La question de l’acétamipride, devenu le symbole de la loi Duplomb, a fait l’objet d’un vif débat entre les défenseurs de la souveraineté agricole et les partisans de la protection de la santé et de l’environnement.

Ces débats ont eu lieu alors qu’une nouvelle proposition de loi avait été déposée par le sénateur Duplomb, le 2 février, visant à réintroduire l’acétamipride en tenant compte des remarques du Conseil constitutionnel. Une pétition contre ce deuxième texte enregistrait 285 000 signataires le 16 février en fin d’après-midi.

Les positions des députés qui se sont exprimés sur l’acétamipride se cristallisent autour de deux visions opposées, avec quelques nuances portées par certains groupes politiques.

1. Les partisans d’une réintroduction dérogatoire soutiennent que l’interdiction française constitue une « surtransposition » pénalisante par rapport au reste de l’Europe.

• Hélène Laporte (Rassemblement National) et Florence Goulet (RN) affirment que l’acétamipride est une nécessité vitale pour les filières en « impasse technique » (noisettes, betteraves, cerises). Elles soulignent qu’aucune étude n’a démontré de danger sanitaire « définitif » et que la molécule est autorisée dans l’UE jusqu’en 2033.

• Sandra Marsaud (Ensemble pour la République) et Julien Dive (Droite Républicaine) appellent à se fier aux agences de sécurité (EFSA, ANSES) qui, n’ont pas classé l’acétamipride comme cancérogène ou reprotoxique. Ils dénoncent une instrumentalisation de la peur au détriment de la souveraineté alimentaire. Sandra Marsaud a déploré un débat public et scientifique « confisqué par la caricature et la peur ». Julien Dive, estime que les menaces qu’il a reçues « par milliers », résument « la folie haineuse dans laquelle le débat a sombré l’été dernier ».

• Vincent Trébuchet (Union des Droites pour la République- UDR) et Joël Bruneau (LIOT) voient dans l’interdiction française une distorsion de concurrence déloyale. Ils avancent que si le produit était si dangereux, la France n’importerait pas des produits traités avec l’acétamipride depuis l’étranger.

2. Les opposants catégoriques à la réintroduction s’appuient sur le principe de précaution et sur la protection de la santé publique et de la biodiversité.

• Aurélie Trouvé (LFI-NFP) et Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP) qualifient l’acétamipride de neurotoxique dangereux pour le développement cérébral des enfants et la fertilité humaine. Elles affirment que des alternatives existent pour presque toutes les cultures (sauf la noisette à court terme) et dénoncent un « déni de science » du gouvernement. Aurélie Trouvé s’est félicitée de ce débat provoqué par « la plus grande » pétition « de l’histoire parlementaire. »

• Delphine Batho (Écologiste et Social) et Benoît Biteau (Écologiste et Social) décrivent l’acétamipride comme « un poison » et soulignent l’opposition massive de la société civile (2,1 millions de signatures) et de l’Ordre des médecins.

• Pierrick Courbon (Socialistes et apparentés) met l’accent sur la protection des pollinisateurs, qualifiant l’acétamipride d’insecticide « tueur d’abeilles ». Il s’inquiète de sa persistance dans les sols et l’eau.

• Mathilde Hignet (LFI-NFP) et Julien Brugerolles (groupe communiste) dénoncent une loi qui « sert les intérêts de l’agrobusiness et des multinationales » au mépris des risques de cancers pédiatriques et de la santé des agriculteurs eux-mêmes.

3. Les positions nuancées se sont concentrées sur l’expertise.

• Dominique Potier (Socialistes et apparentés) déplore un « choix mortifère » entre le camp « de ceux qui affament ou celui de ceux qui empoisonnent », et défendu une voie de « réconciliation ». Il appelle à renforcer les moyens pour la recherche d’alternatives plutôt que de céder à la réintroduction.

• Thierry Benoît (Horizons) – tout en restant favorable au principe de l’interdiction – admet que des dérogations pourraient être envisagées pour les filières sans aucune solution, mais exige une étude d’impact rigoureuse pour mesurer les conséquences, notamment sur l’apiculture.

• Agnès Pannier-Runacher (Ensemble pour la République) considère la réintroduction comme une « mauvaise solution à de vrais problèmes ». Elle préconise plutôt des contrôles stricts aux frontières et un abaissement des limites de résidus au niveau européen pour garantir une concurrence loyale sans sacrifier la santé.

De son côté, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a défendu une position « pragmatique ». La ministre reconnaît des impasses de production bien réelles et souhaite trouver des solutions encadrées pour éviter la disparition de filières. En revanche, le gouvernement a confirmé – par la voix du Premier ministre – que la nouvelle proposition de loi Duplomb ne serait pas intégrée dans la « loi d’urgence » agricole en préparation.