faune, elle a déposé une proposition de loi. Selon elle, le cadre juridique des louvetiers était devenu obsolète face à l’explosion de leurs sollicitations. Elle a donc rédigé une proposition de loi en cours de discussion au Parlement.

Le texte avance plusieurs modifications statutaires :

– Protection juridique : reconnaissance officielle de leur engagement bénévole et octroi d’une protection renforcée, calquée sur celle des agents publics.

– Facilitation de l’engagement : création d’autorisations d’absence professionnelles, de conventions avec les employeurs et mise en place d’un système de remboursement des frais réels engagés lors des missions.

– Formation obligatoire : instauration d’une formation initiale et continue.

– Harmonisation du matériel : garantie d’une dotation minimale d’équipements par département, essentielle pour la sécurité des opérations nocturnes.

Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), a soulevé quelques objections. Après avoir regretté de ne pas avoir été consulté, il s’étonne que le texte transforme le lieutenant de louveterie en fonctionnaire à part entière, avec notamment des règles strictes en matière de conflits d’intérêts.

« Ce n’est donc plus un bénévole comme nous l’avions toujours connu, mais une personne qui doit strictement obéir à l’État, même pendant ses heures de travail, si l’ordre lui est donné d’agir. Ce nouveau statut met aussi en avant la notion de conflits d’intérêts. Ce qui veut clairement dire qu’un louvetier ne pourrait probablement plus être un élu de la République, plus être élu d’une fédération de chasseurs, détenir un territoire de chasse en son nom, ni avoir un poste dans l’administration en général… »

Deuxième critique : le texte supprime toute participation des fédérations départementales dans le processus de nomination :

« La louveterie doit travailler main dans la main avec la fédération départementale et, en aucun cas, devenir une espèce de contre-pouvoir répressif contre les territoires et les chasseurs ».

Le point sensible de l’affaire semble donc être les rapports avec les fédérations de chasseurs. « Ces relations, nous dit toutefois Bernard Andries, ancien président des louvetiers du Nord, sont globalement satisfaisantes, même si quelques conflits locaux ont pu surgir ». Mais il ajoute : « le louvetier applique les décisions de l’État, y compris quand elles sont impopulaires dans le monde cynégétique. » Et de préciser : « si la louveterie était perçue comme dépendante des fédérations, chaque décision pourrait être suspectée de favoriser des intérêts cynégétiques particuliers plutôt que l’intérêt public. »

Menaces de mort

Reste un sujet sensible : la sécurité. En effet, notamment dans les zones périurbaines, les louvetiers sont de plus en plus pris à partie.

Dans un entretien accordé au journal Plein Champ, Philippe Caterino, président des louvetiers de l’Isère, a cité, des menaces particulièrement graves. « L’un de nos collègues dans les Bouches-du-Rhône a reçu des menaces de mort. Un autre en Ardèche a vu sa tête mise à prix. Dans un autre département, un louvetier a retrouvé sa voiture vandalisée ». Ces incidents ne sont pas isolés : les sabotages d’opérations de régulation par des militants ou collectifs hostiles sont de plus en plus fréquents.

Or le louvetier, aux ordres du préfet, représente la puissance publique. Il devrait donc bénéficier d’une protection absolue. Le texte, nous l’avons vu, renforce sa protection juridique, ce qui va dans le bon sens. En attendant son adoption définitive, il va poursuivre sa navette entre l’Assemblée nationale et le Sénat.