Le marché du sucre n’est pas très inspirant depuis quelques semaines. Il faut dire que l’entrée en campagne du Brésil, en avril dernier, est triomphale. Et les spéculateurs ne semblent avoir d’yeux que pour le géant sud-américain, verrouillant les tendances.
Il faut le souligner, la campagne dans le Centre-Sud brésilien débute en fanfare, portée par un climat parfait. Les chiffres relatifs au premier mois de campagne ont été publiés et, pendant cette période, 60 Mt de canne à sucre ont déjà été transformées. C’est presque deux fois plus que l’an dernier à la même époque (35 Mt), avec un rendement moyen en sucre qui est bon (+5,4 % par rapport à l’an dernier). Ce démarrage sur les chapeaux de roue semble néanmoins conjoncturel : les premières données relatives au mois de mai montrent néanmoins une évolution plus classique, et on tendrait déjà vers la moyenne quinquennale.
Mais les chiffres sont là et, malgré une allocation à l’éthanol largement optimisée (62 %, contre 55 % l’an dernier), la production de sucre montre une progression de 55 % par rapport à l’an passé. Sur le court terme, il est indéniable que cela pèse sur les cours : les spéculateurs, dans un mouvement qui semble assez collectif, creusent encore leurs positions à la vente, à nouveau au-delà de 7 Mt !
Pourtant, toutes les nouvelles du marché ne sont pas haussières. Loin de là. L’Inde a suspendu ses exportations de sucre depuis la mi-mai, Brasilia garde son ambition de passer de l’E30 à l’E32, et la Thaïlande ne devrait pas dépasser les 10 Mt lors de sa campagne 2026-2027 – c’est 15 % de moins que l’an dernier. D’ailleurs, Global Data vient d’augmenter sa prévision de déficit mondial, pour 2026-2027, à -1,8 Mt. Et les craintes sont de plus en plus vives quant à l’éventualité d’un événement El Niño d’ici l’automne – des perturbations climatiques, un peu partout dans le monde, et particulièrement dans les zones cannières. Le 2 juin dernier, l’Organisation météorologique mondiale, basée en Suisse, alertait : « la probabilité d’occurrence d’un épisode El Niño entre juin et août 2026 s’élève à 80 % ».
Mais, à date, cela ne semble pas impacter le marché, et, dans le contexte de baisse, relative mais réelle, des cours du pétrole, les évolutions du marché du sucre restent étonnamment timides, autour des 14 cts/lb.
Le sucre raffiné semble moins contraint. La moindre utilisation des raffineries du Moyen-Orient tire la « prime de blanc », qui dépasse désormais les 120 $/t. C’est son plus haut niveau depuis septembre dernier, et une bonne nouvelle pour le marché européen. Mais, à cette période de l’année, ce marché européen reste spectateur et l’attentisme reste de mise…