La fin de l’année passée s’est achevée par un décrochage massif du prix du blé sur le marché de Rouen. Le 29 décembre dernier, la tonne cotait 165 €, soit 20 € de moins qu’un mois auparavant. Puis son cours est devenu est très volatil, sursautant après chaque nouvelle salve de missiles lancés sur les infrastructures portuaires d’Odessa, au bord de la mer Noire. Le 9 et le 15 janvier derniers, la tonne de blé cotait plus de 185 € après avoir entre-temps replongé autour de 165 €. Mais Kiev peine à expédier ses céréales par cargo alors que, depuis plusieurs mois, la pénurie de camions rend plus difficile leur acheminement vers les ports. La situation compliquée en Ukraine rend aussi le marché du maïs à Bordeaux très réactif depuis quelques jours. La campagne mondiale est à peine équilibrée malgré une production record (1 296 millions de tonnes – Mt). Selon Ukragroconsult, « les exportations de blé de juillet à décembre 2025 ont atteint 7,8 Mt. Inférieures de 20 % à l’année précédente, elles équivalent à seulement 47 % du potentiel d’exportation de la campagne ». Avant la guerre, le pays avait coutume de vendre les deux tiers de sa récolte avant Noël ! L’Ukraine a notamment expédié moins de blé en Union européenne (UE) (480 000 t versus 3 Mt en 2024-2025) en raison des contingents d’importation imposés. Toutefois, le pays a massivement vendu du blé à l’Égypte, à l’Indonésie et à l’Algérie. Mais comme le marché mondial de la céréale croule sous l’abondance, les fondamentaux s’imposent. Les annonces provenant d’Argentine, d’Australie et de Russie ont au moins autant d’influence sur les cours du blé que la guerre en Ukraine qui dure depuis quatre ans. Selon la bourse de Buesno Aires, la production argentine, réévaluée à 27,8 Mt (+2,4 Mt en un mois), serait supérieure de 9,2 Mt à l’an passé. Et l’Australie engrangera au moins 37 Mt de blé. Enfin, le 12 janvier dernier, l’USDA a réévalué de 2 Mt la production russe de blé (89,6 Mt). En conséquence, l’USDA estime dorénavant à 842 Mt la récolte mondiale 2025-2026 de grains (+41 Mt en un an).

Les échanges manquent d’entrain

Toutes ces céréales supplémentaires disponibles à l’export renforcent la concurrence exacerbée à laquelle se livrent, depuis le début de la campagne, les principaux pays exportateurs de blé alors que les échanges commerciaux manquent d’entrain. Seules 219 Mt de blé seraient exportées dans le monde selon l’USDA, soit 6 Mt de moins qu’en 2023-2024 et, pourtant, les objectifs de campagne sont loin d’être atteints. La Russie dispose encore d’importants stocks, comme le reste du monde (279 Mt ; +19 Mt d’ici la fin de la campagne). Et l’Union européenne n’a expédié que 13,7 Mt de blé tendre, soit un tiers de son objectif de campagne (33 Mt). Ce début d’année, la lourdeur du marché pèse sur la rentabilité des cultures et dissuade de nombreux agriculteurs de semer autant de blé que la campagne passée. Selon le site Sovecon.ru, la superficie emblavée (26,3 millions d’hectares – Mha) sera inférieure de près de 3,3 Mha à celle des deux-trois campagnes précédentes. À ce jour, la production potentielle russe de blé (83,8 Mt) est inférieure de 5,5 Mt à la récolte de l’été passé, selon Sovecon.ru. Mais à ce stade de la campagne, la situation peut encore évoluer et impacter les prochaines capacités d’exportation de l’ancien empire des tsars. La conjoncture du marché du blé dissuaderait aussi les agriculteurs brésiliens d’en cultiver autant que les campagnes passées. Autrement dit, le Brésil n’est pas prêt de s’affranchir de son voisin argentin, d’où il importe jusqu’à 7,5 Mt, pour couvrir ses besoins. La France s’inscrit à contre-courant de cette tendance baissière, car le blé est la céréale la moins chère à cultiver. Selon Agreste, « sa superficie pour la campagne 2026 est estimée à 4,6 Mha, en hausse de 2,3 % sur un an ».