Fin septembre, la tonne de maïs vaut 100 € de plus que l’an passé sur le marché de Bordeaux. Ces derniers jours, son prix a franchi le seuil de 280 € à plusieurs reprises. Mais il n’est pas encore suffisamment élevé pour couvrir les coûts de production des planteurs français.
En effet, seules 6,6 Mt de grains seraient récoltées cette année, selon le Conseil international des céréales (CIC), moitié moins que l’an passé. Les baisses concomitantes des surfaces semées (1,2 Mha ; -26 % sur un an), des rendements (68 q/ha ; -21 %) et l’affectation à l’ensilage d’une partie des surfaces plantées au détriment de la production de grains, expliquent cet effondrement.
Quoi qu’il en soit, la France ne pourra exporter que 2,2 Mt de maïs en Union européenne (UE), (-58 % sur un an) et l’amidonnerie n’en consommera qu’1,5 Mt (-0,5 Mt sur cinq ans). Enfin, la cherté de la céréale dissuadera l’industrie de l’alimentation animale d’utiliser autant de maïs que l’an passé (1,9 Mt ; -30 % sur un an). A l’échelle de l’UE, la production de maïs recule aussi sensiblement cette année. Seules 46 Mt seraient récoltées, 14 Mt de moins qu’en 2025 selon le CIC.
Cette baisse est observée dans la quasi-totalité des pays européens qui cultivent la céréale. Et comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie et les Pays-Bas ne comptent pas sur la France pour s’approvisionner en grains, ils en ont importé massivement depuis le mois de juillet dernier pour ne pas le payer trop cher.
Kiev a doublé ses ventes à l’UE
Sur les 4,5 Mt expédiées en UE, la moitié a été acheminée en Espagne (2,2 Mt). Et ce maïs a été expédié des Etats-Unis (1,8 Mt), d’Ukraine 1,4 Mt et du Brésil (1 Mt).
Comparées à l’an passé à la même époque, Kiev a doublé ses ventes à l’UE. Le déficit du marché européen est en quelle que sorte une opportunité pour écouler des céréales qui seraient sinon bloquées dans ses ports de la mer Noire.
Toutes origines confondues, l’UE devrait importer près de 24 Mt de grains.
A Bordeaux, l’augmentation des cours de la céréale est ainsi liée à la chute de l’offre européenne, à la flambée des cours du pétrole mais surtout aux défauts d’approvisionnement des marchés induits par les destructions massives des infrastructures portuaires en mer Noire.
L’Ukraine est contrainte de stocker près de 11 Mt de blé, d’orges et de maïs dans des boudins en polymères en partie financés par l’aide internationale, selon Ukragroconsult.
Sur le marché de Constanta-Varna-Burgas en Roumanie et en Bulgarie, « les prix du maïs ont atteint leur plus haut niveau en trois ans, rapporte encore le site ukrainien. Les acheteurs turcs se sont tournés vers le maïs roumain, serbe et bulgare, délaissant ainsi les approvisionnements traditionnels en provenance d’Ukraine ».
Après une campagne 2025-2026 record (1 346 Mt) et excédentaire de 20 Mt, l’ajustement à la baisse de 45 Mt de la production mondiale de maïs (dont 33 Mt aux Etats-Unis) maintient cependant cette dernière à un niveau historiquement élevé. Cependant, il créera un déficit de près de 27 Mt. Mais cette campagne-ci, le réel problème réside dans la quantité de maïs disponible à l’export pour approvisionner les pays importateurs. Or leurs demandes (208 Mt) seront pleinement satisfaites s’ils peuvent compter sur le maïs ukrainien (22 Mt exportables) pour être livrés.
Cependant, l’inflation des prix du maïs pourrait conduire les céréaliers brésiliens à accroître la superficie dédiée à la céréale.
Selon Ukragroconsult, la Conab estime à 148 Mt leur récolte d’ici l’automne austral 2027, alors que le CIC table actuellement sur une production de 141 Mt.
Toutefois, les estimations seront revues à la baisse si l’El Nino assèche le climat.
Mais ce dernier favoriserait alors la culture de la céréale en Argentine. Le CIC projette même deux productions de 70 Mt entre 2026-2028, dont 90 Mt exportables.