Le Conseil international des céréales (CIC) a revu à la baisse ses prévisions de production céréalière mondiale pour 2026-2027, les ramenant à 2,415 milliards de tonnes. Elles sont inférieures de 6 millions de tonnes (Mt) à celles du mois passé, alors que la campagne s’annonçait déjà en retrait de plusieurs dizaines de millions de tonnes comparée à 2025-2026.

En fait, cette nouvelle baisse est d’abord européenne. Le CIC s’aligne quelque peu sur les récentes prévisions de la Commission européenne (Eurostat) portant sur la récolte de blé (134 Mt ; -2 Mt sur un mois ; -23 Mt sur un an) et sur celle du maïs (51 Mt, – 6 Mt sur un mois, -10 Mt sur un an).

En France, la production française de la céréale (semences comprises) n’excéderait pas 9 Mt. Elle serait à la fois inférieure d’un tiers à celle de l’année passée et surtout la plus faible depuis 1980.

Toutefois, moins de grains seraient exportés dans le monde (451 Mt) durant la campagne de commercialisation 2026-2027. Et leurs prix se sont nettement redressés après un mois de juillet étonnamment calme.

Le seuil de 220 € a été franchi

Ces quatre dernières semaines, la tonne de blé a gagné 20 € sur le marché de Rouen. Le seuil de 220 € a été allègrement franchi. Le cours du maïs a, entre-temps, progressé de 40 €. Le 21 août dernier à Bordeaux, la tonne de grains se vendait 265 € (+ 70 € sur un an).

En cette fin d’été, ce ne sont ni les conditions de culture caniculaires dans l’hémisphère nord, ni la guerre du Golfe qui « drivent » l’évolution des cours des grains (dont celui du maïs, en partie corrélé au pétrole), mais l’intensité des bombardements en Ukraine et en Russie. Ils paralysent l’économie des deux pays.

Or la fin de l’été est habituellement une période commerciale très dynamique dans les ports de la mer Noire. Chaque année, 30 % du blé commercé dans le monde est russe et ukrainien.

En Ukraine, les exportations de céréales n’excèdent pas 20 % de leur potentiel. En Russie, « plus de 95 % de la capacité d’exportation de céréales dans le bassin Azov-mer Noire était hors service, rapporte Ukragoconsult. Le terminal de Taman est hors service depuis fin juillet et les principaux terminaux céréaliers de Novorossiïsk ont été fermés suite à des attaques ».

L’interruption totale des échanges commerciaux russes et ukrainiens n’est pas exclue en cas de nouvelle escalade du conflit.

La Russie et l’Ukraine ne tirent aucun réel avantage militaire de leurs attaques portuaires, alors que les conséquences pour les pays dépendants des importations pourraient être considérables.

« La situation s’aggrave à un moment particulièrement défavorable pour le marché mondial, souligne Ukragroconsult. La chaleur et d’autres aléas météorologiques ont affaibli les perspectives de production en Europe et aux États-Unis, tandis que le conflit au Moyen-Orient a fait grimper les coûts du carburant et des engrais ».

En Ukraine, des itinéraires alternatifs ferroviaires, fluviaux et routiers sont réactivés pour acheminer malgré tout des grains. Mais leurs capacités sont limitées (50 % des besoins d’exportations) et leurs coûts bien trop élevés pour être rentables. Faute d’étiage, la navigation sur le Danube est très compliquée.

L’Ukraine peut néanmoins compter sur le marché européen, déficitaire de près de 23 Mt de maïs, pour exporter une partie de ses 22 Mt grains exportables.

Mais la Russie ne peut plus vraiment miser sur son port baltique d’Oust-Louga pour expédier ses céréales, car il est régulièrement bombardé.

« En mer Noire, des perturbations prolongées du transport maritime pourraient priver l’Ukraine et la Russie d’une partie de leurs marchés céréaliers traditionnels en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, souligne Ukragroconsult. Sans approvisionnement stable, des pays importateurs sont d’ores et déjà contraints de se tourner vers d’autres sources, ce qui crée des opportunités supplémentaires pour l’Australie, l’Argentine, les États-Unis, le Canada et des pays de l’Union européenne ».