Les planteurs en ont « ras le bol », comme l’a dit un agriculteur lors de l’Assemblée générale de la CGB Centre-Val de Loire, le 10 juin à Charmont-en Beauce. Alors « que nous jouons le jeu des traitements et de la prophylaxie », a déclaré le président du syndicat, Alexandre Pelé, les betteraviers se retrouvent face à des coûts exorbitants et une réglementation qu’ils jugent punitive par rapport à leurs voisins européens.

L’année 2025 s’est certes distinguée par des rendements exceptionnels pour certains, frôlant des records historiques avec une moyenne régionale de 95 t/ha à 16. Toutefois, depuis la fin des quotas en 2017, les surfaces ont subi une érosion importante (-42 %), tout comme le nombre de planteurs (-35 %), a dévoilé Milène Grapperon, la directrice de la CGB Centre-Val de Loire. L’interdiction des néonicotinoïdes pèse lourdement sur l’attractivité de la culture : l’année 2020 reste un point de rupture, avec un rendement chutant à 41,8 tonnes/hectare à cause d’une attaque massive de jaunisse.

La campagne betteravière 2026 est marquée par une pression précoce des pucerons, qui rappelle l’année noire de 2020. Selon le délégué régional de l’ITB, Pierre Houdmon, « 50 % des parcelles ont nécessité 4 passages et 30 % ont reçu 5 traitements ! On a battu un triste record. Vous avez fait de gros efforts, vous êtes allés jusqu’au bout des traitements et de la prophylaxie. » Et pourtant, le résultat n’est pas assuré, alors que le coût moyen de la protection phytosanitaire s’élève à 180 € par hectare. On commence d’ailleurs à voir quelques ronds de jaunisse.

Un non-sens

Alexandre Pelé est très inquiet : « Dépenser près de 200 €/ha en pulvérisation, c’est un non-sens ». Et le président de la CGB Centre-Val de Loire réfute les accusations de négligence que l’on peut parfois entendre. « Une enquête confirme que dans la région les agriculteurs ont rigoureusement appliqué les mesures de prophylaxie : gestion des tas et cordons de déterrage et élimination des repousses de betteraves dans les cultures de céréales. »

Le président de la CGB est venu appuyer ses propos : « La CGB a fait son travail en obtenant des dérogations pour le Verseon et le Movento. Sans cela, nous n’aurions que le Teppeki. » Frank Sander a aussi expliqué comment les éléments de la proposition de loi Duplomb, qui autoriserait la flupyradifurone et l’acétamipride, pourrait être intégrés dans la Loi d’urgence agricole par voie d’amendements. L’objectif étant d’aligner la France sur les autres pays européens, qui utilisent déjà l’acétamipride, qui vient d’être réhomologué au niveau européen jusqu’en 2033.

Mieux protéger et réguler les marchés

Franck Sander a aussi plaidé pour une meilleure régulation des marchés face à la concurrence internationale, citant notamment les tensions liées aux accords avec le Mercosur et l’Ukraine. Dans le cadre de la prochaine PAC qui entrera en vigueur en 2028, il propose des solutions concrètes pour soutenir le revenu des producteurs, telles que le développement des biocarburants. « Passer d’un taux d’incorporation de 7 % à 15 % permettrait de régler les problèmes de surplus de matières premières agricoles et d’assainir le marché tout en apportant un revenu aux agriculteurs. »

Malgré un climat souvent anxiogène, le président de la CGB a exprimé un certain optimisme fondé sur des victoires syndicales récentes : « Les mobilisations ont permis de freiner l’accord avec le Mercosur et de limiter les importations ukrainiennes de sucre ». Et puis, un travail de persuasion auprès de la Commission européenne a débouché sur la suspension du Régine de perfectionnement actif. Désormais, 500 000 à 700 000 tonnes, qui entraient jusque-là à droit nul, seront taxées, ce qui devrait soutenir les prix européens du sucre.

Entre réglementation et contestation : comment relever les défis de la betterave

La CGB Centre-Val de Loire a proposé un tour d’horizon sur les défis qui bouleversent la compétitivité de la filière sucre.

Séverine Jeanneau, directrice de la proximité agriculteurs de Corteva Agriscience, a expliqué la complexité des processus d’homologation des solutions phytosanitaires : « Il est de plus en plus difficile de faire homologuer un nouveau produit, a-t-elle déclaré. Et tout, il faut 13 ans pour le mettre sur le marché. »

Hervé Le Prince, fondateur du cabinet spécialisé dans l’analyse des dynamiques d’opinion Newsens, a montré comment le développement de l’activisme alimentaire bouleverse les pratiques, l’image et la compétitivité des filières. Il parle ainsi d’une « politisation et d’une judiciarisation de la production agricole et alimentaire. La production est confrontée à une radicalisation des oppositions par des militants parfois financés par des intérêts extra-européens. » Son conseil au monde agricole : « Soyez présents, prenez la parole ».