Les rendements moyens de cette année sont très corrects. Est-ce le signe d’un rebond pour la betterave ?
C’est un très bon signal. Dans certaines régions, comme en Normandie, les rendements atteignent 140 à 150 t/ha à 16 °S. Cela confirme la capacité de production de la culture malgré les contraintes sanitaires et techniques. Nous ne pouvons pour autant pas dire que cela va désormais être la règle. La culture devient de plus en plus exigeante et le moindre écart dans l’itinéraire technique se paie cash. Par exemple, un labour mal réalisé ou une mauvaise structure de sol peut coûter jusqu’à 40 tonnes de rendement. Les écarts types vont se creuser entre les exploitations les moins techniques et celles plus performantes. Notre responsabilité, en tant qu’institut technique, est de mettre à disposition des agriculteurs toutes les informations qui leur permettront de limiter les risques.
La vague de froid de début janvier a-t-elle eu un impact sur les populations de pucerons ?
Le froid sec a un effet globalement positif sur la régulation des populations de pucerons, mais la situation reste complexe : l’insecte peut s’acclimater à ces températures. Seuls les coups de froid brutaux, comme ceux observés récemment à -7 ou -8 °C, sont particulièrement efficaces, mais cela ne prévient pas une forte surveillance de leurs dynamiques dès les semis des betteraves en 2026.
L’arsenal phytosanitaire à disposition des planteurs est de plus en plus restreint. Quelles sont les perspectives à ce sujet ?
À ce stade, seul le Teppeki est homologué pour un passage. Le Movento, dont l’homologation n’a pas été redemandée par la firme phytosanitaire pour 2026, devrait bénéficier d’une dérogation de 120 jours, comme l’a indiqué la ministre de l’Agriculture, début décembre, lors de l’Assemblée générale de la CGB. Son utilisation reste néanmoins conditionnelle et encadrée. Nous insistons sur l’importance de disposer de plusieurs molécules afin de limiter les risques de résistance. La filière va donc envoyer une demande auprès de l’Anses pour que l’ITB puisse mener des essais sur l’acétamipride et la flupyradifurone. Ces essais nous permettraient d’accroître nos connaissances dans nos conditions pédoclimatiques, ce manque de données faisant partie des arguments retenus par l’Anses pour interdire ces molécules.
Dans cette situation, l’ITB insiste beaucoup sur le déploiement de la prophylaxie…
Les capacités d’intervention en la présence de pucerons et de virus sont limitées. Les mesures de prophylaxie sont donc la clé de voûte de notre stratégie de lutte contre les pucerons, car elles doivent permettre de contenir au maximum l’infestation. L’objectif principal est de réduire les réservoirs viraux dans les couverts intermédiaires, en évitant d’implanter des espèces très attractives pour les pucerons ou vectrices du virus, comme la phacélie, et de détruire les couverts suffisamment tôt pour limiter la transmission aux futures betteraves. La betterave elle-même représente un réservoir majeur, et la gestion des repousses est donc essentielle. Cet effort doit être collectif. La manière de communiquer sur cet enjeu est un réel sujet au sein de l’ITB. Nous travaillons avec l’aide de l’État sur la façon de toucher un maximum de planteurs. Une actualisation des recommandations techniques sur ce sujet est d’ailleurs prévue pour février.
D’autres sujets sanitaires font-ils l’objet d’une attention spécifique de l’ITB ?
Nous sommes particulièrement vigilants sur le SBR (syndrome de basse richesse), qui représente une menace croissante, particulièrement dans l’est de la France. L’Allemagne, qui dispose de certaines molécules interdites en France, reste tout de même insuffisamment armée pour y faire face. Mais, en France, nous sommes totalement désarmés.
En matière de désherbage, nous avons rencontré moins de problèmes cette année. Mais tous les produits sont menacés, notamment le Betanal. Un produit pouvant le remplacer partiellement aurait dû être disponible au printemps 2025, mais nous n’avons pas voulu multiplier les demandes de dérogations. Nous espérons qu’il sera dans la boîte à outils des planteurs en 2027, après avoir été homologué en 2026. Enfin, en ce qui concerne les graminées, nous avons connu de vraies impasses cette année. Nous avons pu limiter la casse grâce au recours au désherbage mécanique, permis par les conditions météo. Toutefois, les résultats ne sont pas toujours exceptionnels. Nous espérons que de nouvelles matières actives seront bientôt disponibles. Cependant, pour l’heure, nous ne voyons rien arriver.
Quel rôle peuvent jouer les NGT ou les variétés Smart pour accroître la résilience de la culture de betterave ?
Les NGT sont une avancée positive, car elles constituent un outil supplémentaire dans « la boîte à outils » du sélectionneur pour répondre aux besoins de l’agriculteur. Il ne faut cependant pas s’attendre à une révolution pour la culture de la betterave. Ces nouvelles techniques de sélection ne vont pas, à elles seules, transformer les pratiques ou résoudre l’ensemble des difficultés rencontrées par la filière.
Les semences Smart peuvent, pour leur part, être utiles dans des situations spécifiques : zones de captage, fortes infestations ou contraintes réglementaires limitant l’IFT. Néanmoins, une utilisation généralisée de cette technologie risquerait de provoquer une résistance précoce des mauvaises herbes et de « griller » l’efficacité du système trop rapidement.
Quelles seront les priorités de l’ITB pour 2026 ?
Cette année, les priorités restent les mêmes : la lutte contre la jaunisse, la cercosporiose et le désherbage. Notre stratégie repose sur la promotion d’une prophylaxie collective et de l’accès à plusieurs molécules pour éviter les résistances. Nous continuons également à développer des travaux collaboratifs avec d’autres instituts, notamment via le Parsada (Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures) porté par le Gouvernement, ou Syppre (développement de systèmes innovants en grandes cultures), pour notamment améliorer la gestion des adventices, la performance des sols et la résilience globale des systèmes de culture. Ce sont des programmes qui appellent à une réflexion à l’échelle du système et pas uniquement de la culture : une nécessité pour rendre les exploitations plus résilientes.


